LA   PAGE  CACHEE

Toute bibliothèque a son « enfer » et tout livre a ses quelques « non publié », « inédits », soit parce que l'auteur n'aura pas eu le temps de développer des idées qu'il avait l'intention d'exposer, soit parce qu'il a pensé aller trop loin dans son propos et en cela choquer son lecteur.

Dans Le Disciple, ce sont un peu ces deux motifs qui font que les quelques phrases ci-après non pas été incluses . Certaines pensées sont brutes, telles quelles. Pour d’autres, je ne suis pas allé jusqu’au bout de ce que je voulais exprimer. Peut-être une autocensure, peut-être la crainte de ne pas être compris, mais aussi le temps qui m’a manqué.

Toujours est-il que voilà ci-après ce qui n’apparaît pas dans mon roman. Au lecteur de compléter les blancs, de développer ce qui n’est qu’une ébauche et de faire sa conclusion dans l’esprit du Disciple.

                                                                        Daniel Maleville.

 

 

            - Il y a quelques années, ma nièce alors adolescente, constatant la grande bibliothèque que j'ai, m'a demandé de lui procurer Mein Kamph. Elle voulait lire, à la source, l'ouvrage qui est à la base de tant de tourments. Il m'a été plus que difficile d'en trouver une édition complète. Celles trouvées n'étaient que des commentaires de ce livre. Cela ne doit pas être. On ne peut résorber le mal en le cachant et il faut toujours lire un texte à sa source pour mieux en apprécier les commentaires des autres par la suite. Personne n’a le droit d'occulter l’origine d’une information et se permettre de te livrer des jugements sur ce que tu ne connais pas. Ta liberté intellectuelle est en jeu. Ma nièce peut consulter dans ma bibliothèque les pensées de Karl Marx, de Lénine, le Petit Livre Rouge de Mao, hommes qui chacun sont responsables d’autant de morts qu’Hitler, mais on ne peut lire dans le texte Mein Kamph. Y aurait-il deux poids deux mesures dans l’horreur ? Un mort ne vaut-il pas un autre mort ?

 

 

        - Je vais te montrer l’effet pervers des idées reçues, des modes de pensées se trouvant des justifications pratiques pour exprimer des raisons inconscientes. Je t’ai toujours dit que la pratique du mysticisme incluait d’avoir, si c’est possible, une capacité respiratoire normale pour pouvoir pratiquer les sons vocaux et la respiration énergétique. En ce sens, fumer plus que de raison, nuit à la santé, diminue la capacité respiratoire et provoque des maladies. Tu as vu, ces dernières années, la guerre mondiale à outrance que l’on a faite contre les fumeurs. Or, il s’agit bien du tabagisme qui est nuisible à la santé et non pas le fait de fumer. Tout petit plaisir est bon s’il ne devient pas une obsession ou que nous ne soyons pas aliénés par lui. Boire un petit verre d’Armagnac à la fin d’un repas dominical n’est pas nuisible, je dirais même au contraire. L’essentiel c’est que notre corps l’admette et que nous ne nous forcions pas.

Je suis très reconnaissant aux pouvoirs publics de s’intéresser si vivement à notre santé mais, plutôt que de livrer bataille contre des moulins à vent, j’attendrais plutôt de leur part qu’ils s’intéressent aux réels problèmes de nos sociétés. A ce titre, je préférerais vivre dans des cités exemptes de fumées sulfureuses, ammoniaquées, carbonisées, toxiques où l’on n'ait pas à surveiller chaque matin le taux de pollution aux informations télévisées, que l’on puisse regarder nos assiettes sans arrière-pensées, que la pollution sonore de nos villes soit maîtrisée ainsi que la pollution visuelle des myriades de panneaux publicitaires, que nous ne voyons plus tellement il y en a ; alors autant les supprimer.

En fait, en fait, il y a une hypocrisie générale, importée dans notre pays par ceux qui voudraient nous faire croire que nous avons les mêmes névroses que des pays amis. Le fait de fumer en public représente inconsciemment, dans notre société actuelle, une marque de distinction par rapport aux autres. C’est un geste de différenciation par opposition à la grisaille ambiante, au conformisme imposé. C’est justement ce conformisme, cette différenciation dont se réclament inconsciemment les adolescents qui fument de plus en plus jeunes et beaucoup plus qu’autrefois, surtout les jeunes filles qui doivent, mieux que les garçons, s’affirmer.

Il n’est, aussi, que de constater l’attitude des anti-fumeurs, donc des conformistes, face à deux catégories distinctes de fumeurs : ceux qui fument le cigare et ceux qui fument la pipe. Les premiers sont regardés comme des individualistes forcenés exprimant leur orgueil proportionnellement à la grosseur de leur barreau de chaise. Les seconds, bons bonhommes tranquilles, pipe droite pour les calmes décideurs et recourbée vers le bas pour les calmes contemplatifs. Autrefois, le fumeur de pipe était considéré comme une personne de sang froid sur qui on pouvait compter. Aujourd’hui c’est un pollueur empoisonnant son entourage. Quant au fumeur de cigare, il est devenu de la dernière indécence possible. En poste aux Etats-Unis, je me suis fait insulter parce que je fumais dans la rue par une personne qui passait et que je n’incommodais pourtant pas. Par provocation, je me régalais d’arborer une cigarette non allumée aux abords ou dans les lieux publics et voir se précipiter sur moi, presque la main sur leur arme, les gardes de sécurité ou les policiers.

Pour te montrer à quel point l’hérésie est à son comble, je vais te citer de mémoire une publicité parue voici quelques années dans des journaux  et commandée par des fabriquants de cigarettes. Tu me diras, ils prêchaient pour leur paroisse, certes, mais n’y a-t-il pas un juste milieu pour exprimer la liberté de chacun ?

               - Le théorème de Pythagore contient 24 mots.

               - Le principe d’Archimède, 67.

               - Les 10 commandements, 179.

               - La déclaration américaine d’indépendance, 300.

               - Et la récente législation en Europe limitant les occasions de fumer, 24.942.

            Va-t-on penser à légiférer pour ceux qui se soulagent de quelques gaz en public, empuantissant ainsi leur entourage ?

Les bien- pensants auront beau donner tous les prétextes possibles et faire défiler des myriades de médecins et professeurs, il n’en reste pas moins que le fait du vouloir de l’interdiction de fumer fait partie d’une logique ambiante qui tend à la banalisation de pensée, à l’uniformisation humaine, à l’interdiction de la différenciation. Cette histoire me rappelle ma jeunesse où je voyais à l’ORTF, sur la seule chaîne télévisée en noir et blanc de l’époque, des médecins déclarer gravement que le Twist était contraire à une bonne hygiène de vie. La représentante d’une quelconque association bien-pensante, renchérissait en disant que cette danse de sauvage était permissive pour notre jeunesse. C’était le temps où nos bons piou-piou faisaient la chasse dans la rue aux arabes et aux jeunes à cheveux longs. Mais devant la marée de ces têtes hirsutes, la société finit par admettre ces coupes à la Beatles à condition que les cheveux soient propres. C’était l’époque où les Français changeaient de slip 2 fois par semaine. L’hypocrisie, les bien-pensants et les pisse-froid sautent de génération en génération avec une constance qui vaudrait une longue étude sociologique. 

 

 

Ce qui m’étonne le plus, c’est de constater les jeunes aussi conformistes dans leur aspect. Il suffit de regarder la sortie d’un lycée pour ne voir qu’une marée bleue, tous en uniforme jean. Mes filles, plus jeunes, ne voulaient surtout pas se démarquer du lot et paraître autres que ce que le troupeau avait décidé de faire. Il avait fallu de longues batailles pour les décider à porter jupe et quelques couleurs. Bon, après tout, mes parents devaient bien penser que les cheveux très longs, les habits hippies faisaient aussi tache dans le paysage d’adultes. De même, vieux à mon tour, les jeunes d’aujourd’hui font, pour moi, peloton de petits soldats sortant de la caserne. 

 

 

          « … à Jérusalem, un attentat non revendiqué a fait deux victimes par une voiture piégée. Les autorités n’excluent pas une recrudescence de la violence dans la ville sainte.»

« Un avion de la compagnie Northern Delta Airlines, qui faisait la liaison New York - Washington, s’est écrasé peu de temps après le décollage. Les secours arrivés sur le lieu de l’accident n’ont pas trouvé de survivants… »

Mon Dieu que c’était bon de se faire réveiller par le chant du coq et non par ces radioréveils qui nous déversent leurs tonnes de malheurs alors que l’on n'a pas encore l’œil ouvert. Bien sûr, on ne peut ignorer les souffrances de nos semblables, mais j’ai vraiment l’impression que les journalistes se régalent de nous en abreuver. Si ce ne sont pas des malheurs se sont des…

 

 

Il m’avait fait bien rire en me disant :

- S’il n’y a pas de plaisir pour l’homme, il ne peut y avoir éjaculation. Ou alors, il faut se présenter à l’embauche dans un cirque.

 

 

- Voilà l’exemple type de la barbarie religieuse, de l’incompétence intellectuelle, de la dictature sur les consciences et la liberté d’expression. Mais ne crois pas qu’il appartient à la seule religion catholique l’apanage de travers dignes du nazisme, ni que l’on puisse excuser les temps anciens : de nos jours la plupart des religions « reconnues » agissent avec la même barbarie moyenâgeuse directement ou indirectement.

- Ce sont des propos et des accusations graves !

- Vérifiables, parce que faisant partie de notre quotidien en Irlande du Nord, en Arabie Saoudite, en Iran, au Timor, aux Etats-Unis, en Inde, au Pakistan, en Algérie, en ex-Yougoslavie etc., je n’ai pas trop le temps de faire une liste. 

 

 

- Mais il existe d’autres supports. Crois-moi si tu veux, j’ai connu un très bon voyant qui ne pouvait travailler qu’après avoir bu 2 ou 3 whiskies. Imagine ! 

 

 

- Il est, par ailleurs, assez fascinant d’observer historiquement la lutte entre la science et la croyance des hommes. Si à une époque, le dicton que je t‘ai déjà cité « Hors l’Eglise, point de salut » montrait la voie d’une société entièrement régie dans ses gestes et dans ses comportements par la religion, on assiste aujourd’hui à l’effet contraire. C’est la science et ses applications qui régulent toutes nos actions, nos pensées et nos façons d’agir. On peut dire alors, « Hors la science, point de salut ». Ou, pour paraphraser un philosophe du XIXe siècle, Karl Marks : « La science, c’est l’opium du peuple ».

 

- Tu sais bien que nous n’utilisons qu’une infime partie de nos capacités cérébrales. Pourtant, certains ont réussi à maîtriser la matière qui nous entoure, à reculer les barrières de ce que l’on croit possible. Mais aujourd’hui, l’esprit dit rationaliste domine tellement la pensée humaine que si quelque chose ne peut être reproduit en laboratoire, et donc accessible à chacun, cette chose ne sera pas déclarée comme certaine et acceptée par le grand public. Les scientifiques auront décrété que ce phénomène est impossible et ne lui laisseront pas passer la barrière de ce qu’ils veulent bien laisser admettre comme réel pour tout le monde. Ils en arrivent même à s’autocensurer. Si un scientifique fait une découverte qui va trop en avant de ce qui est admis par sa communauté, il a de grandes chances de se heurter à ses pairs. C’est évidemment une conception réductrice de la vision humaine et de ses possibilités.

De plus, les expériences psychiques n’étant ni monnayables, ni commercialisables pour un marché de grande consommation, il est décrété que si, effectivement, certaines personnes ont des facultés inexpliquées, elles n’en ont que peu d’intérêt puisque non reproductibles pour le grand public. On connaît le cas de ces génies ayant des capacités énormes de calcul mental et pouvant effectuer des opérations très complexes plus vite qu’un ordinateur. On veut bien admettre ce fait, mais on ne cherche pas vraiment à en comprendre le pourquoi.

A bien des égards la Science agit comme une nouvelle inquisition. Si les bûchers ont disparu, ils sont, de toute façon, virtuels et dénient le droit aux personnes et en leurs convictions. Tant que l’expression de celles-ci est confidentielle, rien ne se passe. Mais si elle est révélée sur la place publique, les scientifiques pourfendent ceux qui osent exprimer autre chose que la version officielle de la doctrine. La Science a remplacé en cela la « Sainte Inquisition » pour imposer la pensée unique. Peut-être le fait-elle parce qu’elle a eu à souffrir dans le passé de la puissance de l’Eglise et que son expression a été muselée pendant de nombreux siècles. Il n’en reste pas moins que sa façon d’agir est bien souvent totalitaire envers ceux qui ont une opinion différente.

Cependant le mystique n’a que faire de toutes ces considérations, il n’est pas là pour prouver quoi que ce soit. Le développement psychique est avant tout personnel. 

 

 

 « l’Homme qui pense comme son temps, disparaît avec lui. »

                                                                       Michelet.

 

 

 

        Il faut bien comprendre que pour la plupart d’entre nous, notre état matériel et corporel nous empêche définitivement d’atteindre les plus hauts sommets de la spiritualité. Nous ne sommes sur terre que pour nous améliorer et donner en héritage aux générations à venir le bien que nous aurons appris. A moins qu’un événement brusque nr vienne faire prendre conscience aux Hommes de l’urgence de changer de comportement, l’Humanité avance à petits pas, ce qui ne lui permet pas de voir encore le bout du chemin. Cependant, c’est cette envie d’un mieux être qui permet d’espérer. La vraie lumière, la puissante et l’aveuglante lumière pour un humain, nous ne la recevrons pas dans ce monde. 

 

 

          La vieillesse ne fait pas de sages. Car, bien souvent, ce que l’on croit être de la sagesse chez les  personnes âgées n’est que l’absence de passions, d’amours et de désirs.

 

 

 

Sur les détails que les commentateurs de textes trouvent à dire :

- Un auteur a-t-il voulu penser et exprimer tous ces détails.

        - Peut-être pas, mais le symbolisme est inscrit dans l’inconscient collectif. Un artiste, un écrivain peut y être sensible et transpose de son inconscient au conscient sans s’en rendre compte. Le lecteur peut être aussi touché dans son inconscient et cela rejaillira tôt au tard sur son conscient.

 

 

Dieu est un joueur de Nitendo.

 

          - Il y en a qui naissent Goldorack, qui sont Goldorack. N’est-il pas mieux d’être humain avec des petits moments et des moments sublimes ?

 

 

 

  - Ne pas oublier que dans le monde, la plupart des découvertes sont possibles parce qu’un laboratoire en aura financé les travaux. Là où ça pèche, c’est que ces laboratoires sont à l’affût de ce qui est rentable. C’est pour cette raison, par exemple, que l’on est obligé de faire appel à l’aumône publique pour les affections qui sont moins courantes car elles ne génèrent pas de bénéfice. J’émets aussi de profondes réserves à l’égard d’une science qui n’est pas l’image de l’Homme. Surtout lorsqu’elle se met en tête de vouloir le reproduire, le cloner. C’est là  un bel exemple de la démesure, de l’orgueil et de l’ego de l’Homme : la recherche de l’immortalité non pas comme les pharaons qui privilégiaient la survie de l’âme  mais…

 

 

- Je n’ai jamais été à l’île de Pâques, ni rencontré ses habitants, ni touché ses statues pourtant, je connais l’île de Pâques et je crois en son existence.

 

 

- L’être androgyne du début, celui de la fin, s’exprime le mieux pour le moment, tant que nous sommes séparés, hommes et femmes, lorsque le sexe de l’homme pénètre celui de la femme. C’est la meilleure complémentarité qui puisse s’exprimer, deux pièces d’un puzzle s’imbriquant l’une dans l’autre et formant la même image.

- Mais l’homme, ne domine-t-il pas le jeu amoureux ?

- Tu l’as dit. Si les règles du jeu sont faussées dès le départ, il y a obligatoirement un perdant. Ces règles, l’homme et la femme doivent les redéfinir. Il ne faut pas perdre de vue non plus que la pensée dans l’acte est tout aussi importante que l’acte lui-même.

 

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