MOTS-CLEFS SUR L'ESOTERISME

Résumé : Daniel Maleville et Romi Boissères, amis d'enfance de Toulouse, se retrouvent en des entretiens où Romi expose les principaux sujets de l'ésotérisme à un Daniel curieux d'apprendre.

Avant propos. Extrait

Mysticisme, EsotérismeAlchimie   -  (L')âme  -  Athéisme  -  (Le) bien et le mal  -   La Connaissance  -  Dieu  -  Giordano Bruno  -  Magie noire Méditation  -  (La) mort  -   Médecine et astrologie  -   Mysticisme et religion  -  Philosophie, catésianisme et mysticisme  -  Pyramides égyptiennes  -  Réincarnation   -  Spiritualité   

Conduite mystique.    Alimentation   -   (L')Amour  -  Avortement   -  Communication   -  (La) Nature  -  (La) prière  -  (Le) suicide   

La Bible.  Ancien testament  -  Jésus (sa nature)  -  Marie (virginité de)  -  Noël   -   (Le) Paradis   -  Satan, l'enfer, le purgatoire     -  Symbolisme de la Bible  

Les religions. Amour  -  Diversité  -  Interdits  -  Origine    

Proverbes.  Les petites phrases de Romi.

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Avant propos.

Extrait.

L’Eternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ?

Genèse IV, 9

 

Il n’y a pas qu’un chemin pour aller vers la lumière que beaucoup cherchent, mais il y a plusieurs voies. Dans ce roman, les personnages en ont choisi de différentes. L’un suivra les enseignements d’un « Maître », l’autre ira sur le sentier de l’Alchimie. Ce ne sont cependant pas les seules routes pour atteindre ce que l’on poursuit, il y en a une multitude. Mais une fois le but atteint, ou ce que l’on croit qu’il est, le changement de la personnalité, des pensées et des actions feront de nous de véritables « fils de Dieu ».

Il est beaucoup évoqué dans ce roman le concept de connaissance. Il est un fait que pour bien maîtriser un sujet, et ce, quel qu’il soit, il faut un minimum d’étude et d’apprentissage. Le médecin, l’architecte ou le mystique ont la même démarche pour assimiler, comprendre et mettre en pratique le sujet de leur recherche. La connaissance est donc la découverte graduelle des vérités de chacune de ces matières. Seuls quelques rares initiés ont dès le début de leur vie cette connaissance, et on peut parler alors de science infuse ou d’influx divin. Nous devons donc, pour la plus grande part d’entre nous, œuvrer sans cesse pour apprendre et avancer. Rien ne nous sera donné si nous ne le demandons pas. En outre, il ne suffit pas de lire un livre, si bon soit-il, pour devenir un mystique, il faut essayer de mettre en application, dans notre vie de tous les jours, les enseignements ou les idées qui nous ont été donnés. Un médecin, si brillamment aurait-il obtenu son diplôme, ne sera un vrai médecin que lorsqu’il aura guéri des patients. De même, l’étudiant mystique ne doit pas en rester sur une connaissance livresque et intellectuelle mais devra trouver des applications bénéfiques pour son mode de pensée, sa vie courante et pour les autres.

Beaucoup de personnes croient que le mysticisme c’est se consacrer uniquement au message spirituel et délaisser le côté matériel. Rien n’est plus faux. L’évolution de l’Homme doit se construire avec son environnement. Il a été créé avec cet environnement, y évolue et ne peut en faire abstraction. Vouloir vivre dans le désert, loin de tous et de tout en mortifiant son corps peut nous rapprocher plus vite de la lumière, mais quel triomphe aura-t-on de vivre loin de nos ennemis et de ceux qui ont besoin d’aide ?

De plus, beaucoup pensent que le mysticisme occulte complètement la vie sexuelle des êtres. Là encore, pour nous occidentaux, imprégnés de 2000 ans de civilisation judéo-chrétienne, il nous est difficile d’oublier le « péché originel » qui n’est qu’un concept récent et non fondé de l’Eglise. Le héros de ce roman apprendra que l’Amour entre deux êtres et le mysticisme ne sont pas dissociables et que même dans l’ésotérisme occidental ils ne sont pas ignorés.

Le mysticisme n’a pas de frontière, en ce sens toutes les Traditions mystiques ne sont que les adaptations locales d’une plus ancienne Tradition primordiale, il en est pareillement pour toutes les religions. Si Le Disciple reprend les grands thèmes chrétiens occidentaux, qui nous sont plus familiers, toute autre voie est aussi valable. Ce ne sont que nos cultures qui nous font mieux appréhender les choses.

 

 

Mysticisme, Esotérisme.

Alchimie.

En effet, depuis que les alchimistes œuvrent, s’ils avaient réussi à fabriquer de l’or, ça se serait su. Là encore Romi m’éclaira sur ce qu’il appelait Le Grand Œuvre.

- Si, pour le grand public, l’alchimie est la recherche de la fabrication du noble métal, pour le chercheur il en est tout autrement. Ce n’est pas l’appât du gain, comme on le pense si souvent, qui pousse l’alchimiste. C’est une recherche mystique intérieure qui devra guider ses travaux et dont le but est l’amalgame de l’esprit et de la matière. Certains sont arrivés à fusionner avec le Divin et ont accompli l’impossible. Nicolas Flamel et plus près de nous Fulcanelli se sont réalisés totalement. Cependant, cette recherche n’est qu’individuelle. Elle ne concerne que la personne qui veut se rapprocher au plus près de Dieu. Alors qu’importe s’ils ont découvert la Pierre Philosophale ou acquis une jeunesse éternelle, cela ne concerne qu’eux. Ce sont eux qui ont fait l’effort de travail pour connaître la matière et l’âme. Cela ne doit être bénéfice que pour leur recherche. Ce serait, comme le dit la Bible, donner des perles aux pourceaux que de révéler au vulgum pecus l’appréhension de Dieu sans qu’il y ait eu effort d’apprentissage. Il en est de même pour toute connaissance humaine. Rien ne s’acquiert sans effort et sans travail.

Pour moi, l’alchimie c’était de l’hébreu et rimait avec chimie, matière où je n’avais pas excellé durant ma scolarité et qui me laissait, somme toute, assez indifférent. Cependant, j’étais assez impressionné par son laboratoire. Une multitude d’alambics et de cornues, reliés entre eux, se répandaient sur des tables de travail. Je n’étais jamais entré dans cette pièce sans y voir des liquides aux couleurs ambrées en perpétuelle ébullition. Il semblait qu’il y avait une activité incessante, que jour et nuit un travail assez mystérieux s’y faisait. Romi était allé jusqu'à transformer l’antique cheminée de marbre de cette pièce en four de briques où un feu constant rougissait les palanques de bronze. La chaleur qui y régnait était à la limite du supportable. J’y avais remarqué, toujours au même endroit, un vase avec une rose ou un bouquet de roses rouges. Je plaignais ces pauvres fleurs et me disais qu’elles devaient avoir besoin de beaucoup d’eau pour pouvoir s’épanouir.

 

 

L'âme.

- En effet,  l’âme, et donc l’homme, doit respecter la matière, toute la matière. C’est-à-dire aussi bien son corps que la terre et l’univers. A la veille de l’ère du Verseau, l’Homme a bien compris qu’il ne peut pas impunément demander toujours plus à son environnement qui est le cadre où il évolue corporellement ainsi que le cadre de son évolution divine.

- Pour ma part, je trouve que cette évolution de l’âme est assez lente. Depuis que l’homme marche sur la terre elle devrait être arrivée à un plus haut niveau que celui où elle se trouve.

- Mon Cher Daniel, j’espère que tu vivras le plus longtemps possible. Mais que représentent tes quelques décennies d’existence comparées à l’âge de l’univers. C’est encore là un raisonnement réductionniste et égocentrique de l’homme que de croire que tout se rapporte à la dimension du temps de son vivant. Sais-tu que si l’on raccourcit les douze à quinze milliards d’années de l’existence de notre univers à la mesure d’une année, la terre ne se forme que le 14 septembre, les premiers dinosaures n’apparaissent que le 24 décembre et l’homme n’y fait son entrée que depuis le 31 décembre à 22h30 ! Or, l’âme existe depuis le commencement et son expérience humaine ne dure que depuis 1h30. Tu ne voudrais donc pas que tout se réalise parce que l’homme trouve que c’est trop long et qu’il en a décidé ainsi. A l’échelon de l’univers le temps se compte en milliards d’années et à l’échelle de Dieu le temps n’existe pas. On voit bien la lente évolution de l’homme depuis les cavernes jusqu’à l’Empire State Building, de la cueillette à la culture intensive, du troc à la société de consommation. Il n’y a pas trois siècles que les consciences commencent à vraiment s’élever et tu voudrais que l’âme soit déjà réalisée ? C’est évidemment impossible.

En outre, l’âme n’occupe pas que le corps humain. Elle imprègne tout ce qui nous entoure, elle fait l’expérience de toute la matière car toute la matière est vivante. Une pierre sur le bord du chemin est vivante et a une âme.

- Là, tu pousses un peu !

- Presque pas. Cette pierre qui nous semble inerte est formée d’atomes et d’électrons qui eux sont en perpétuel mouvement dans une ronde folle. Tu ne vois l’inertie qu’en apparence, parce que tes yeux ne sont pas capables de discerner la vie partout où elle se trouve. Ces atomes sont en mouvement par l’influx que Dieu donne à toutes choses. Il y a donc corrélation entre la matière, la vie au sens large et Dieu qui en dernière analyse ne font qu’un.

- Bon d’accord ! De là à dire qu’une pierre a une âme…

- Il est encore trop tôt sur le sentier de ta connaissance pour que tu puisses comprendre certaines lois divines. Réfléchis seulement sur ce que je viens de te dire.

 

 

Athéisme. 

- Donc, lui dis-je, finalement l’aide de Dieu est fondamentale à notre vie. Mais qu’en est-il des athées, ceux qui déclarent ne croire en rien ?

- Encore une fois, je fais intervenir le concept de la connaissance. Pourquoi croit-on en quelque chose ? Pourquoi croit-on que Dieu n’existe pas ? La plupart des personnes, je ne dis pas toutes les personnes, mais la grande majorité, qui ne croient pas à un fait, en une idée ou en un concept, n’ont pas réfléchi longuement sur le sujet. Elles ont bâti leurs non-croyances année après année avec une réflexion parcellaire sans fil de conduite certain. Pour ce qui est de Dieu, elles ne se sont vraisemblablement jamais posé, à un moment donné, la question fondamentale de leur athéisme. En fait, le sujet ne les intéresse pas.

Pour pouvoir se forger une opinion de quelque sujet que ce soit, il faut l’étudier en profondeur, pas s’en faire une idée. N’oublie jamais Daniel, que d’une situation ou d’une idée, quand on croit l’avoir acquise comme certaine, il faut en changer l’angle de vue et la regarder différemment, avec un œil neuf. On pourra ainsi voir les imperfections ou la non-réalité de ce que l’on pensait certain. Pour que nos croyances soient définitivement acquises, il faut se poser les questions qui feront se demander si notre raisonnement est correct et non pas se poser les questions qui abonderont dans le sens de notre raisonnement. Il en est également pour ce en quoi l’on ne croit pas. Par ce travail de l’esprit, un athée peut tout à fait devenir croyant. Tu remarqueras que le contraire n’est pas vrai. Elles sont rares les personnes qui perdent leur foi totalement. Si cela leur arrive, à la suite d’une grande déception ou d’un grand chagrin, elles ne perdront jamais complètement ce en quoi elles croyaient. En outre, il est bien dommage que ceux qui ont reçu un mauvais enseignement où le règne des dogmes inexpliqués est roi, s’en dégoûtent à l’âge de raison et ne peuvent ou ne veulent pas retrouver les chemins de Dieu. C’est une attitude compréhensible en soi mais réductrice. C’est un peu comme si quelqu’un ayant eu un accident de voiture ne voulait jamais plus conduire.

Observe bien une chose : ceux qui crient ou qui rient lorsqu’ils disent ne pas croire, c’est qu’en partie ils ont peur d’y croire sentant confusément que de le faire déstabiliserait ce qu’ils ont construit comme étant leur Moi, leur personnalité et l’image qu’ils donnent aux autres. D’ailleurs, au mot athée, qui nie le passé spirituel de l’Homme, je préfère le terme agnostique. Cet adjectif qui désigne la doctrine selon laquelle l’esprit humain ne peut connaître l’absolu a le mérite au moins de laisser la place à l’interrogation plutôt qu’à la négation. Or, c’est l’interrogation et la question sur son devenir qui font d’un homme un Homme, ce ne sont pas avec les certitudes d’une actualité que l’humanité a avancé.

Maintenant, Daniel, une simple question : comment peut-on prouver qu’une chose existe ?

- Je pense que c’est par la démonstration ou les témoignages.

- Exact. Seulement, si on pouvait démontrer que Dieu existe, il n’y aurait pas plus de problèmes qu’une équation à une inconnue et tout le monde serait d’accord. Nous n’en sommes pas encore là. Je reviens, encore sur ce que je t’ai dit tout à l’heure, car c’est important.

En revanche, il y a un nombre incalculable de témoignages sur sa réalité mais pratiquement aucun sur sa non-existence. Je veux dire que ceux qui le nient ne s’appuient sur aucun fait, ils ne le font qu’avec de simples raisonnements, sans fondement sinon intellectuel. Ils renient évidemment les témoignages. Ce sont donc des personnes qui ne croient qu’en leur propre valeur, leur propre jugement. Elles rejettent l’autre, celui qui ne pense pas comme elle. On peut aussi constater que celui qui croit en Dieu,  pour la majorité, ne rejette pas celui qui ne croit pas ; le contraire n’est pas vrai.

- Ca, c’est bien gentil, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Si l’on regarde l’Histoire passée, celui qui ne croyait pas en Dieu était bien obligé de faire semblant, d’adhérer à la religion de son époque, sinon, il aurait été emprisonné ou pire, brûlé sur un bûcher.

- Et c’est bien là l’essentiel de notre histoire : l’évolution de l’Homme, l’acquisition de sa liberté de pensée et d’action malgré ceux qui l’ont toujours empêché, depuis le tout début de se libérer. Mais, pour reprendre ton image, les bourreaux d’hier sont devenus les victimes d’aujourd’hui. Celui qui était autrefois intolérant est devenu tolérant et celui qui se voulait libre penseur est devenu un « bouffeur de curé ». Vengeance à retardement de l’inconscient collectif. Tu peux constater dans une conversation traitant de la croyance que les non-croyants sont les plus acharnés à vouloir démontrer et déstabiliser ceux qui croient en Dieu et que les attaques et les exemples jetés à leur face le sont avec violence, moquerie ou condescendance.

 

 

Connaissance.

- Pour en revenir à l’étude ésotérique, qu’en est-il de ceux qui ont peu ou pas d’intelligence ou qui ont fait très peu d’études. Seraient-ils pénalisés dans une quête mystique ?

- Non, ils feront avec les outils que Dieu leur a donnés et les moyens qu’ils ont de comprendre les choses. Rien ne peut leur être reproché s’ils sont sur la voie du bien. Ce n’est pas la quantité de connaissances qui est essentielle mais la qualité de ce que l’on applique.

 

 

Dieu.

- Parce que toutes les vérités n’ont pas été révélées à l’Homme, il devra les découvrir par lui-même. Quant à certaines, elles ne lui seront jamais dévoilées en tant qu’humain.

- Mais, lesquelles ?

- Entre autres, la connaissance parfaite de Dieu.

- Justement, pour beaucoup de croyants, et ainsi que de non croyants, lui dis-je, le problème essentiel, primordial, dont tout découle, c’est quand même l’existence de Dieu. Comment être sûr que Dieu existe ? A-t-on au moins une preuve ?

- Daniel ! Tu es comme saint Thomas. Tu demandes des preuves ! Mais des preuves il y en a des milliers ! Bon, si c’est une attestation sur papier timbré, je ne pourrai pas te la fournir.

- D’accord, seulement, peut-on démontrer la réalité de Dieu.

- Encore une fois c’est un raisonnement imposé par les scientifiques qui te fait t’exprimer de la sorte : ce qui ne peut pas se voir sous la lentille du microscope ou qu’on ne peut pas reproduire, n’existe pas. C’est dire alors que les sentiments humains n’existent pas. Peux-tu voir l’amour, la tristesse, la joie ? Non, tu ne le peux pas et aucun scientifique ne le peut. Tu en vois seulement la manifestation : le sourire, les larmes, le rire. Il en est pareillement pour l’existence de Dieu. Tu peux en ressentir toute la vérité mais tu ne peux pas la mettre en éprouvette. Cependant, pour ce qui est de sa concrétisation, tu as sous tes yeux sa manifestation : l’agencement ordonné, mathématique de tout notre univers dont il est clair que tout s’ajuste dans un Tout en une suite logique qui ne laisse pas une seule place au hasard. C’est sur cette relation que certains scientifiques commencent à spéculer.

 

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Maintenant si tu veux un théorème sur l’existence de Dieu, je peux te le formuler :

« La preuve que Dieu existe, c’est que l’on n’a pas pu démontrer qu’il n’existait pas. »

- Bigre ! Ton raisonnement, qui n’est pas un théorème mais un sophisme, peut être inversé et l’on peut dire : puisqu’on ne peut pas démontrer l’existence de Dieu, c’est qu’il n’existe pas.

- Et bien non. Car c’est oublier ceux qui à travers les âges ont porté témoignage de sa réalité. Qu’ils se nomment Moïse, Bouddha, Zarathoustra, Akhenaton, Jésus Christ, Mahomet ou à moindre échelle, si l’on peut dire, les prophètes, les saints, les grands stigmatisés : ils ont tous déclaré de la vérité de Dieu. Or devant ces milliers d’attestations on ne peut douter de l’affirmation de ce qu’il y a de plus beau en l’homme. Ce serait douter du témoignage humain dans son expression la plus haute, ce serait douter de l’homme lui-même et donc en nier son existence en tant qu’entité se plaçant au-dessus de l’animal. En dernière analyse se serait douter de soi-même et de ce qu’il y a de bien en nous.

Bien sûr, le témoignage humain est faillible. Toutefois, en mettant cet aspect en avant sans cesse, qui peut certifier où l'on doit commencer à croire ou à ne pas croire en ce témoignage. De là, un extrémiste du doute remettra en cause tout notre passé, notre histoire, la justice, sa propre mémoire, donc sa vie, n'ouvrira plus un seul journal d'information et n'émettra plus aucune opinion. Cela me rappelle un ancien collègue, qui n'avait pas inventé la poudre, me certifiant que les américains n'avaient jamais été sur la lune et que les images que l'on nous montrait à la télévision étaient tournées en studio. M'étant étonné de cette détermination dans son jugement, il me dit avoir lu que les cosmonautes auraient rapporté des carottes de la lune ce qui lui paraissait impossible puisqu'il n'y avait pas d'air sur la lune et que des carottes ne pouvaient pas pousser. Je tentais de lui expliquer que c'était des carottages, des prélèvements de sol lunaire, il ne voulut pas en démordre. Tu vois où peut mener le doute systématique du témoignage humain. Je te garantis cette histoire authentique. Néanmoins, là aussi, tu peux douter de mon témoignage.

- Oui mais, il est souvent difficile de croire en Dieu lorsque je regarde autour de moi et ne vois qu’un océan d’incroyance.

- Peut-être pas. Regarde juste le lac autour de toi, regarde tes proches ou nos amis. La grande majorité a une démarche spirituelle. Chacun a une recherche toute personnelle, différente des autres, qui tend, cependant, vers le même concept, non pas en une vénération aveugle d’un Dieu au-dessus des hommes mais un sentiment d’une force supérieure qui relativise notre vie et ses écueils. Prenons l’exemple de notre ami Sergueï. On le croirait matérialiste à outrance, ne s’occupant que des objets et des artifices qui peuplent notre quotidien. Or, je me souviens d’une soirée d’hiver face aux Pyrénées, sous un magnifique clair de lune illuminant d’une lueur superbe les montagnes enneigées, peut-être le décor était-il propice à des confessions et à la conversation que nous avons eue sur l’existence de Dieu. Pour lui, il n’y avait pas de vieillard à barbe blanche assis sur un nuage. Il ressentait plutôt qu’une force vibratoire constante influait sur tout notre univers pour animer les choses et la vie. Il excluait toute interprétation humaine qui est sujette à caution. Je n’ai pas voulu discuter plus avant avec lui, sentant bien que son intime conviction n’était pas motif à débat. Néanmoins, j’ai fait la découverte, ce soir là, d’un Sergueï croyant en une force immatérielle supérieure à lui. Par cette pensée, il relativisait toute l’activité humaine et par-là même la sienne. Cela lui donnait une philosophie de la vie qui est celle de tout mystique. Tu vois qu’avec cet exemple, et lorsque l’on connaît bien les personnes, il s’en trouve rarement qui croient que nous sommes le fait d’un hasard.

J’ajouterai que la pensée de Sergueï est, pour un mystique, d’une fulgurante vérité puisque, tu t’en souviens peut-être, le mois dernier je t’avais dit que c’est une force vibratoire, émanation de Dieu, qui fait vivre tout ce qui existe dans l’univers et que toute chose est en mouvement, même si elle semble morte. Nos corps physiques, les sons, les couleurs, qui sont des fréquences, la matière formée d’atomes en un perpétuel mouvement, tout n’est que vibration. On peut dire que par sa réflexion intime, et moi je préciserai par le dialogue inconscient dont il ne s’est pas rendu compte avec son âme, notre ami Sergueï a découvert une des lois fondamentales de la vie.

 

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- Justement, tu me parles souvent de l’amour de Dieu envers les hommes. Comment peut-il alors permettre toutes les abominations que l’on peut voir : haine, crimes, guerres, génocides et j’en passe. Comment peut-il permettre tout cela, pourquoi ne s’interpose-t-il pas ?

- Mon cher Daniel, je ne veux pas te froisser, néanmoins, c’est une interrogation primaire. Une question basée sur un postulat erroné. Tout d’abord, mais je sais que ce n’est pas ton cas, c’est un point toujours soulevé par des non croyants qui voudraient par ce raisonnement fallacieux arriver à faire croire à des croyants que Dieu ne peut pas exister. C’est exactement comme si quelqu’un discourait à n’en plus finir de l’être ou du non être du Père Noël alors qu’il n’y croirait pas.

Comme je te l’ai souvent dit, il vaut mieux que tu recherches par toi-même les réponses parce que le vocabulaire, la phraséologie que j’emploie risquent de ne pas toucher ta compréhension. Toutefois, à ta demande positive de savoir, et en quelques mots pour que tu aies une vision globale, je répondrai plutôt : l’âme primordiale est un attribut de Dieu qui en fait donc partie intégrante, et a eu, à un moment donné, son libre arbitre. Elle a choisi d’expérimenter la matière que Dieu avait créée mais s’y est pervertie en se séparant de Lui allant en cela contre Dieu. C’est cette volonté première qui est symbolisée dans la Bible par Adam et Eve, choisissant de goûter les fruits de l’arbre de la connaissance qui va rendre l’âme prisonnière de la matière, autrement dit du corps.

 

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- Comment peut-on se représenter Dieu ? Est-il cette figure humaine à barbe blanche ?

- Bien sûr que non ! C’est là, peut-être, une erreur du passé que d’avoir voulu à tout prix figurer l’infigurable. Dans nombre de religions, d’ailleurs, sa représentation est interdite. Prends la religion musulmane, elle défend toute imagerie sacrée. Pourquoi ? Parce qu’il est impossible de traduire un concept qui dépasse l’entendement humain. Cependant, même dans la religion musulmane, on ne peut s’empêcher de figurer des symboles qui sont la meilleure représentation de l’infini, on le fait par la forme et l’arrangement des lettres. Dans d’autres religions le nom de Dieu est imprononçable, il ne peut y avoir d’analogie humaine. L’anthropomorphisme est donc une facilité pour notre compréhension mais c’est une facilité sujette à l’attaque de ceux qui disent qu’il n’est pas possible qu’un vieillard assis sur son nuage puisse commander l’univers du haut des cieux.

Le symbole, lui, parle au cœur pour le mystique et à la foi pour les croyants. Il est la meilleure représentation de Dieu, il permet à chacun de saisir avec son entendement. Etudie un dictionnaire des symboles, tu y trouveras toutes les formes que l’homme a données à Dieu, que ce soit un nombre, plusieurs figures géométriques comme le cercle, imagé ou non, le triangle etc. Je vais prendre un exemple pour te montrer qu’il nous est impossible de vraiment se représenter Dieu : Un peintre fait un tableau abstrait et tu le contemples une fois fini. Il te faut déjà une bonne connaissance de l’art et de l’abstrait pour pouvoir comprendre et expliquer son tableau. Cependant, peux-tu expliquer la complexité de l’esprit du peintre, la démarche artistique qui l’a conduit, ses pulsions, sa sensibilité mais aussi la fabuleuse structure de son corps, de l’agencement de ses molécules et de ses atomes, de ce qui fait sa vie dans son ensemble. Bien sûr que non. Tu pourras, un peu, comprendre l’œuvre du maître, pas le maître lui-même dans son tout. Par analogie, tu peux à peine saisir intellectuellement l’infini et la complexité de l’univers mais il t’est tout à fait impossible de comprendre le Créateur lui-même.

Maintenant, s’il est plus facile pour toi de te représenter Dieu par un vieillard à barbe blanche, libre à toi. Cependant, il faut bien te figurer que ce n’est qu’une représentation qui touche ta compréhension. L’important c’est la représentation de ton cœur, c’est que, parmi les plus belles choses que tu connaisses, ce soit celle que tu places au-dessus de tout

 

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- Pour en revenir à la Genèse, j’ai lu, il y a peu de temps, un article sur le débat qui opposait « créationnistes » et « évolutionnistes », c’est-à-dire entre ceux qui croient que le monde a été créé en une fois avec tout et en peu de temps, et ceux qui pensent que le monde a évolué à partir d’une première et unique forme de vie, observant les mutations nécessaires pour arriver à ce que l’on est aujourd’hui, tout ceci, sans intervention divine. Qu’en penses-tu ?

- Et bien, je dirai que ni l’un ni l’autre n’a raison. Les premiers prennent au pied de la lettre la rédaction de la Bible et nient, ou occultent, les dernières découvertes scientifiques et archéologiques en matière d’évolution de la terre et de l’univers. Ils oublient que la Bible n’est qu’un récit symbolique qui s’attache à la compréhension de tous quel que soit l’âge de l’humanité. Entre parenthèse, le Coran qui n’a que quinze siècles d’existence, a un message beaucoup plus clair que la Bible parce que beaucoup plus proche de nous. Cependant, dans toutes les religions, les croyants qui prennent au pied de la lettre le message divin, sclérosent la pensée humaine et empêchent son évolution, ce qui est contraire à la loi divine qui fait de la progression de l’homme son premier article. Le résultat, on le voit dans les attitudes de ceux que l’on nomme les extrémistes et qui iront jusqu’à éliminer physiquement les personnes qui n’adopteront pas le même point de vue qu’eux. Or, si la préservation de la vie, son côté sacré est la première déclaration de toute religion, il en est pareillement pour la tolérance. C’est donc en contradiction avec leur Livre révélé que les extrémistes agissent. En exemple je peux te citer Moïse et le sixième commandement « Tu ne tueras point », le Christ « Aime ton prochain comme toi-même » et le Coran « Ceux qui suivent la religion juive, les chrétiens, les sabéens et quiconque aura cru en Dieu et au jour dernier, et qui aura pratiqué le bien, tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur… » La préservation de la vie est si importante pour certains, qu’il y a en Inde des religieux qui, en marchant, balayent devant eux de peur d’écraser une fourmi.

Quant aux évolutionnistes, ils voudraient nous faire croire que les calculs de probabilités, la chance, le hasard, les coïncidences se sont succédés au fil des siècles pour aboutir à l’homme du XXIe siècle et aux voyages interplanétaires. En revanche, n’ont-ils pas tout à fait tort lorsqu'ils disent que nous procédons d’une source unique de vie. Cela voudrait dire que nous sommes un peu cousins du singe, des éléphants et des baleines, en un sens, une grande famille où ses membres sont dépendants les uns des autres et où chacun doit respecter l’autre ; cette idée me plaît assez.

Certains disent que Dieu n’a pas pu créer un homme velu, ressemblant à un singe, se tenant à peine sur ses deux jambes car il est dit : « Dieu créa l’homme à son image. » D’autres pensent que ce n’est qu’au moment où l’homme a eu une conscience et un certain degré d’évolution que Dieu l’a consacré. Enfin certains pensent qu’Adam et Eve ont été conçus d’un seul coup dans un état humain que nous reconnaissons comme étant le nôtre aujourd’hui. Et bien, ce n’est aucune de ces images d’Epinal qui est vraie. Dieu a créé la matière comme un véhicule de l’âme et celle-ci, depuis le début, a imprégné toute la matière. Pour ce qui est de la matière vivante, l’âme a, depuis le commencement, habité chaque cellule, chaque embryon, chaque expérience de la nature qui a conduit à l’homme pensant. On peut parler alors d’évolution mais de la nature seulement, l’âme est, si l’on peut dire, la même qu’au commencement. Elle a déjà fait toutes les expériences de la matière et sa manifestation dans le corps humain n’est que l’aboutissement d’un long processus, la dernière étape avant le retour vers Dieu. L’homme n’en est que le véhicule privilégié. Ce qui compte, c’est de comprendre que l’âme existe de tout temps et qu’elle a fait corps avec l’univers depuis l’instant premier. Comme il n’y a rien de plus ou de moins dans la matière créée, celle de l’origine, pas un ajout, pas une perte, seulement un agencement de celle-ci, l’âme a donc, depuis toujours, habité l’homme, poussière d’étoile.

L’« image de Dieu », c’est l’univers qu’Il a créé. Il est un peu comme un peintre réalisant son autoportrait, transposant sa représentation, sa vision des choses, tout ce qu’il est, dans de la matière : la toile et les couleurs en un tableau fini plein de vie mais vieillissant au fil des ans. Et nous, pauvres particules d’un atome de peinture, nous faisons des efforts désespérés pour essayer d’entrevoir la beauté de toutes les couleurs, de comprendre l’agencement du tableau, et concevoir le peintre. Tu comprends le travail que nous avons à réaliser.

 

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... peut-on imaginer une société sans Dieu ? A-t-on besoin de croire en Dieu pour se comporter en Homme ? La raison ou la philosophie ne suffisent-elles pas ?

Un sourire vint éclairer le visage de Romi et ses yeux se plissèrent de malice.

- Je vois que tu m’entraînes sur une conception philosophique plutôt qu’ésotérique. Mais je te suis. Que fait la philosophie depuis les grands sages de l’antiquité ? Elle essaye de donner des modèles de pensées et de comportements afin que l’homme s’améliore et construise une société meilleure. Mais force est de constater, historiquement, que chaque modèle proposé n’a pu s’appliquer ou est resté à l’état de pensée ou, s’il a été appliqué, a été un fiasco et que finalement, aucune réponse au sens de la vie n’a été donnée. Tu pourras d’ailleurs constater qu’ils sont très rares les philosophes à avoir vécu ce qu’ils enseignaient. On peut citer quelques exemples mais pas en établir une liste.

Plus récemment, avec la psychanalyse, on a cru trouver une solution. Seulement, on nous a plutôt fait croire à un comportement animal ou inconscient ou mécanique de notre conduite. L’analyse étant faite, on peut s’apercevoir que les réponses ne sont que parcellaires, elles ne donnent rien de définitif à l’échelle universelle. Et si la philosophie ou la psychanalyse ont pu aider quelques groupes, améliorer notre façon de penser ou de nous comporter, elles n’ont pas apporté une solution définitive à nos questions fondamentales ; car il n’est que de voir le mal être de nos sociétés pour comprendre qu’aucune réponse globale n’a pu être trouvée.

La seule vraie philosophie tient dans sa propre définition : l’Amour de la Sagesse. C’est ce qu’ont perdu de vue les grands philosophes qui ont poussé leur raisonnement dans de grandes circonvolutions alors qu’il existe une plus grande philosophie qui les dépasse toutes et qui tient en peu de mots : il faut écouter la voix de son cœur.

- Sais-tu que tu viens d’affirmer que l’on n’a pas besoin de Dieu pour se parfaire ?

- Celui qui écoute la voix de son cœur écoute Dieu sans le savoir, chemine vers les plus hautes aspirations de l’Homme, va vers le bonheur partagé. La croyance en Dieu n’est pas une nécessité, c’est l’application de ses hauts préceptes qui est importante. La connaissance de ceux-ci n’est pas non plus une nécessité, c’est leur application dictée en cela par la petite flamme qui nous éclaire intérieurement. Mais suivre Dieu, c’est aller plus vite sur le chemin le plus droit et le plus rapide qui mène au véritable bonheur.

 

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- Pour en revenir à la Bible, une chose me chagrine un peu. Si je t’écoute bien, Dieu est amour. Or, d’une façon générale, j’ai l’impression que Dieu est prompt à manier le bâton et faire tomber ses foudres sur la tête des hommes. Les prophètes ne sont pas en reste et annoncent tout un tas de malheurs et de désolations. Tu me diras, qui aime bien, châtie bien, mais j’ai comme un sentiment de malaise avec toutes ces punitions et ces obligations qui tombent du ciel à tout bout de champ.

- Je te re-rappelle que les textes qui forment la Bible, et qui ont été écrits à plusieurs siècles d’intervalle, s’adressaient à des bédouins, à des nomades. A cette époque et dans ces pays, les lois sociales ne sont pas encore complètement fixées. Chaque tribu, chaque région a ses règles de moralité et même parmi les juifs il y a des différences marquées de conceptions sociales et religieuses. Si on reprend les dix commandements que reçoit Moïse, on peut considérer que c’est une loi universelle qui est encore valable aujourd’hui. Seulement à l’époque ce n’est pas si évident que cela. Il va falloir d’ailleurs que Moïse l’impose par la force à son peuple. L’humanité est encore jeune et semblable à un arbrisseau que l’on doit attacher à un tuteur si l’on veut qu’il pousse bien droit. C’est pour cette raison que l’on a pu parler « du courroux de Dieu ». Il ne faut cependant pas oublier et occulter sa bonté et son amour envers les hommes. Quand je dis « bonté » et « amour », c’est bien entendu dans la conception d’une compréhension humaine, car le véritable amour de Dieu dépasse l’entendement humain. Le message initial de la Bible, la crainte de Dieu et de son courroux, ne l’est que dans l’optique d’un rapport faute-châtiment appliqué à des peuples à la recherche du bien, ceux-ci n’ayant pas dans leurs pensées et dans leurs actes la connaissance du bien et du mal comme un homme de notre temps pourrait la posséder. D’ailleurs, ce message sera considérablement adouci dans sa sévérité par un autre envoyé de Dieu : Jésus. Les exemples sont nombreux. On peut, par exemple, citer saint Matthieu :

« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. »

Tu vois bien que le message s’est modifié avec les siècles et qu’il est mieux adapté à la société de l’époque. Je ne dis pas que le Christ n’utilise pas en partie, dans certains de ses propos, la conception biblique faute-châtiment, mais il le fait de façon plus nuancée. Il reprend ce message pour l’élever plus haut, pour faire comprendre aux hommes qu’ils sont adultes et peuvent accomplir par eux-mêmes, sans contraintes, le grand dessein de Dieu. Mais aussi, pour bien te montrer la lente évolution de l’homme, il n’est que de voir la plupart des proclamations christiques : nous n’arrivons pas à les appliquer car notre raison n’a pas encore pu en saisir toute l’importance et la beauté.

- Par exemple ?

- « Aimez-vous les uns les autres. »

 

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- Avant de partir, je voudrais te poser une dernière question. Dans la Bible, Dieu s’adresse souvent aux humains et leur parle tout à fait naturellement. Pourquoi ne nous parle-t-il plus comme il le faisait autrefois ?

Romi eut, pour la première fois de la soirée, un sourire un peu triste.

- Il le fait, mais on ne veut pas écouter ceux à qui il s’adresse. Il pourrait le faire à tous, mais on a perdu depuis longtemps la clef des portes de notre cœur.

 

 

Le bien et le mal. 

- La vie est finalement très facile pour celui-ci (l'Homme). Il n’a à choisir que le bien ou le mal, c’est d’une simplicité enfantine. Or, on peut constater qu’il suivra souvent le chemin du mal. Observe bien et tu te rendras compte qu’il le fait uniquement pour des motifs égoïstes : la peur de trop donner et de se déposséder, la peur de se faire avoir, la satisfaction de triompher des autres et à leur détriment, l’intolérance de la différence, le jugement erroné sur des valeurs qu’il croit vraies et qu’il pense éternelles, la peur de la violation de son territoire, la satisfaction de se sentir supérieur aux autres et ainsi de suite. Choisis la voix du bien et tu découvriras tout le bonheur qui en découle ; les méchants ne se créent que des soucis qui les rongent et sont à la recherche d’un bonheur qu’ils n’atteindront jamais.

En fait, le seul péché de l’homme c’est son égoïsme. Enlève l’égoïsme à un homme et tu en fais un saint. Il ne faut pas dire : « C’est beau, mais ce n’est pas encore réalisable pour notre époque, c’est un rêve utopique » car, si on ne tente rien, si on n’essaye pas de faire un petit pas en avant, cela n’arrivera jamais. A un moment de la vie d’un homme, lorsqu’il pense ne plus avoir le temps de réaliser toutes ses ambitions, ne travaille-t-il pas pour les ou ses générations futures ? Il faut œuvrer pour ceux qui viennent après car que serions-nous si nos aïeux n’avaient pas pensé le faire ?

 

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- En outre, ne mésestime jamais ceux qui ne sont pas capables de te rendre ce que tu peux faire pour eux ou qui n’ont pas le comportement que tu en attendrais. Car, ce faisant, tu jauges une attitude au travers du filtre de tes propres capacités ou ce que tu crois qu’elles sont. Tu te places donc en juge, évaluant les manquements d’autrui. Mais tes certitudes sont-elles celles de tout le monde ? Penses-tu te trouver dans une norme ? Détrompe-toi. D’autres personnes jugeront différemment de toi parce qu’elles ont une moindre ou plus grande expérience que toi, qu’elles auront plus souffert que toi ou que l’amour des autres et le pardon passeront avant tout. En définitive, ne juge pas si tu ne veux pas être jugé et place la recherche de la compréhension d’autrui et du pardon au-dessus de ce que tu crois vrai. Aime et donne sans rien attendre en retour.

- Alors, je suis loin d’être un sage.

- Ce qui compte, c’est la recherche de cette sagesse.

- Je ne suis que Daniel Maleville et il m’arrive encore souvent de faire le mal.

- Si tu fais le mal, fais-le à la lumière, il ne pourra y vivre et mourra. Si tu fais le bien fais-le dans l'ombre et comme il ne peut rester dans l'ombre il viendra à la lumière et c'est lui qui tuera le mal. Ne dis à quiconque que tu fais le bien, combien tu donnes à une association caritative ou en aumône, cela tuera aussi ton orgueil et à force de coups contre celui-ci, tu deviendras un nouvel homme et prendras le bien comme une chose naturelle, sans effort.

- On dirait que tu veux me faire comprendre que le mal est nécessaire ?

- Le bien en lui seul ne signifie rien, nous sommes en un moment de l'humanité où nous avons encore besoin du mal pour qu'il se confronte au bien. Plus tard, lorsque toutes les batailles auront été perdues par le mal, le bien aura sa raison d'être à lui seul. Ce qu’il y a de mal en l’Homme doit être extirpé, tout doit être connu, il faut le laisser s’exprimer pour mieux le combattre. Mettre un couvercle sur les idées qui bouillent dans la marmite du mal, l'empêcher de jaillir, c'est laisser couver le feu qui finira par faire exploser la marmite. Chaque être a son karma à vivre, l'empêcher de le manifester c'est aller contre l'évolution et la volonté de Dieu. En ce sens, nous n'avons pas le droit de réduire la pensée humaine, même si elle est négative. Toute idée, tout écrit, toute parole doivent être portés au grand jour. Et si la pensée est créatrice et génère le mal alors tant mieux car il faut que le bien se confronte au mal.

- C’est un peu démoralisant ce que tu me dis là. Cela veut dire que de mon vivant je ne verrai pas un grand mieux pour l’Humanité ?

- Dépasse ta propre personne. Pense à tes enfants et tes futurs petits enfants. Œuvre pour le bien présent mais aussi pour le bien futur. C’est ce qu’ont fait la plupart de tes ancêtres et ce, depuis la nuit des temps. Plus ton travail sera grand, plus le temps du bien arrivera rapidement. Si tu regardes l’histoire des Hommes depuis la fin de la dernière guerre mondiale, on peut dire que le mal n’a jamais été autant confronté au bien. C’est une lutte sauvage dont un seul sortira vainqueur.

 

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- En outre, la connaissance mystique rend nos fautes plus grandes car nous ne pouvons ignorer ce qui est bien ou mal. Cela me rappelle une personne que j’ai connue, un de ces êtres qui sent le mal à plein nez, dégageant des ondes négatives palpables. Lorsque l’on se rencontrait, je me sentais tout de suite mal à l’aise. Ses pensées, ses actions étaient entièrement tournées vers le noir. Je crois qu’il n’avait jamais fait une bonne action de sa vie. On pouvait se dire : voilà une personne qui devra revenir souffrir sur terre une fois de plus pour rembourser son karma négatif. Or, un jour, il fit une très bonne action. Il adopta et entoura d’un véritable amour paternel un enfant d’un de ces pays où la terre n’arrive pas à nourrir tous ses fils. Crois-moi, Daniel, pour cette seule bonne action son karma a été effacé. Par contre, si tu avais été dans un cas semblable, toi qui es juste un peu plus conscient du bien, cela ne t’aurait pas été compté parce que tu sais où est le bien, lui, il en avait l’ignorance.

Mais seuls comptent nos actes ou nos paroles. Nos pensées, même les plus noires, et seulement si elles sont éphémères, ne sont là que pour nous permettre de juger et d'expérimenter mentalement le bien ou le mal. Il y a donc deux catégories de pensées : celle qui en une réflexion nous permet d’évaluer et ainsi d'évoluer et celle qui précède l'acte ou celle qui est faite avec le corps c'est-à-dire lorsque tout notre être ne fait qu'un avec cette pensée. L’une est positive, l’autre est négative.

La connaissance mystique nous apprend aussi à mieux nous connaître, or, au fur et à mesure que nous avançons, on s'aperçoit que nous sommes un puits insondable de complexité et que nous ne pouvons expliquer et contrôler tous nos gestes, nos pensées, nos actes, nos intentions ou nos attitudes. Nous fondons alors des critères et des règles évoluant ou changeant au fil de la vie et des espérances, pour ce que l'on connaît de notre moi, rejetons ce que nous n’avons pas compris ou qui nous gêne et sur lequel nous n'avons pas prise. Comment dans ce cas là pourrons-nous juger les autres qui sont différents de nous ? Est-ce parce que d'aucuns ne peuvent dominer certains aspects de leur personnalité et que toi, tu le peux que tu es supérieur ? Notre propre vérité est-elle universelle ? La vérité d'une société ou d'une nation à une époque donnée est-elle l'ultime vérité que rien ne viendra changer ?

- Alors dans ce cas, il faut supprimer les juges et les tribunaux.

- Laisse les lois régir la société mais œuvrer pour qu'elles soient plus humaines et plus équitables.

- Dans quel sens entends-tu le mot « œuvrer » ?

- Les démocraties offrent un long éventail de possibilités et n'oublie pas que l'on a les hommes politiques que l'on mérite. Pour la plupart d'entre nous, c'est notre paresse qui nous empêche vraiment d'agir sinon on ne se contenterait pas d'introduire un bulletin dans l’urne de temps en temps, on s'engagerait plus avant et on prendrait ne serait-ce qu'un peu sur notre temps, sur nos loisirs pour agir et beaucoup de choses avanceraient plus vite.

- Mais pour ceux qui ne vivent pas en démocratie ?

- Tôt ou tard le joug tombera, il suffit de regarder l'histoire des hommes. Ceux qui maintiennent leur peuple sous dictature seront, un jour ou l'autre, balayés par le vent de l'histoire et il ne restera plus rien de leur « œuvre » sinon que des ruines. Car sous chaque chaîne, il y a des femmes et des hommes qui luttent pour la liberté de leurs frères. L'histoire enseigne aux hommes que la liberté est un bien que nul ne peut leur enlever.

- Pourrait-on dire alors : pour vivre heureux, vivons cachés, loin de tout et de tous.

- Non, parce que l'homme doit être confronté aux épreuves. Il ne peut y échapper. S'il venait à s'isoler dans le désert, il serait tout de même mis à l'épreuve, parce que l'évolution de l'Humanité c'est la confrontation avec le feu du mal et le miel du bien. Celui qui, consciemment, veut échapper aux confrontations, celui que les Ecritures nomment « le tiède », celui qui ne fait ni le bien ni le mal, celui-là devra revenir sur terre plus de fois que les autres. Il vaut mieux passer une vie à faire le mal que de rester « tiède » parce qu'en cela tu seras le feu de l'épreuve pour les autres et tu auras donc ton utilité en ce monde.

- La croyance en Dieu est-elle nécessaire pour venir au secours de ceux qui sont les plus démunis ?

- Ta question me fait évoquer l’époque où j’étais en poste en Algérie. J’y ai connu des personnes se donnant totalement aux autres mais complètement athées. ça ne les empêchait pas d’agir dans le sens du bien pour ceux qui en avaient le plus besoin. Cependant, la connaissance de Dieu rend les actions plus profondes, elles prennent une autre dimension. Je ne veux pas dire, de celui ou celle qui ne sont pas croyant ou croyante, que leur travail en a moins de valeur, seul le résultat compte, mais pour un mystique, l’acte n’en prendra que plus de profondeur. Parce qu’il comprendra que tout est inscrit dans un plan divin, que rien n’est exclu de ce plan. Ainsi, j’ai vu ces personnes se donner aux plus démunis avec tout leur amour mais se comporter injustement et émettre des pensées négatives envers les nantis, ceux qui ont le superflu. C’est vrai que l’on peut avoir un sentiment de révolte face à l’injustice, mais ce n’est pas par la haine que l’on arrive à des résultats durables, et ça, c’est inscrit dans l’Histoire. Il faut de tout pour faire un monde et personne n’est à exclure, chacun a son rôle à jouer, bons ou méchants, riches ou pauvres, généreux ou égoïstes. Il ne faut pas pratiquer le rejet, l’exclusion de son cœur et de son amour des personnes qui sembleraient, dans une première analyse, ne pas y avoir droit. C’est d’autant plus facile pour un mystique, qu’il sait que nous sommes tous des enfants de Dieu et l’action qu’il mènera pour une plus grande justice se fera dans cette optique, sans haine compensatrice envers l’un ou l’autre.

En ce sens, je pourrais paraphraser le vieux dicton « On ne prête qu’aux riches » en disant « Il ne faut pas donner aux pauvres si l’on ne peut prêter aux riches. »

- Les riches n’en ont-ils pas assez ?

- Il ne nous appartient pas de juger du sort que la vie réserve aux plus nantis. Il faut agir également envers toute personne. Si tu ne peux manifester un geste, quel qu’il soit, amical, spirituel ou d’aide envers un nanti, tu n’as pas le droit de donner aux démunis car alors tu te places en dehors de la voie du bien en jugeant des mérites de chacun.

Je reviens sur le rôle que nous avons chacun à accomplir dans notre vie et de ceux qui viennent en aide aux plus fragiles. Il y a tant de choses à faire, tant de misères à soulager, tant de souffrances à apaiser de par le monde que toute une vie d’homme ne suffit pas pour accomplir ce qu’il croit juste. Aussi, chacun a choisi une voie, sa voie du bien. Elle peut s’exprimer sous diverses formes : signer un chèque pour une association caritative, consacrer ses dimanches ou ses vacances à ceux qui ont faim, choisir d’être salarié à temps complet d’une organisation internationale humanitaire, profiter de son aura médiatique pour faire avancer des combats contre l’injustice, etc. A mes yeux tous ces actes ont leur importance, que ce soit le chèque annuel donné à une ONG pour payer moins d’impôts et se donner bonne conscience ou l’action caritative devant les caméras de télévision. Chacun fait suivant ses capacités, il n’y a pas de grandes ou de petites actions. Par contre, il n’y a rien de pire que ceux qui se permettent de jauger et de juger les bonnes volontés, d’établir des échelles de valeurs pour les œuvres entreprises, de mesurer les montants des dons, alors qu’eux-mêmes ne donnent rien, ou s’ils le font, excuseront la modicité de leur aumône et exigeront de ceux qui sont nantis de donner plus. Il n’y a rien de pire que ceux qui critiquent la voie du bien. L’Amour ça se donne autant que l’on peut en donner, autant que notre vie, que nos capacités peuvent nous le permettre. L’Amour ça ne se mesure pas. Il n’y a pas de concours, pas de gagnants : que des participants. J’entends souvent dire : « Certains pourraient donner plus. » On peut toujours donner plus ; mais est-ce celui qui dit cette phrase qui le fait ? Aurons-nous toujours de bonnes excuses pour minimiser l’action des autres et nous mesurer à eux ?

Chacun, donc, choisira sa voie. Mais ce peut être aussi dans un cadre qui déborde le côté humanitaire. Ce sera se consacrer à la défense de notre environnement ou des animaux. Tout a son importance, rien n’est à négliger. Faire comprendre aux personnes qu’il est contre nature de martyriser son chien ou de l’attacher au bord d’une autoroute pour être plus libre de partir en congés, c’est leur faire comprendre les liens étroits que nous avons envers tout et tous. Faire comprendre aux personnes que la pollution qu’ils génèrent s’inscrit dans un cadre mondial et qu’ils sont touchés eux-mêmes par une pollution née à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux, c’est leur donner conscience de l’interdépendance des uns envers les autres. En ce sens, tout individu est respectable lorsqu’il entreprend une action pour une meilleure Humanité que se soit en faveur des enfants, des vieillards, des sans logis, des forêts, des rivières, des baleines bleues ou des animaux d’élevage. Un mystique le comprend bien car il sait que toute la création étant l’œuvre de Dieu, il n’y a pas de grandes ou de petites choses à ses yeux. Ce qui compte c’est chaque action individuelle qui amènera sa goutte d’eau ou son seau pour former une rivière, puis un fleuve de gestes positifs qui rempliront son lit asséché par l’égoïsme et le mépris.

- Mais ne penses-tu pas qu’il y a des personnes qui se servent de la misère humaine pour satisfaire leurs ambitions personnelles ou politiques ? Et n’a-t-on pas vu des dirigeants d’ONG se servir plus que largement dans les caisses de leur association ?

- Quand bien même ils le feraient, ne sont-ils pas le moteur d’une action qui engendre le bien et fait réfléchir le public dans ce sens ? Au sein de ces groupes il y a des gens sincères qui agissent, c’est leur action qui est importante. Si le dirigeant puise dans les caisses il aura peut-être affaire avec la justice des hommes mais sûrement avec sa conscience et son karma car il aura à répondre immanquablement de ses actes. Lorsque tu donnes de l’argent à une association, si seulement dix pour cent du montant va à l’action salvatrice, il te faudra donner tout de même ou alors aller sur le terrain. Il ne faut pas regarder les mauvais exemples de gestion pour s’excuser de ne pas donner, il faut donner même si tu n’y tiens pas.

Ainsi, ne pense pas, comme je l’entends souvent dire, que les pauvres font exprès de mourir de froid et de faim dans le plus beau pays du monde qui est le nôtre ou en tout cas celui où l’on mange le mieux. Ceux qui disent cela ne savent pas ce qu’est de perdre tous ses repères qu’ils soient humains ou sociaux. Ils ne peuvent pas se mettre à la place d’une personne qui n’a plus rien, ni amis, ni famille et dont le raisonnement est faussé par la faim, la mendicité, les abris sous les ponts et la protection du froid par des cartons. Celui qui à la bouche pleine ne peut pas comprendre le désarroi humain. Tout comme ceux qui se sentent rejetés par les autres ou la société ont du mal à se rendre compte que des associations structurées sont là pour leur venir en aide. Franchir le pas d’un abri hivernal où l’on sert de la soupe chaude est aussi difficile à un démuni qu’à un nanti pour y venir la servir.

 

 

Giordano Bruno

- Je voudrais te citer quelques phrases de sa pensée qui avait 400 ans d’avance sur la nôtre. Certaines ne sont pas encore vérifiées.

« Dès que nous avons reconnu que le mouvement mondain apparent est dû au mouvement diurne réel de notre terre, aucun argument ne nous forcera à accepter l’opinion vulgaire que les étoiles sont équidistantes de nous, qu’elles sont comme clouées et fixées sur la huitième sphère. »

La huitième sphère étant, à l’époque, la conception d’une coupole enveloppant la Terre et retenant les étoiles. Ce qui veut dire que Giordano Bruno admet le mouvement des étoiles et par sa conception de l’infini de notre univers il est en avance sur Copernic.

« Le ciel, par comparaison avec la Terre, est immense et offre l’aspect d’une grandeur infinie ; et, pour l’estimation du sens, la Terre est, par rapport au ciel, ce que le point est au corps et le fini à l’infini. »

et sur la réincarnation :

« Chaque acte apporte sa récompense ou sa punition dans une autre vie. Le passage d’un autre corps dépend de la façon dont il s’est conduit dans l’un. »

et sur l’Univers :

« Un nombre infini de soleils existent ; un nombre infini de Terres tournent autour de ces soleils… des êtres vivants habitent ces mondes. »

« La consistance des autres mondes dans l’éther est pareille à celle de celui-ci. »

En termes modernes : la composition atomique des autres systèmes solaires dans l’univers est pareille à la nôtre.

« Toutes les âmes font partie de l’âme de l’Univers, et tous les êtres à la fin sont un. »

Et avant la découverte de la structure de l’atome et du code génétique :

« Et il n’est pas nécessaire qu’il y ait beaucoup de sortes et de formes d’éléments infimes, comme du reste de lettres non plus, pour former d’innombrables espèces. »

Je pourrais dire « Sans commentaire » mais j’en ferai un. Giordano Bruno a été interrogé et torturé une vingtaine de fois par l’Inquisition. Puis, après qu'on lui eut arraché la langue « pour les affreuses paroles qu’il avait proférées », il fut brûlé vif à Rome en 1600.

 

 

Magie noire 

- Il semble, pourtant, que ceux qui pratiquent la magie noire en invoquant Lucifer peuvent, dans certains cas, obtenir quelques succès.

- La magie noire n’existe pas. Je veux dire qu’il n’y a que ceux qui y croient qui peuvent en devenir les victimes. Je te l’ai déjà dit plusieurs fois, et je te le redirai encore car c’est très important dans le développement humain : la pensée est créatrice, elle précède l’action et elle peut aussi agir à distance et dans le temps. Croire en la force du bien est la meilleure protection, si tant est que l’on en ait besoin, contre la sorcellerie. S’attacher à la croyance de la puissance des forces du mal, c’est déjà en être un peu le prisonnier. La peur, qui en est un des attributs, tue le bien de notre pensée et notre libre arbitre. La magie noire ne peut agir que sur un esprit sous influence. Cependant, c’est vrai que la magie, blanche ou noire, peut produire des effets si l’on est en contact direct avec ce que l’on appelle des filtres ou des potions. Ce genre de drogue une fois absorbée a une réelle influence sur l’esprit. Il suffit de voir à quel point certaines sectes ont utilisé ces moyens pour dominer leurs membres ; mais c’est le seul cas où cela fonctionne.

 

 

Méditation.

Une nuit d’été, lorsque tout est calme autour de toi et que rien ne peut te rappeler l’activité humaine, fais ce que plus personne ne fait, allonge-toi sur le dos dans un jardin, prends une position la plus confortable possible, détends-toi, relâche tous les muscles de ton corps, inspire et expire profondément et contemple longuement la voie lactée et les étoiles. Laisse aller ton esprit et ensuite réfléchis, prends conscience de ta petitesse mais aussi de ta grandeur. Tu verras que tes conclusions t’étonneront toi-même. Une bonne chose, aussi, c’est de le pratiquer sur une plage au bord de la mer, et alors là, essaye d’imaginer que ton corps est en harmonie complète avec la nature qui t’entoure : le sable, les dunes, les herbes folles, les pins. C’est avec des choses simples que l’on peut souvent prendre la dimension d’une mesure qui nous dépasse. Par cet exercice tu retrouveras aussi la place exacte que tu occupes dans l’univers et, plus largement, la dimension de l’Homme par rapport à lui.

 

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Il me fallut un long apprentissage pour former ma pensée et mes comportements à des sens plus positifs. Romi me donnait des « petits trucs », comme il disait, pour m’y aider.

- Va au Jardin des Plantes par une journée ensoleillée, assieds-toi sur un banc et commence par te détendre. Oublie tes soucis, tes tracas. Prends le temps de ressentir les choses. Ecoute le rire des enfants, les grelots des poneys de promenade. Choisis, autour de toi, un arbre pour sa majesté, sa grandeur. Observe le, regarde toutes ses branches ployant sous la brise, essaye de faire attention à toutes ses feuilles. Réfléchis au nombre d’années qu’il lui a fallu pour devenir aussi grand, pense à sa jeunesse et lorsqu’il n’était encore qu’une petite pousse, médite sur toutes les personnes qui l’ont vu depuis deux ou trois cents ans, aux amoureux à qui il a servi d’abri, aux enfants qui ont joué à cache-cache autour. Pense à tous ces gens d’il y a longtemps aujourd’hui disparus. Enfin, fixe le tronc et imagine la vie qui le parcourt, allant puiser par ses racines, loin dans le sol, la force qui lui est nécessaire. Lorsque tu auras bien pris conscience de toute cette vie, ferme les yeux, respire profondément et visualise l’arbre. Mentalement rapproche-toi de lui et pénètre dans son tronc, étends les bras et fonds-toi avec les branches. Sois l’arbre. Ne pense plus à rien et ressens ce que lui ressent, laisse aller ton esprit un long moment. Attends. Puis inspire une nouvelle fois profondément et rouvre les yeux. Après ce jour, tu ne regarderas plus les arbres comme avant.

 

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- L’heure tourne et avant de nous quitter, je voulais t’apprendre un exercice qui te sera utile pour notre voyage. Tu le feras de préférence le matin au lever du jour lorsque la ville est encore calme et à tout moment de la journée quand tu auras un instant de libre. Voilà, écoute bien. Pendant les deux jours qui précèdent notre voyage, tâche de te nourrir simplement, sans excès. Ne mange pas trop de viande ni de charcuterie, abstiens-toi d’alcools forts, ne pollue pas ton esprit par des pensées négatives ou en regardant un spectacle négatif. Dès que tu peux, isole-toi de façon à ne pas être dérangé. Aie le corps détendu. Reste debout, fais le vide dans ton esprit, n’aie ni bonnes ni mauvaises pensées. Respire très profondément par la narine droite en te bouchant la narine gauche avec ta main gauche, et cela trois fois. Fais de la même manière avec la narine gauche. Ensuite, ferme les yeux et inspire, à la pleine capacité de ta cage thoracique, par les deux narines. Expire en entonnant le son OM, comme je te l’ai déjà montré, c’est-à-dire avec la voix la plus grave et la plus puissante possible aussi longtemps qu’il te reste de l’air dans les poumons. Recommence cette opération sept fois. Pendant toute la durée de cet exercice, concentre-toi sur un point que tu situeras au milieu de ton front. Visualise toutes les énergies de ton corps se focalisant à cet endroit. Quand tu auras fini, reprends tes activités normales.

- A quoi sert cet exercice ?

- Il te servira à élever ton corps et ton âme vers un registre de vibrations plus élevées. Tu en ressentiras un bienfait corporel et spirituel. Note mentalement tes impressions après cette expérience. Il n’est pas dit qu’au premier essai tu te sentes transformé. Renouvelle autant de fois que je te l’ai dit cet exercice qui t’aidera, entre autres, pour le voyage que nous devons effectuer. J’espère que tu auras tout bien noté mentalement. Viens demain, nous continuerons nos entretiens. Maintenant, il se fait vraiment tard, je dois absolument sortir.

 

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- Mais comment méditer et sur quoi ? Je me suis toujours demandé à quoi pouvaient bien penser ces moines tibétains ou ces sages indiens.

- Justement, ne confondons pas. La méditation est beaucoup plus qu’une simple réflexion, beaucoup plus qu’une analyse des choses. Tu as bien compris que notre corps, véhicule de l’âme, avait ses imperfections, ses pulsions, ses peurs. La méditation va consister justement à faire taire dans un premier moment tout ce qui peut s’agiter en nous, mentalement et corporellement. Je vais t’indiquer un moyen de méditer qui, s’il n’est pas parfait, va te rapprocher le plus près possible de la voie de la sagesse qui est celle de Dieu. Et, comme de toute chose, il faut pratiquer pour atteindre de bons résultats.

Pour commencer coupe-toi du monde profane et de tout ce qui pourrait distraire ton esprit car il est essentiel, lorsque l’on commence à apprendre la méditation, de réunir tous les éléments nécessaires à sa réussite. Isole-toi, par exemple, dans ta chambre et veille à ne pas être dérangé par quelqu’un. Si tu attends un visiteur, laisse-le venir et n’entreprends ta méditation qu’une fois qu’il sera parti. Il ne faut pas qu’inconsciemment tu puisses penser qu’à telle heure on doit venir ou qu’il faille te dépêcher pour faire quelque chose après. Eteins la télévision ou la radio et débranche le téléphone. Si c’est dans la journée, ferme les fenêtres aux bruits de la rue et tire les rideaux pour favoriser une certaine obscurité. Enlève tout objet qui pourrait aider tes pensées à vagabonder, comme une photo de famille ou un souvenir ramené de vacances.

- Mais c’est un important travail de préparation ! Ne peut-on pratiquer plus simplement ?

- Essaye de prendre autant de temps à nettoyer l’Esprit qu’à nettoyer ton corps. Plus tard, tu pourras faire comme des amis de ma connaissance qui arrivent à méditer dans le métro.

- Effectivement, je n’en suis pas encore là. Donc, continue.

- Il est bon par contre, mais ce n’est pas indispensable, que tu aies quelques objets qui puissent te rappeler un caractère sacré ou en tous cas que tu considères comme sacrés ou comme étant facteurs d’élévation spirituelle. Ce peut être un chandelier à sept branches, une croix ou un Bouddha ou encore une image particulièrement apaisante, un bouquet de fleurs ou encore une pyramide. Maintenant tu es libre de ne rien mettre du tout. Cependant, l’homme, dans les choses du sacré, a toujours eu besoin d’un certain rituel. Il peut aider, par sa manifestation matérielle, à élever l’âme. Cependant il ne faut pas, comme on le voit si souvent, que le rituel prenne le pas sur le spirituel. Car on a vite fait de se conformer à des habitudes gestuelles qui deviennent vides de sens si le cœur et l’âme n’y ont pas leur place. Dans un premier temps, fais donc comme je te l’indique, et par la suite tu verras ce qui te convient le mieux. Fais aussi brûler un peu d’encens.

- Comme à l’église ?

- Tu sais, l’encens est connu depuis la plus haute antiquité et a toujours servi à élever les vibrations positives. Dans le rituel que je te propose, ton corps va s’apaiser justement par l’intermédiaire de tes sens. Je t’ai déjà parlé du calme de ta vue, de ton ouïe et maintenant de ton odorat. Rappelle-toi l’expression « en odeur de sainteté », c’est tout à fait juste dans la façon telle que je te l’ai décrite. Prends donc des bâtonnets d’encens et fais en brûler pour embaumer ta chambre. Choisis les bien, l’odorat est très sensible au bon et au mauvais, avec l’expérience tu trouveras celui qui te convient. Tu peux aussi allumer deux bougies posées face à toi. Les petites flammes qui vacilleront dans la pénombre ont un effet apaisant. Souviens-toi de nos veillées dans ce chalet des Pyrénées où nos regards ne pouvaient se détacher du feu de cheminée. Et bien, les flammes d’une bougie, même avec leur petitesse, favorisent la relaxation intérieure.

Voilà le cadre défini. Maintenant, il faut préparer son corps. Sois à l’aise, n’aies aucune envie, sinon satisfais-les, ne porte pas de vêtements trop près du corps qui te gêneraient et assieds-toi à la tête du lit ou dans un fauteuil de manière que tu sois confortablement installé. Que ton corps soit le plus propre possible. Lave-toi les mains, bois un grand verre d’eau en signe symbolique de purification et en tout cas de façon à te purifier.

- Un verre d’eau peut-il purifier ?

- Certainement. Quelle qu’en soit la quantité, l’eau est un élément purificateur. L’idéal serait, si tu as le temps, de prendre une douche. As-tu remarqué que l’eau courante d’une douche te régénère ? Suivant les goûts elle peut être froide, tiède ou chaude, mais l’effet régénérant final est toujours similaire quels que soient les individus. Et bien, ce n’est pas seulement parce que l’on se débarrasse de ses impuretés ou parce que l’on aime la température de notre douche que l’on se sent mieux, c’est par l’énergie que véhicule l’eau que l’on a cette sensation de mieux être. Essaye, un jour, pour t’amuser, de reprendre une douche une heure après que tu te sois lavé : tu ressentiras les mêmes effets de régénération, et là ce ne sera pas parce que tu étais sale. Donc tu vois bien qu’un simple verre de bonne eau qui passe dans les cellules de notre corps, peut donner un effet positif.

Ensuite il faut préparer son esprit. A ce propos, as-tu pratiqué l’exercice que je t’ai recommandé d’effectuer, celui qui fait entrer en jeu le souffle et le son vocal OM.

- Oui, je l’ai fait trois fois entre hier soir où nous nous sommes quittés et ce matin avant de venir chez toi.

- Qu’as-tu ressenti ?

- Une très grande plénitude, un apaisement total. Je me sentais plus léger, plus aérien, mais surtout une sorte de sensation au niveau du point situé au milieu de mon front, quelque chose d’indéfinissable. Je viens d’essayer d’employer des mots pour te décrire ce que je ressentais, en fait c’est indescriptible. C’est un état nouveau pour moi.

- Et bien, c’est exactement cela que tu dois faire, ne pas décrire à un tiers tes expériences. Soit, il ne les comprendrait pas, soit, ayant atteint un niveau plus élevé de conscience, il les trouverait banales et essayerait de te guider sur une route et à un niveau de développement qui ne seraient pas encore forcément les tiens.

- Pourtant c’est ce que tu fais avec moi.

- Pas tout à fait. Parce que tu commences à parcourir le chemin mystique, je suis là, sur ta demande, pour guider tes premiers pas. Il n’en sera pas toujours ainsi et le temps venu, je te laisserai continuer seul.

- Mais je n’en ai pas tellement envie.

- Même si tu n’en as pas envie à ce moment là, il faudra pourtant que je le fasse. Dans ma conception du mysticisme, il ne peut y avoir de gourou, de guide ou de Maître mais juste un enseignant qui conduit et qui laisse la place au libre arbitre de son élève par la suite, exactement comme à l’école. Je ne crois pas me tromper en disant qu’à un moment donné, tu voudras voler de tes propres ailes. Et certainement aussi que ce que j’ai pu te communiquer, tu en rejetteras une partie.

- Non ! ça ce n’est pas possible !

- Mais si, il le faudra bien afin que ta propre conscience se développe et que le dialogue que tu pourras établir avec ton âme te soit tout à fait personnel. Je ne dis pas que tu rejetteras les Vérités de toutes époques ou la Tradition primordiale, cependant, tu auras ta façon de voir et de comprendre qui te sera toute personnelle. Il est bien qu’il en soit ainsi afin que chaque âme soit en accord parfait avec le corps qu’elle habite.

Mais revenons à notre méditation. Pratique l’exercice que je t’ai recommandé en faisant entrer en jeu le souffle et le son vocal OM. Là, tu as préparé ton esprit et ton âme. Maintenant, au lieu de reprendre tes activités, comme je te l’indiquais hier, laisse aller ton esprit. Revois avec calme les événements bons ou mauvais de ta journée, essaye de les examiner d’une façon neutre et ensuite n’y pense plus. Puis visualise l’immensité de l’océan. Visualiser ce n’est pas imaginer que l’on se voit être quelque part ou dans un état, c’est se sentir, « être » vraiment dans cet état ou dans un endroit. C’est très important que tu fasses bien la différence et que tu pratiques souvent la visualisation car elle te permettra, plus tard, d’accéder à un niveau supérieur de conscience.

Donc visualise l’immensité de cet océan, toi-même étant sur la plage les pieds battus par les vagues et observant le soleil couchant. Mesure la grandeur de ton être par rapport à ce que tu contemples, resitue-toi par rapport à la nature, à ce qui t’entoure. Prends conscience de tes rapports avec les éléments. L’eau qui caresse tes jambes, le vent qui souffle agréablement, le sable doux sous tes pieds et le feu rougeoyant du soleil couchant. Il est aussi important que tu sentes ces quatre éléments. Ensuite, fais que ton corps soit tour à tour eau, tu es l’océan dans la moindre de tes cellules, air, tu es le vent qui parcourt la plage, terre, tu es le sable dans les millions de grains qui forment la plage, feu, tu es le soleil flamboyant, source de vie colorant la nature. Enfin, visualise ton âme comme étant des sortes d’atomes n’ayant ni début de vie ni fin, éternels et indestructibles, sortant de ton corps à grande vitesse en entraînant les composantes physiques avec elle. Ces atomes rejoignent tous les éléments dont tu viens d’être partie. Mais l’âme les englobe tous, elle s’insère dedans, elle est les éléments, et tout ton corps dissous en fait partie aussi. Tu es en train de faire corps avec tout ce qui t’entoure, tu es Daniel Maleville à des milliards d’exemplaires, partagé mais ne faisant qu’Un. Une fois que tu as pris conscience de cet état, visualise tes atomes se regroupant à grande vitesse pour reconstituer ton véhicule terrestre. En même temps les corpuscules de ton âme reforment le Tout que tu es. Tu es redevenu Homme mais maintenant tu sais que tu n’es pas dissociable de ce qui t’entoure.

Après un instant de repos mental, regarde le ciel aussi haut que tu peux et envoie, de tout ton corps, de tout ton être des pensées d’amour pour la terre et les hommes, des pensées retombant sur la terre. Puis revois l’océan et médite sur le sujet de ton choix. Tu as, alors, deux possibilités.

La plus simple consiste à se faire un jeu de questions réponses sur le sujet qui t’occupe. C’est très simple mais très efficace car, grâce au travail de préparation que tu auras achevé auparavant, tes pensées seront plus profondes qu’une simple réflexion.

Pour la seconde possibilité, visualise le sujet sur lequel tu veux méditer. Même si c’est une pensée, un sentiment, une peur, fais prendre corps au sujet qui t’occupe. Si c’est un rapport de personnes, visualise les personnes. Si tu es l’une des personnes, regarde-toi comme étant un observateur extérieur neutre. Ecoute ce que ces personnes se disent, regarde et entends ce qu’une pensée de haine ou de peur peut exprimer. Dans les deux cas, que se soit abstrait ou concret, visualise la pensée ou l’état et laisse-les s’exprimer. Tu n’es qu’un observateur neutre, ne jugeant pas. Tu voles au-dessus de la scène et tu peux observer de l’extérieur les attitudes. Tu peux te mettre à côté de l’une des personnes et comprendre ce qu’elle dit pendant que tu t’observes en face et te vois réagir. Lorsque tu as entendu tout ce qu’il y avait à dire, dissous ta visualisation et revois l’océan. Examine alors les arguments qui se sont exprimés, réfléchis et tires-en des conclusions qui devront être imprégnées d’amour quel que soit ce que tu as pu entendre. Si tu as médité sur les rapports que tu avais avec une personne qui te voulait du mal, tu auras compris les mobiles de celle-ci et pardonné ses actes. Même si tu crois ne pas pouvoir maîtriser ta réflexion, tu auras compris le pourquoi du pardon et trouvé la voie du bien. La pensée est créatrice, créatrice d’autres pensées ou d’actes. Le peu que tu mettras en application de ce que tu auras compris de tes méditations, le plus, jour après jour, tu amélioreras ton esprit et ton comportement.

C’est ça le but de la méditation pour la plupart d’entre nous. Ce n’est pas découvrir de grandes vérités et devenir un saint, c’est une réflexion beaucoup plus intérieure qui va nous changer en profondeur et durablement.

Je t'ai décrit là deux façons de méditer, sur les pensées et les êtres. Cependant, il y a beaucoup d’autres formes qui peuvent ne pas avoir de rapports directs avec toi. Pratique comme je te l’ai indiqué, fais leur prendre corps afin que non seulement ta pensée les appréhende mais que tes yeux les voient. Tu peux aussi intervenir dans la forme, tel un sculpteur afin d’en modifier l’aspect et voir quel résultat tu obtiendrais après ce changement.

 Pendant toute cette période de méditation garde les yeux ouverts au début pour apprécier l’ambiance de calme qui règne autour de toi et qui devrait régner sur tout le monde, puis, lorsque ta projection devient plus intense, ferme ce que l’on appelle joliment les fenêtres de l’âme, pour que ta réflexion devienne plus intime et que rien ne vienne la troubler.

Avec l’habitude, tu adapteras à ton ressentir certaines phases de ce que je viens de décrire. L’essentiel tient dans le résultat de ta méditation. Pendant celle-ci, force tes mauvaises réactions ou tes mauvaises pensées, combats-les. Les pensées négatives ou de peur sont un poison pour l’âme et le corps, rappelle-toi l’expression « se faire du mauvais sang ». Les dictons populaires ont une bien plus grande sagesse que ce qu’on pense. Ces mauvaises attitudes mentales finissent par former un réseau qui va filtrer les pensées positives et les empêcher ainsi de se fixer. Les pensées négatives excusent aussi nos comportements négatifs, c’est donc une chaîne sans fin qui va s’instaurer et entraver notre évolution sur la voie du bien.

- Je croyais que la méditation n’était qu’une réflexion profonde spirituelle. Mais là, tu me parles de rapports entre personnes.

- Ce n’est qu’un exemple que je t’ai donné. Tu peux tout aussi bien méditer sur un tableau abstrait que sur les réflexions que t’a procurées un livre particulièrement inspirant. Tout acte, tout comportement ou toute pensée positive résultant de la méditation est un acte spirituel positif. Tu peux, bien entendu, méditer sur le mécanisme de l’interdépendance de la nature avec les hommes et avec Dieu ou de tout autre sujet touchant Dieu. Toutefois, dans la phase d’apprentissage où tu te trouves, ne recherche pas des sujets de méditation qui pourraient te dépasser. Avec le temps, et ce que tu vas apprendre et comprendre, tu pourras aborder de tels sujets. Il faut progresser par paliers. Plus tard, tu t‘apercevras que les réponses à tes questions ne viendront pas tellement de ta connaissance ni de ton appréciation des choses mais d’une cause autre qui te donnera des réponses de plus en plus précises et empreintes d’une très grande vérité.

- Quelle est donc cette cause ?

- Ton âme. C’est elle qui dialoguera avec ton toi et t’apportera la lumière que tu cherches. Cet échange ne peut se réaliser qu’avec la pratique constante de la méditation. Ne t’attends pas à des miracles dès les premières expériences mais travaille sans cesse à la recherche de cette lumière.

 

 

La mort. 

- En parlant d’aliments, cela me fait penser à la chaîne alimentaire. Ces animaux qui du plus faible au plus fort se mangent entre eux et l’homme qui à la fin mange le plus fort, tout ceci m’a toujours paru cruel et notamment la souffrance des animaux au moment où ils succombent à plus combatifs qu’eux.

- La vie et la mort sont indissociables. La mort n’est pas une punition, elle est une transformation, une continuité. Ce qui nous paraît cruel n’est qu’un processus.

- Oui, mais la souffrance physique au moment de la mort ?

- C’est une expérience comme une autre, une initiation, la plus grande sur cette terre. Ce qui nous fait peur, c’est le poids de cette souffrance, nous devons cependant la subir. Il est des personnes qui apprendront plus en 10 minutes de souffrances au moment de la mort qu’en toute une vie.

J’essayais de réaliser ce que l’on pouvait ressentir au moment de la mort et notamment si la souffrance s’y ajoutait. Je me rendais compte que tous mes efforts d’imagination ne me permettaient pas de comprendre vraiment ce qu’était cet instant là, lorsque l’on fait le grand saut. Ce que je comprenais bien, cependant, c’est l’incommensurable vanité humaine qui nous faisait croire à notre importance sur cette terre, à l’illusion de nos certitudes. Que d’orgueil, mais que d’orgueil ! Au bout du compte on finissait tous dans la caisse ; dans la caisse…

Dans un entretien précédent, Romi m’avait dit au sujet de la mort : « Heureusement que Dieu nous a donné cet oubli du futur qui nous garde de penser à notre inexorable sort. Mais il est bon de faire, de temps en temps, un effort de mémoire. » Pourquoi, alors, fallait-il être plus fort que les autres, leur faire mal, se faire mal ? La vie n’est qu’un songe, pourquoi ne pas œuvrer afin qu’elle soit un rêve plutôt qu’un cauchemar ?

 

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- Romi, parle-moi de la mort.

- La mort ? Mais elle n’existe pas, bien sûr !

- Tu as toujours des réponses déconcertantes. Comment peux-tu dire que la mort n’existe pas ?

- Je veux dire que notre façon de la concevoir est totalement erronée. C’est notre ego qui nous fait croire en une disparition définitive de notre corps et de notre esprit. Rappelle-toi nos leçons de choses en classe et la phrase de Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». C’est là la clef de tout. En effet, la matière a été créée au commencement en une seule fois, il n’y a pas eu de rajout par la suite, pas d’œuf ou de matrice à matière. Il n’y a qu’une transformation de celle-ci.  Comprends donc bien que les atomes qui forment ton corps sont aussi vieux que l’univers. En fait, tu as 15 milliards d’années !

- Je ne me croyais pas aussi vieux !

- Mais c’est pourtant la réalité. Les atomes dont tu es composé n’ont pas été « fabriqués » spécialement pour toi, ils existent depuis l’aube des temps. Ils ont servi et serviront encore après toi à un autre travail. Ils ont peut-être déjà été utilisés pour un dinosaure.

- C’est proprement incroyable ce que tu me dis là !

- Non, c’est logique. En fait, pour être plus précis, une partie de ces atomes peuvent naître et venir de notre soleil ou d’une autre étoile. Mais s’ils naissent dans un soleil, c’est à partir d’éléments qui existent depuis le premier instant de l’univers. Le fœtus qui grandit dans le ventre de sa mère grâce à elle et à l’apport énergétique qu’elle lui procure, le pourrait-il si les organes dont il est composé, et entre autres des cellules qui se multiplient, ne pouvaient se créer par l’apport d’atomes qui constituent toute matière ? Non, il ne pourrait grandir si une arrivée d’atomes ne se produisait. Ceux-ci ont-ils été conçus pour ce bébé ? Non, ils existent déjà dans la nature depuis le commencement du monde et sont, en quelque sorte, appelés pour ce travail de création. De même, lorsque tu seras « mort », tes atomes ne deviendront pas inutiles et se disperseront pour servir ailleurs. La mort ou la conception ne sont en fait que le passage d’un état à un autre. Il n’y a pas disparition dans le néant ou création à partir du néant. En outre, c’est pour cette raison que je t’ai dit que la mort, comme nous l’entendons, n’existe pas. Cet état fait que nous sommes interdépendants les uns des autres. Je vais te donner un cas, que je qualifierai d’extrême, mais qui illustre bien mon propos : un homme âgé a pour ennemi un très jeune homme qu’il déteste profondément. Toutefois, qui dit que ce jeune homme n’est pas formé en partie des atomes qui composaient le corps de la mère et du père de l’homme âgé ? Méfions-nous des non-apparences, elles sont réelles. Comme la science moderne le rappelle, la matière a horreur du vide et rien ne nous sépare de notre voisin, ce ne sont que nos yeux qui nous trompent. Ainsi tu me vois devant toi à peu près avec l’aspect physique que tu me connais depuis quelques années, et pourtant si d’apparence je suis semblable toutes les cellules de mon corps ne sont plus les mêmes, elles sont mortes et d’autres sont nées à leur place.

- Effectivement, je comprends mieux le processus. La vie ne serait-elle alors qu’un assemblage mécanique d’atomes ? Et quid de mes joies, de l’amour, de mes élans, de mes pensées, enfin, de la vie avec un grand V ?

- Dans l’univers tout doit naître et mourir pour mieux renaître. C’est la loi de la réincarnation et de l’évolution. Te verrais-tu vivre 100.000 ans ? Mais au-delà de cette vue mécanique sache qu’aucune pensée, aucune action, aucun sentiment n’est vain. Tout s’inscrit dans l’inconscient collectif et sert aux générations à venir. L’homme est de la nature des choses qui essaiment. De ces graines germe une nouvelle vie qui en fera naître une autre et ainsi de suite.

- Maintenant, pourrais-tu m’expliquer une chose : il semble que la plupart des salops meurent dans leur lit. Comment expliquer cette injustice ?

- Pour ce qui est de la justice divine, je t’ai déjà donné une explication. Pour ce qui te paraît être une règle, ça n’en est pas une. Si cela te semble, c’est que l’on remarque plus souvent le négatif que le bien. Dans la plupart des cas, je ne dis pas dans tous, le méchant à un karma à assumer, et peut-être ne le réalise-t-il pas au mieux. Mais il est certainement le karma de quelqu’un d’autre, voire de tout un groupe ou d’une nation. En ce sens il n’est pas nuisible ; dans le plan divin, il est utile.

- Les dictateurs sont utiles ?

- On doit lutter de toutes nos forces contre ceux qui veulent réduire l’être humain, ceux qui veulent lui ôter sa liberté ou le droit de vivre. Cependant, la déshumanisation nous fait comprendre l’Humanité, la prison nous fait comprendre la liberté et l’arbitraire, la justice. Il est malheureusement vrai que l’homme n’apprend pas dans le bonheur mais dans la souffrance. Car lorsqu’il est heureux, il ne voit pas la désolation autour de lui, ceux qui sont dans le besoin ou l’adversité. Etre passé par tous les stades de souffrance et de bonheur, telle est la destinée de l’Homme pour une meilleure compréhension de lui-même et de ses frères. C’est en cela que la loi du karma et de la réincarnation nous aident à nous réaliser. Je ne dis pas qu’il ne faille pas être heureux lorsque la vie nous sourit, je dis qu’il faut compenser ce bonheur par un geste, une parole ou une action pour ceux qui n’ont pas la chance de l’être au moment où nous le sommes.

- Mais ce n’est pas toujours facile.

- Essayer, toujours essayer, toujours apporter sa pierre pour construire.

- Et c’est souvent long.

- Fais pour tes enfants ce que tes parents n’ont pas pu faire pour toi et pour les autres ce que tu aurais aimé qu’ils te fassent.

- Pour en revenir à l’après-vie : l’esprit, l’intellect, nos pensées, subsistent-elles après, ce que je n’ose plus appeler mort mais changement d’état ?

- Là, c’est un domaine beaucoup plus subtil puisque si l’on peut voir un atome sous un microscope électronique, on ne peut voir une pensée. Pourtant, tu sais que toute pensée est créatrice et cette création, que se soit un comportement, un écrit, une façon de s’exprimer, une musique, une maison, une peinture, une philosophie de la vie, tu la donnes en héritage à tes enfants, tes parents, tes amis. Toute personne influe sur son entourage qui lui-même va en faire pareillement avec d’autres et ainsi de suite. On peut dire que chaque pensée s’inscrit dans l’inconscient collectif qui est transmis de génération en génération.

Quant à notre âme, elle gagne au travers de ces expériences, des aptitudes dont elle pourra éventuellement se servir dans une autre vie. C’est pour cela, qu’il n’y a rien de prodigieux à voir Mozart composer et jouer à cinq ans, cela vient d’une existence antérieure dont il a la réminiscence. Ce qui  est étonnant, c’est de voir le corps physique se souvenir de ses aptitudes antécédentes.

- Justement, je crois savoir que sous sommeil hypnotique on pourrait arriver à régresser dans une vie antérieure. Cela est-il possible ?

- Certainement, puisque dans cet état ton âme et ton esprit ne font qu’un. Mais à quoi te servirait-il de savoir si tu étais prince ou mendiant dans une vie passée ? En ressortirais-tu grandi ou diminué ? Pour ma part, il me semble qu’une vie d’homme suffit à la connaissance. Cependant, dans certains cas, on peut être amené à passer cette expérience. C’est surtout le fait d’un karma mal compris ou mal intégré. Le fait de savoir pourquoi, dans notre vie actuelle, nous souffrons de telle ou telle manière à cause d’une faute passée, peut nous aider à comprendre et mieux compenser notre karma actuel ; mais il ne faut pas faire une fixation de nos vies antérieures.

 

 

Médecine et astrologie.

Ce qui est intéressant dans la comparaison et le rapprochement entre le mysticisme et la science c’est que les interrogations de cette dernière sont les postulats du premier. En fait, les deux se rejoignent aujourd’hui mais la science qui ne veut expliquer le fonctionnement de nos mondes que dans une vue mécanique, arrivera, un jour, à réintégrer l’aspect mystique dans ses conceptions. La science explique avec le détail du fait ce que le mysticisme édictait comme un principe sans en posséder l’aspect mécanique complet.

 Mon rêve c’est de voir arriver, un jour, une ère de collaboration, pas seulement de l’une envers l’autre mais avec toutes les disciplines traditionnelles qui ont quelque chose à nous enseigner et qui ne sont pas ou peu reconnues.

- Comme quoi ?

- La phytothérapie, l’homéopathie, l’acuponcture, le magnétisme, la géobiologie mais aussi l’astrologie.

- Mais l’astrologie n’est pas ce qu’on pourrait appeler une science exacte.

- Il n’y a pas de sciences exactes, il n’y a qu’une connaissance en devenir. Des chercheurs modernes ont confronté l’astrologie aux statistiques. Tout corrobore et tend à démontrer l’influence des astres sur le caractère. De nombreux ouvrages ont été publiés à ce sujet qui démontrent l’exactitude de l’astrologie, la justesse d’analyse des caractères humains et la finesse des prévisions que l’on peut établir pour les personnes. N’oublie pas que toute étude doit être abordée avec un esprit ouvert, sans a priori. Si tu veux devenir un homme libre, ne laisse pas ta pensée prisonnière des préjugés qui sont la sclérose de l’esprit.

- Oui mais, dis-moi si je me trompe, l’astrologie, qui est plusieurs fois millénaire, est basée sur l’influence qu’ont les astres sur notre vie. Or, on n’a découvert, dans notre système solaire, Neptune qu’en 1846 et Pluton qu’en 1930. Donc, les cartes du ciel dressées jusqu’à ces découvertes peuvent être considérées comme fausses.

- Aurait-on dû ne pas soigner les personnes jusqu'à la découverte de la pénicilline en 1928 ? Et devrait-on arrêter de soigner le cancer jusqu’à la découverte d’une cure ? Je te l’ai dit, il n’y a pas de sciences exactes mais une approche de la vérité qui aide l’humanité dans son devenir. Rien ne doit être négligé ou rejeté pour la seconder dans son avancée.

Quant aux deux planètes dont tu fais mention, elles n’ont que peu d’influence sur la carte du ciel d’un individu mais elles permettent d’en affiner les résultats. Crois-en un professionnel, et si ma clientèle n’est pas très nombreuse, j’ai assez vu de cas pour ça.

- Qu’est-ce qui pourrait faire que l’astrologie puisse servir la science moderne ?

- Tout d’abord, l’astrologie ce n’est pas ces petits conseils de quatre lignes que l’on trouve dans les magazines grands publics et ce n’est pas uniquement prédire l’avenir pour un signe donné. Comme le disait si bien saint Thomas d’Aquin, « Les astres inclinent mais ne déterminent pas. » Retiens bien ce qui suit car c’est la clef de toute l’explication de notre vie : notre destinée est formée des expériences que l’on doit passer dans cette vie et du bilan karmique d’une ou des précédentes. Des épreuves préparées par avance nous sont présentées. Cependant, nous disposons de notre libre arbitre pour les apprécier. Tout est écrit mais les mots peuvent être corrigés.

- As-tu un exemple ?

- Oui, j’ai un ami, très grand astrologue, qui m’a époustouflé par ces prédictions au niveau mondial et pour mon cas personnel. Et bien, il avait vu les innombrables problèmes qu’il allait subir de sa future épouse. Il s’est malgré tout marié et les ennuis prévus se produisirent bien puisque tout se termina par un divorce. Il a usé de son libre arbitre alors qu’il était bien averti mais aurait pu, tout aussi bien, ne pas choisir d’épouser sa fiancée et en cela corriger les mots écrits de sa destinée.

- J’aimerais que tu me précises en quoi les épreuves sont préparées d’avance.

- L’âme, avant de s’incarner, va choisir la mère qui va mettre au monde son corporel. Avant de renaître à la vie dans le nouveau corps qu’elle aura adopté, elle prendra connaissance de la destinée de ce futur individu : ses joies, ses peines, les épreuves qui l’attendent, les grandes ou misérables choses qu’il fera. Mais ce n’est qu’en s’incarnant qu’elle comprendra ce que la matière et la vie veulent vraiment dire. Si ce corps le lui permet, elle pourra dialoguer avec lui et ainsi le prévenir de tous les dangers. La méditation est une des possibilités de dialogue. C’est ce processus qui va servir à l’âme pour se développer, le corps lui servant de support. Pour employer une image, l’âme est un automobiliste et le corps le véhicule. Avant de prendre la route, cet automobiliste a préparé son voyage, étudié la carte, repéré les voies rapides, connaît le temps approximatif du parcours et sait qu’en prenant tel raccourci il risque de rencontrer un chemin plein de bosses et de trous. Le véhicule, lui, ne connaît rien de la route. Ils passeront tous deux, au fil de la conduite, par de merveilleux ou lugubres paysages et chemineront ensemble jusqu’au but. Au bout de la course, l’automobiliste, c’est-à-dire l’âme, peut très bien se débarrasser de sa voiture si elle est usée ou trop vieille pour en reprendre une neuve. Mais là, s’arrête la comparaison. Le corps n’est pas une machine pour l’âme qu’elle jettera une fois fatiguée. Car il y a les liens d’un amour entre les deux qui dépassent de loin la relation homme-objet. En ce sens l’Amour de Dieu pour les hommes est incompréhensible à ceux-ci. C’est le grand mystère, celui que l’intelligence humaine, l’intellect ou la sensibilité, l’intuition ne peut comprendre. En outre l’individu garde, en dernier ressort, son libre arbitre.

L’avenir de l’homme résulte de plusieurs paramètres : son passé karmique, sa destinée, que l’on peut lire à la naissance dans les étoiles, sa volonté de se conformer aux principes du bien et les décisions qu’il prendra tout au long de sa vie. Le destin est formé d’une suite d’expériences qui sont proposées et que l’homme devra passer. A lui d’en tirer les leçons. Mais il y a un autre élément qui tient compte du fait qu’il ne vit pas tout seul : il est attaché au groupe karmique qui est le sien. Il éprouvera en conséquence tout le bien ou tout le mal de ce groupe, de même ce groupe fait partie du groupe karmique d’une nation. Ainsi l’individu aura plus ou moins d’efforts à fournir pour son avancée spirituelle suivant qu’il sera dans un groupe à problèmes ou non. On peut constater, historiquement, ce que l’on appelle le destin d’un peuple. L’avancée de l’humanité, aujourd'hui, fait que nous en sommes à un point où toute décision, où toute démarche humaine résonne en répercussions sur le monde entier. La décision individuelle interfère rapidement sur le collectif, que ce soit en pensée ou en acte. Par son libre arbitre, l’homme, aurait-il la connaissance du futur, peut ne pas écouter les avertissements qui lui sont prodigués. C’est un peu comme les parents qui ont le sentiment de prêcher dans le désert lorsqu’ils conseillent leurs enfants ; ceux-ci ne veulent en faire qu’à leur tête.

Pour en revenir à l’astrologie, si la possibilité de prédire l’avenir en est une des composantes, pour moi, elle n’est pas l’essentielle. Connaître son avenir peut aider dans certains cas mais doit surtout nous faire réaliser le plan divin qui est le nôtre. Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de personnes qui sont venues me voir pour connaître les prochains numéros du loto ou savoir s’ils allaient obtenir une augmentation de salaire ; c’est en partie pour cette raison que je préfère limiter mes consultations. L’astrologie peut vraiment nous aider dans la connaissance de notre caractère. Car être Poisson, Bélier ou Cancer implique des personnalités différentes. Etre informé de son caractère c’est déjà moins de questions à se poser sur soi-même et sur les autres. Ainsi pourra-t-on mieux s’assumer et pardonner leurs défauts à ceux qui nous entourent puisqu’on les sait subir la forte influence de leur signe. Cela nous permet de comprendre que tout le monde est différent, avec ses propres caractéristiques et que si l’un ne peut pas se passer de l’eau, l’autre a horreur de se baigner, que si l’un est à tout instant dans la lune, l’autre aura les deux pieds bien posés sur terre. Hormis le signe solaire de naissance, l’ascendant correspond à l’apparence physique et morale de l’individu. Il nous permet de connaître quels sont les traits de caractère que nous auront à développer ou à maîtriser à l’âge adulte. Ainsi avec une meilleure connaissance de soi et des autres n’aurons-nous pas trop de questions en suspens sur le Moi et pourrons-nous mieux assurer notre existence.

L’autre aspect important de l’astrologie est le fait que chaque signe corresponde et commande à des organes de notre corps. Ainsi le Lion aura tendance à avoir plus de problèmes avec le cœur et le Capricorne avec les genoux. Je rêve donc d’un jour où le patient entendra son médecin lui dire : « Monsieur, étant donné que vous êtes natif du signe des Gémeaux, je vous recommande de faire attention à vos poumons et vous prescrits des fumigations d’eucalyptus à des fins préventives. » L’image, je vois, te fait sourire. C’est pourtant celle d’une médecine qui prendra en compte l’individu en son entier au moyen d’une thérapie incluant toutes les disciplines et de médecins osant avouer que le cas de tel patient relève de l’acuponcture plutôt que de pilules anti-stress.

 En outre, les planètes ont une influence générale sur toute la nature. Parles-en à un homme de la terre. Il te racontera comment et à quel moment effectuer les semis en fonction des phases de la lune. Pour ce qui est toujours de la santé, médicalement, on a rapproché les éruptions solaires particulièrement violentes à la recrudescence des infarctus.

 

 

Mysticisme et religion.

- Et bien, je crois avoir compris la différence entre la religion et le mysticisme. Tous deux concernent l’appréhension du divin. Toutefois, la plupart des religions imposent des dogmes, c’est-à-dire des lois sur la conception de Dieu, que rien ne doit changer. On demande aux fidèles de croire aveuglément en des principes qui, souvent mal expliqués, dépassent sa compréhension ; comme par exemple la Sainte Trinité dans l’église catholique. C’est ce que l’on appelle la foi. Le mysticisme au contraire part du principe que la connaissance de Dieu est liée à une étude dont les postulats doivent faire l’objet d’une compréhension et d’un début de démonstration de la part de l’étudiant. Il n’est pas demandé de croire aveuglément, mais de comprendre avec son entendement les principes divins universels. C’est donc pour cela que les religions souvent sont trompeuses car il est clair que la plupart des textes sacrés ont été manipulés à travers les âges. Ceux qui ne l’ont pas été, comme le Coran, font souvent l’objet d’interprétations malheureusement erronées. Cependant, il ne peut y avoir opposition entre religion et mysticisme lorsque tous deux sont à la recherche du Bien, ce qui est, heureusement, assez souvent le cas.

- Exact ! Je vois que tu as bien compris cette partie. Je rajouterai que de la tolérance entre les deux pourrait naître une nouvelle lumière pour les Hommes.

Romi eut un sourire et ajouta :

- Il y a un ancien proverbe asiatique qui énonce : Dieu a donné la connaissance aux hommes. Le Diable est alors venu et leur a dit : « Organisez cette connaissance en religion. »

 

 

Philosophie, catésianisme et mysticisme. 

- Une chose m’étonne, Romi, dans tout ce que tu m’as dit jusqu'à présent, tu n’as pour ainsi dire pas cité tes sources ou donné le nom d’un auteur, si ce n’est pour les Evangiles. Pourquoi ?

- Mon discours serait-il meilleur, plus crédible, si je l’annotais de références ? Pourquoi te renverrais-je à d’autres, cela en renforcerait-il la véracité ? Le savoir que transmet le philosophe ou le mystique appartient à celui qui le reçoit, il n’est plus à l’auteur. On assimile l’idée, le point de vue, et on l’adapte à sa personne tout en conservant les faits.

Puisque tu veux une citation, je t’en livre une que je trouve d’une grande profondeur, même si c’est dit sur un ton humoristique, mais surtout parce qu’elle est d’un très grand savant, un visionnaire, Albert Einstein :

« Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. »

Je restais pensif. En effet, si dans un premier temps cette phrase prêtait à sourire, elle n’en était pas moins d’une très grande force de vérité. Einstein, qui avait découvert les clefs de l’univers et révolutionné notre vision des choses, savait que le hasard n’existe pas mais que le « Grand Architecte », comme le dénomment les francs-maçons, lui, existait et que ce qui semblait un hasard, n’était en fait qu’un ordonnancement préparé à l’étonnement des hommes.

Romi, me voyant perdu dans mes pensées, me regarda avec un sourire et me dit :

- Puisque les citations ont l’heur de te plaire, en voici une autre, toujours d’Albert Einstein :

« La possession de merveilleux moyens de production n'a pas apporté la liberté, mais le souci et la famine. »

Ou encore :

« La vraie valeur d'un homme se détermine d'abord en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du Moi. »

Et :

« La plus belle chose que nous puissions éprouver, c'est le mystère des choses. »

- Mais dis-moi Romi, n’es-tu pas en train d’opérer une récupération et me faire croire qu’Einstein était un grand mystique ?

- Ce qui est écrit, est écrit. Et pourquoi ne citerais-je pas un scientifique qui avait un esprit ouvert sur toutes choses alors que ses pairs ont récupéré un philosophe pour justifier leur point de vue, leur façon de voir.

- De qui veux-tu parler ?

- De René Descartes, bien sûr. Seulement, si on s’attache à une philosophie et que l’on s’en réclame, il faut en reprendre toute l’expression. Dans le cas de Descartes, on a un peu oublié qu’il croyait en Dieu et fut un grand mystique, il suffit d’étudier son œuvre ou de lire ses biographes pour se le rappeler. Donc, l’esprit rationaliste et soi-disant cartésien, dont on a fait notre orgueil national, devrait être empreint d’un peu moins d’arrogance et de rigidité et d’un peu plus d’ouverture d’esprit et je rajouterai d’un peu de croyance en Dieu.

- C’est la première fois que j’entends dire qu’être cartésien c’est croire aussi en Dieu.

- Parce que ce mot ne peut se détacher de la philosophie à laquelle il fait référence, il correspond alors à ce que l’on connaît d’elle, pour ce qui est du raisonnement logique, mais aussi à la croyance en Dieu. Rappelle-toi ce que je t’ai dit concernant les idées reçues : il faut toujours les réexaminer sous un angle différent et, dans le cas qui nous intéresse, sous l’angle d’origine et non pas en reprenant l’analyse déformée admise communément.

Cette référence erronée à Descartes nous fait adopter une attitude de logique exacerbée. Par notre rationalisme forcené nous avons tué l’instinct, l’intuition, qui est notre âme nous murmurant le futur à l’oreille. Entièrement, tout passe par la raison. Imagine une vie sans artistes, musiciens, peintres, sculpteurs, écrivains, poètes ou chanteurs.

Romi se leva et se dirigea vers une étagère de la cuisine d’où il prit un livre calé entre deux paquets de pur café italien. Il rajusta ses lunettes, feuilleta les pages et s’arrêta sur l’une d’elles.

- Une partie du Discours de la Méthode est consacrée à prouver l’existence de Dieu, ce ne peut être occulté. J’ai relevé, par ailleurs, les quelques phrases suivantes sur lesquelles je te laisse méditer :

« Un athée ne peut être géomètre. »

« Car par la nature, considérée en général, je n’entends maintenant autre chose que Dieu même, ou bien l’ordre et la disposition que Dieu a établis dans les choses créées. »

« Lorsque nous concevons la substance, nous concevons seulement une chose qui existe en telle façon qu’elle n’a besoin que de soi-même pour exister. (…) A proprement parler, il n’y a que Dieu qui soit tel. »

C’est on ne peut plus clair sur la croyance de Descartes. Resituons les choses : être cartésien c’est avoir une pensée basée sur la logique. A son époque, le raisonnement philosophique est fondé sur la comparaison et la confrontation des doctrines déjà existantes et qui font autorité. Descartes va introduire un nouveau concept : nos certitudes, dans le raisonnement, devront être équivalentes à une démonstration arithmétique ou mathématique. Certains ont bien voulu reprendre ce principe mais n’ont pas retenu que dans la troisième partie de son Discours de la Méthode, Descartes démontre l’existence de Dieu par un raisonnement logique en partant de son Cogito ergo sum (Je pense, donc je suis). Y est-il parvenu ? Peut-être, mais en tout cas s’il ne l’a pas pu cela prouve la recherche divine de Descartes.

Je t’ai dit qu’il était non seulement croyant mais aussi mystique. Dans son Traité des passions de l'âme, il cherche, dans le corps humain, la partie physique qui permet l'union de l'âme et du corps et la localise dans la glande pinéale. A remarquer que c’est une hypothèse avancée par nombre de Traditions Mystiques.

En définitive, les personnes se réclamant de la pensée de Descartes doivent donc inclure dans leur démarche philosophique l’existence de Dieu. L’élève ne peut rien ajouter ou enlever de la pensée du maître s’il s’en réclame être le disciple. A contrario, j’intègre la pensée de Descartes mais ne me déclare pas cartésien car, comme je te l’ai déjà expliqué, pour moi, il n’y a pas une, mais, des philosophies qui doivent guider l’Homme ; et la pensée philosophique doit toujours se trouver en deçà de la recherche de la compréhension de Dieu et de la quête du bien.

Et pour finir avec les citations, qui, je l’espère, t’auront satisfait, je te livre une pensée d’Einstein qui corrobore ce que je viens de te dire et montre que l’Homme n’a pas encore fini de se poser des questions.

« En tant que les théorèmes des mathématiques se réfèrent à la réalité ils ne sont pas exacts. En tant qu’ils sont exacts, ils ne se réfèrent pas à la réalité. »

 

 

Pyramises égyptiennes . 

- N’oublie pas que la plus grande partie de notre héritage spirituel nous vient des égyptiens. On retrouve des similitudes marquées entre leur religion et la nôtre. Par exemple, dans l’architecture des temples et de nos cathédrales qui sont bâtis sur un modèle semblable : trois entrées, dont une principale, une allée centrale conduisant vers l’autel, une salle hypostyle sur les côtés et l’axe d’orientation dirigé vers l’est. Et que dire de leur narration de la genèse du monde, ne ressemble-t-elle pas à la nôtre : d’une étendue aqueuse sans forme, sans lumière, sans limites va émerger la lumière, l’univers, l’esprit (l’âme) et la Terre, celle ci étant recouverte au début par les océans. Puis va émerger la terre ferme, le Tumulus originel. Les cieux et la terre seront ensuite séparés. Et que penser des divinités premières et de la naissance de l’homme tiré de la terre par le dieu Khnoum puis façonné telle une poterie, cela ne te rappelle pas notre Adam ? La myriade des dieux régnant chacun sur un travail de l’homme ou le protégeant ne s’apparente-t-elle pas à la multitude de nos saints : saint Vincent, patron des vignerons, saint Antoine à qui l’on s’adresse si l’on a perdu quelque chose, saint Christophe lorsque l’on voyage. On peut également beaucoup dire des Dieux principaux : Osiris, le père, Horus, le fils et Isis la mère, mère de toutes les mères et de tous les fils. Cette trinité, hautement symbolique n’évoque-t-elle rien au fond de toi ?

Le grand public et les égyptologues voient dans la religion égyptienne uniquement un panthéon de Dieux à tête d’animaux et un peuple aux croyances un peu naïves sinon primitives. C’est beaucoup plus complexe que cela mais en même temps plus simple parce que hautement mystique. Seulement, il me faudrait des journées entières pour pouvoir t’expliquer toute la sagesse de l’ancienne Egypte. Je te conseille donc de lire tous les ouvrages que tu pourras trouver et traitant de cette religion et de la mystique qui s’y rattache.

 Pour t’en faire entrevoir toute la grandeur, je vais te citer quelques faits que je livre à ta réflexion : les égyptologues n’aiment pas parler des pyramides parce que leur esprit rationnel ne peut en comprendre toute la complexité. Sais-tu que les dizaines et dizaines de pyramides que l’on connaît n’ont jamais, je dis bien jamais, contenu la moindre momie du pharaon à qui on les a attribuées, que l’on n’y a jamais découvert de mobilier funéraire même saccagé ou mis en morceau par d’éventuels pilleurs. Il est admis que les restes ou les mobiliers qui y ont été trouvés sont de l’époque saïte, soit vers 500 ans avant J.-C., temps où il était de bon ton de se faire ensevelir dans ces géants du passé. C’est un fait reconnu par tous les égyptologues mais complètement inconnu du public.

Lorsque, par mon travail, j’étais en poste au Caire, il m’a été donné de visiter la pyramide de Chéops. On peut déjà se demander pourquoi avant d'arriver à la chambre du roi, il y a une suite de couloirs de différentes formes, en pente raide ou difficiles à monter, d’une très grande hauteur à certains endroits et si bas à d’autres qu’il faut presque marcher à quatre pattes. Je te parle évidemment de l’architecture d’origine, sans transformations ultérieures ni éboulements. J’ai plaint rétrospectivement les prêtres qui ont porté le corps de Chéops, si tant est qu’il n’y ait jamais été. On peut bien se demander pourquoi un, ou des couloirs bien droits, n'ont pas été conçus en lieu et place de ce parcours du combattant. Une fois arrivé dans la « chambre du roi », je suis resté assez perplexe devant le dépouillement total des murs. Aucune décoration, aucun bas-relief, aucune peinture. Quant au soi-disant sarcophage, on dirait une auge à bœufs. Il est d’une rusticité et d’une nudité déconcertante, sans sculpture, brut. Alors, comment peut-on imaginer un seul instant qu’un pharaon aussi puissant, capable d’ériger un tel monument, qui était dans l’antiquité considéré comme l’une des sept merveilles du monde et qui le reste encore de nos jours, ait pu ne pas décorer l’intérieur de sa pyramide. Si ce pharaon était assez orgueilleux pour ériger à sa gloire ce tombeau démesuré, comment peut-on penser qu’il conçut sa chambre funéraire aussi sommairement.

A propos des couloirs différents et tortueux, il faut savoir qu’on les retrouve dans toutes les grandes pyramides connues avec en prime des puits, des conduits qui n’aboutissent à rien, des chambres qui n’ont jamais rien contenu. Bref, des agencements totalement inutiles. Les égyptologues, qui n’aiment pas le vide, donnent à ce propos des explications qu’un enfant ne dirait pas : « la chambre de la reine n’a pas été terminée ? C’est qu’ils n’en ont pas eu le temps », « les couloirs qui n’aboutissent pas ? Les constructeurs ont changé d’avis et de direction au dernier moment. », etc., etc. Tout ceci est bien entendu entièrement démenti par le génie architectural que l’on peut constater dans le reste des monuments, quelles qu’en soient les époques, et par la splendeur des tombeaux, les vrais, ceux de la vallée des rois où se manifeste un goût raffiné pour les sculptures, le dessin, les couleurs et les formes. Ma question est donc la suivante : puisque les pyramides n’étaient pas des tombeaux, à quoi pouvaient-elles bien servir ?

 

 

Réincarnation

- Là, tu évoques la notion du karma et de la réincarnation. L’âme a un corps qui va être son véhicule pour pouvoir exercer son libre arbitre et retrouver, par ses choix positifs, sa pureté originelle au travers des expériences de la matière qu’elle devra respecter parce qu’elle est aussi, une émanation de Dieu. Etant immortelle, mais ayant un véhicule matériel, donc périssable, elle n’a d’autres choix que de passer de corps en corps pour pouvoir parfaire son éducation. Les influences qu’elle va exercer sur la personnalité qu’elle habite vont se traduire en positif et en négatif. Ce bilan, elle aura à l’examiner à la fin de la vie de son véhicule terrestre. Si la leçon n’est pas bien comprise, elle devra revivre l’expérience avec peut-être plus d’intensité et ce, dans un autre corps et dans une autre vie.

Celui qui naît avec des problèmes physiques ou mentaux a subi un effet négatif du mécanisme de la nature. Ou, plus âgé, il supportera semblable épreuve à la suite d’un accident ou d’une maladie. L’âme avant de s’incarner a connaissance des grandes lignes de sa vie future et sait qu’elle aura davantage de difficultés en s’incarnant dans un corps qui devra supporter des limitations. Son chemin en sera plus dur mais son mérite n’en sera que plus grand. J’ouvre une parenthèse pour te dire que tout ceci ne se passe évidemment pas avec l’image que je te donne. J’emploie un anthropomorphisme à propos de l’âme pour faciliter ta compréhension.

Maintenant, il y a aussi le fait qu’un corps peut garder le traumatisme d’une vie antérieure, souvent, pour compenser un karma négatif, mais ce n’est pas une règle.

         Il n’y a pas de bon corps ou de mauvaise âme, il y a une association afin d’évoluer.

 

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- Comme tu veux. Donc, dans nombre de religions, la mort n’est pas triste et fait l’objet de fêtes parce que, bien souvent, celle-ci est considérée comme une future renaissance. Mourir n’est triste que pour ceux qui restent, pas pour celui qui, quittant bien souvent un corps qui est devenu trop lourd pour lui, va pouvoir revoir sa vie, en étudier tous les aspects, apprendre quelles ont été ses fautes pour essayer de les corriger et de mieux revivre dans une autre incarnation. C’est la loi du Karma. Cette loi est très importante car elle n’a de sens que si elle est couplée avec la loi de la réincarnation.

Bien sûr, tu sais bien que pour notre éducation judéo-chrétienne, la réincarnation est une hérésie. Or, si l’on se réfère au nombre de personnes de par le monde pour qui ce fait est un credo, les chrétiens se retrouvent en minorité et font, avec leur non-croyance en la réincarnation, figure de secte et non pas le contraire comme ils le pensent souvent. Or, s’ils croient en une vie après la mort, pourquoi ne serait-il pas possible qu’il y en ait une avant ?

- C’est que ça ne fait pas partie des enseignements, lui dis-je.

- Justement. On ne peut, cependant, oublier que pour les premiers chrétiens, la réincarnation faisait partie intégrante de leur foi. Cependant,, pour des raisons politiques, les assemblées des premiers Pères de l’Eglise, ont effacé tout ce qui pouvait y faire référence. Ainsi de nombreux passages des évangiles manquent-ils, comme beaucoup d’autres qui ont été tronqués ou transformés. Les choses ne semblent d’ailleurs pas avoir été très claires pour la chrétienté naissante puisque ce n’est que 400 ans après sa mort que sera officialisée la virginité de Marie. Lorsque la religion chrétienne est devenue la religion officielle de la plus grande puissance du monde, Rome, il a fallu qu’elle s’adapte à celle existante pour que peu à peu elle la supplante. Il est une chose que l’empereur Constantin impose par la loi la nouvelle religion, il en est une autre pour que la mosaïque des différents peuples de l’Empire Romain l’accepte. Pour le côté pratique, c’est donc sur les emplacements de temples païens que les premières églises furent bâties.

Pour le côté théologique il va y avoir manipulation des textes. La réincarnation ne faisant pas partie de l’ancienne religion, les chrétiens du Ve siècle atténuèrent cette doctrine afin de ne pas trop choquer ceux qui se convertissaient ou qui y étaient forcés. Il est vrai que quatre siècles après la mort du Christ, les dirigeants de l’Eglise commençaient déjà à s’éloigner notablement de ses enseignements et agissaient plus en politiques qu’en hommes de bien. De plus la réincarnation, autrement dit, la résurrection, ne pouvait être l’apanage que du Christ. Cela rehaussait sa splendeur et ne pouvait donc être accessible au commun des mortels. En outre, se développent deux tendances à cette époque. La chrétienté romaine, délivrant un message plus simple des Evangiles, accessible à tous, et la chrétienté orientale, gnostique, plus près du message mystique contenu dans les Ecritures.

Parmi les premiers chrétiens, le grand soutien de la réincarnation fut Origène, pair de l'Eglise naissante, mort en 254, dont les avis théologiques étaient écoutés et suivis. Malheureusement, un concile va en effacer tout écrit. Il s'agit du concile de Constantinople en 533 convoqué par l’empereur Justinien Ier qui, avec son épouse Théodora, commandait d'une main de fer l'Empire d'Orient et d'Occident. Théodora a barre sur son époux, elle le domine. Adhérant à la doctrine monophysite, qui bannissait la réincarnation de ses enseignements, elle va faire pression sur le concile afin que la doctrine de la réincarnation soit effacée purement et simplement des enseignements de l'Eglise. Tâche d'autant plus aisée que le pape n'a pas été convié et ses protestations sur la validité d'un tel concile ne seront pas entendues. Ces décrets, promulgués sous la contrainte, ne pouvaient être que nuls du point de vue droit canon. Malheureusement, après la mort de Justinien Ier, ceux ci ne furent pas réexaminés par l'Eglise.

On voit donc bien que ce sont de simples raisons personnelles et politiques qui effacèrent totalement l'enseignement de la réincarnation et que cette situation, depuis, perdure. Il est vrai que l'Eglise prend son temps pour réviser ses jugements. A titre d'exemple ce n'est qu'en 1995 que le procès en révision de Galilée fut fait alors qu'il avait été condamné en 1633 par le tribunal de l'Inquisition pour ses théories sur l'astronomie. Le droit canon ne fait que perpétuer aujourd'hui une erreur d'autrefois. J'insiste bien sur ce point, essentiel dans la compréhension historique, tout le monde peut le vérifier, de l'erreur passée qui fait que, de nos jours, le monde chrétien ne croit plus en la réincarnation. Il n'y croit plus parce qu'on ne lui dit pas qu'elle aurait dû faire partie des enseignements. De même, le non pratiquant ou le non croyant n'aurait pas une attitude aussi négativement tranchée vis-à-vis de la réincarnation comme on peut le constater actuellement.

- Tu es bien dur avec l’Eglise ! C’est un véritable réquisitoire.

- Je ne fais que citer des faits. Il n’y a rien de répréhensible à rappeler l’histoire. Si des hommes se sont trompés, il ne faut jamais perdre de vue l’enseignement de Jésus qui est, en cette matière, chose à mettre au-dessus de tout, ou plutôt qui est, au-dessus de tout.

- L’Eglise première était vraiment aussi « diabolique » que tu veux bien le dire ?

- Je vais te citer un exemple. Le concile de Nicée en 325 a déclaré les juifs : « Une abomination de la volonté divine », oubliant en cela que Jésus et ses disciples étaient juifs et aussi enfants de Dieu. En 465, au concile de Vannes, il est devenu interdit de partager sa viande avec un juif. A celui d’Orléans, en 533, est interdit le mariage entre un chrétien et un juif. En 589, le concile de Tolède décrète que le fils d’un mariage mixte sera obligatoirement chrétien. Et ainsi de suite jusqu'à ce siècle où il faut attendre 1965 et Vatican II pour que l’Eglise supprime toutes les accusations contre le peuple juif et 1998 pour des excuses publiques. Soit plus de 16 siècles d’antisémitisme, de négation de tout un peuple. Il ne faut cependant pas oublier tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont œuvré pour le bien de l’humanité dans le cadre de l’Eglise, toutes celles et ceux qui ont donné de leur personne au nom de Dieu.

- Mais pour les erreurs passées de l’Eglise, le Pape n’a-t-il pas demandé pardon ?

- Bien sûr, et c’est un grand courage que de l’avoir fait. Car qui peut dire être capable d’avouer publiquement ses fautes ? Alors, lorsque c’est une institution telle que l’Eglise qui le fait, on ne peut qu’accorder ce pardon.

J’ajouterai une chose. Lors de son Mea Culpa, de nombreux groupes ont reproché au Pape de ne pas les avoirs cités ou tout juste évoqués. Par exemple, les juifs ont regretté que le discours papal ne fut pas suffisamment précis et développé et les homosexuels de ne pas avoir été mentionnés. Qui peut exiger plus de l’autre qu’il ne serait capable d’accomplir ? Quel homme ou quel groupe pourrait-il se prévaloir d’être exempt d’offenses envers les autres ? On ne peut demander d’un homme à genoux qui confesse ses fautes plus que le pardon que l’on pourra lui accorder.

Il n’en reste pas moins que les erreurs passées de l’Eglise pèsent encore très fortement sur notre mode de pensée, de comportement, de croyance, en fait, sur notre civilisation. Et ce sont ces erreurs que j’évoque pour tenter de rétablir un début de vérité et t’expliquer à quel point elles nous ont influencés.

- Pour en revenir à la réincarnation, où peut-on retrouver des citations.

- Un peu partout. Aussi bien dans les écrits officialisés que ceux qui ne le sont pas. Mais attention, s’ils ne le sont pas ce n’est que d’un point de vue, celui de l’Eglise, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas authentiques. Dans son grand nettoyage des textes sacrés, perpétré par le concile de Constantinople en 553 et aussi celui d'Ephèse en 431, la hiérarchie chrétienne en rejeta bon nombre qui ne correspondait pas aux canons édictés par elle. Un de ces livres est tombé dans l’oubli et le sommeil des siècles et n’a réapparu en Egypte qu’en 1945 à l’occasion de fouilles. Il est attribué à Thomas et aurait été écrit avant les Evangiles canoniques et notamment celui de Marc, daté de 70 de notre ère et qui est, vraisemblablement, le premier des quatre à être rédigé. D’après les spécialistes chrétiens et non chrétiens, l’Evangile de Thomas serait la source principale à partir de laquelle les quatre autres, plus tardifs, auraient puisé les paroles de Jésus. On retrouve d’ailleurs plus de la moitié du texte de Thomas dans les Evangiles de Marc, Luc, Matthieu et Jean. Cette source est appelée « Q » par les exégètes d’après l’allemand Quelle qui d’ailleurs veut dire source. Le texte est composé d’une suite de logia, c’est-à-dire paroles attribuées au Christ, et parmi celles-ci y figurent deux qui évoquent clairement la réincarnation.

J’ai ici l’ouvrage qui y fait référence.

Romi le retira d’une pile posée étrangement sur les étagères d’un meuble de sa cuisine. D’habitude on s’attend plutôt à y trouver des recueils de recettes. Malgré la bonne surface de son appartement, la place manquait pour entreposer le grand nombre de ses livres et toute étagère était la bienvenue.

 

Jésus dit : « Bienheureux celui qui a existé avant qu’il ait été produit ! »

 

Autrement dit, heureux celui qui, avant de naître, a déjà expérimenté d’autres vies, cela lui permettra d’évoluer. Car la réincarnation est liée à la loi du Karma, la loi de progression, celle qui donne la possibilité à l’âme de se parfaire vies après vies ainsi qu’à la conscience collective de l’Homme d’évoluer.

 

Jésus dit : « Maintenant, quand vous voyez votre apparence, vous vous réjouissez. Mais, lorsque vous verrez vos images qui se sont produites avant vous, qui ne meurent point et qui ne se manifestent point, quelle grandeur supporterez-vous ? »

                                               

De notre vivant nous nous considérons avec orgueil. Mais lorsque notre âme aura quitté notre corps, nous pourrons voir nos vies antérieures (images) et toutes nos actions passées (qui se sont produites) gravées dans le grand livre de nos vies, qui restent à jamais et que l’on ne peut pas appréhender dans cette vie présente (qui ne se manifestent point). De revoir les bassesses commises par nous, les petitesses, les lâchetés, les crimes que nous avons peut-être perpétrés, pourra-t-on encore avoir de l’orgueil (grandeur) en les voyant.

 

- Mais peut-on encore retrouver d’autres citations qui prouvent l’existence et l’enseignement de la réincarnation dans le Nouveau Testament ?

- Oui. Il nous en reste quelques bribes dans les évangiles très officiels de l’Eglise et qui ont échappé en partie aux ciseaux du censeur. Je vais chercher ma Bible où j’ai annoté tout ceci.

Romi se leva et se dirigea vers son bureau. Il en revint avec son livre que je connaissais bien car il y faisait souvent référence. Ce n’était pas un de ces ouvrages reliés cuir et doré sur tranche. Non, il était fait d’une couverture en plastique s’ouvrant d’une fermeture éclair. M’étant un jour étonné de cet assemblage et de sa provenance, il m’expliqua que cette Bible, à laquelle il tenait beaucoup, lui avait été offerte par sa grand-mère alors qu’il n’avait pas douze ans. Il avait eu le courage de la lire entièrement d’un bout à l’autre. Bien que le sens principal lui ait échappé, car bon nombre de mots de vocabulaire et d’expressions lui étaient étrangers, il sortit de sa lecture empreint d’un sentiment difficilement explicable de respect mais aussi avec des points d’interrogation qu’il se promettait de résoudre se demandant aussi par quelle intelligence il devrait y arriver tant certains aspects de sa lecture lui semblaient obscurs.

Romi ouvrit le livre aux pages déjà repérées.

- Bon, je te cite les paroles telles qu’elles sont écrites, avec la phraséologie chrétienne, celle qui fait souvent appel à la notion de punition. Je vais les analyser dans le même sens. Retiens en surtout l’esprit, celui qui démontre la réincarnation, c’est l’essentiel. Donc :

 

 Jésus dit : « La septième génération ne passera pas sans que tu payes tes dettes jusqu’au dernier iota. »

 

Pourquoi Jésus compte-t-il sept générations ? Une seule, celle du fautif, ne suffit-elle pas ? S’il va si loin dans le compte c’est que la faute pourra être effacée par un karma positif dans le temps décrit et évidemment dans une vie future puisque l’on sait bien que les personnes de cette époque ne vivaient pas aussi longtemps qu’aujourd’hui. Ce qui me fait te rappeler que la Tradition parle de la réincarnation des âmes dans un cycle de 144 ans. On y est, puisqu’une génération, 20 ans, multiplié par sept, est égal à plus ou moins 144 ans.

Dans Marc et Matthieu on trouve :

 

Jésus dit : « Mais qui parle contre l’Esprit, cela ne lui sera pas remis : ni dans ce siècle, ni à l’avenir. »

Jésus dit qu’être contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. Mais « pas pardonné » quand ? Au jour de la résurrection des morts, au jour du Jugement Dernier, à la fin des Temps ? Non, Jésus précise bien que cela ne lui sera pas pardonné dans ce siècle ou dans l’avenir. Ce qui sous-entendrait que ce blasphémateur vivra au moins 100 ans et plus (dans l’avenir), ceci semble bien impossible. Il ne fait donc aucun doute que Jésus parle ainsi de l’âme réincarnée qui devra souffrir de sa révolte contre l’Esprit Saint pendant plusieurs vies. Dans le cas contraire il aurait dit « cela ne lui sera pas remis même au jour du jugement dernier ».

 

Dans Marc aussi :

 

Hérode interroge au sujet de Jésus. On lui répond :

« Pour les uns, c’est Jean Baptiste, réveillé de chez les morts ; d’où ces pouvoirs qui agissent en lui. »

 

Ainsi, la résurrection n’appartient pas qu’à Jésus et les pouvoirs de Jean Baptiste seraient-ils passés dans le corps de Jésus ? En ce temps là, la croyance en la réincarnation était communément admise par les Juifs. Or, comme Jésus n’était pas catholique, bien sûr, mais Juif, il devait donc y adhérer lui aussi. Par ailleurs, il déclare à plusieurs reprises qu’il ne vient pas pour modifier les lois religieuses mais pour leur donner un souffle nouveau. Ce qui veut dire aussi qu’il ne vient pas modifier la croyance en la réincarnation.

 

Et aussi Luc :

 

« Cependant Hérode le Tétrarque apprit tout ce qui se passait, et il ne savait que penser parce que les uns disaient :

- Elie est apparu ! ; d'autres :

- Un des anciens prophètes est ressuscité.

Mais Hérode disait :

- J'ai fait décapiter Jean ; qui donc est celui-ci, au sujet duquel j'entends dire de telles choses ? »

 

Là aussi, il est question de résurrection, de réincarnation. Elie est apparu alors que celui-ci est mort depuis cinq siècles. Ce monarque orthodoxe n'aurait pas demandé et écouté des conseillers superstitieux.

 

Dans Matthieu, Marc et Luc :

 

Jésus s’adressant à ses disciples :

« Sur le chemin il les interroge :

- Qui dit-on que je suis ?

Ils répondent :

- Les uns, Jean Baptiste ; d’autres, Elie; d’autres, Jérémie ou l’un des prophètes. »

 

A plusieurs reprises, dans les Evangiles, Jésus demande à ses disciples ce que l’on dit de lui ou qui est-il pour eux. Non qu’ils ne le sachent pas, mais pour les amener à leur faire prendre conscience qu’il est le fils de Dieu. Dans cet extrait qui nous intéresse, ils n’ont pas encore compris la place qu’occupe le Christ. Aussi répondent-ils en le nommant avec les noms de prophètes qui sont tous déjà morts au moment où prêche Jésus ; et celui-ci ne s’en offusque pas. Dans leur esprit, ce dernier ne peut donc être que la réincarnation d’un de ces prophètes. Pour les apôtres il est clair qu’il s’agit du retour sur terre d’un des anciens envoyés de Dieu.

 

Dans Matthieu :

 

Les disciples posent cette question à Jésus :

« Que racontent donc les Scribes, sur Elie le Prophète, qui doit revenir ? »

Et le Christ leur répond :

« Oui, il est vrai qu'Elie doit revenir, et tout remettre en ordre. Mais moi, je vous dis qu'Elie est déjà revenu, et qu'ils ne l'ont pas reconnu ! »

 

Ce texte implique absolument que les disciples aient cru au retour physique d'Elie. Et loin de les démentir, Jésus affirme qu'il est déjà revenu dans une enveloppe corporelle mais on ne l'a pas reconnu. Cette non-reconnaissance implique que ceux qui l'ont rencontré n'étaient pas assez élevés spirituellement pour pouvoir percevoir sa, ou ses vies antérieures. Jésus par sa phrase « et qu'ils ne l'ont pas reconnu » veut aussi dire que non seulement son enveloppe physique était différente mais encore qu'ils n'ont pas su voir la grandeur d'une âme et de ses actions passées et présentes, donc de l'importance de ce retour.

A propos du prophète Elie, qui fut le premier des grands annonciateurs de la venue du Christ, un autre prophète annonce son retour sur terre : Malachie. Si l’Esprit d’Elie doit donc revenir sur terre il ne peut qu’emprunter un véhicule terrestre pour s’y manifester : un corps. Pour moi cela s’appelle : la réincarnation.

Tous les chrétiens reconnaissent que l’Evangile selon saint Jean est dit le plus ésotérique des évangiles. Mais, là aussi, il ne reste que quelques bribes du message initial. Cependant il est une phrase qui à elle seule en dit long car on y trouve une référence très nette à la réincarnation :

 

« ...En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le Royaume de Dieu... Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit, il faut que vous naissiez de nouveau... »

 

Ceci est assez explicite. En effet, il n’est pas dit qu’il faut seulement ressusciter au jour du jugement dernier pour pouvoir rejoindre le royaume de Dieu mais il faut naître et renaître pour pouvoir parfaire son âme, vies après vies, et ainsi retrouver notre pureté originelle. A cet instant seulement nous pourrons réintégrer l’Un primordial.

 

Dans Jean :

 

« Celui qui a emprisonné devra être emprisonné, celui qui a tué par l'épée doit mourir par l'épée.

 

et Matthieu :

 

« Et voilà qu'un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, et, frappant le serviteur du Grand Prêtre, lui trancha l'oreille. Alors Jésus lui dit :

- Rengaine ton glaive, car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. »

 

Nous savons bien que bon nombre d'assassins ne subiront pas forcément de châtiments pour les crimes qu'ils ont commis. Auraient-ils donc échappé à la Loi ? Le Christ, Matthieu et Jean auraient-ils dit des choses que bien avant eux tout le monde pouvait vérifier qu'elles ne se réalisaient pas ? Non, ils savaient que si l'on ne paye pas dans cette vie, on paiera dans une autre. Du temps de Jésus il y avait aussi des assassins qui mourraient dans leur lit. Ils ne pouvaient donc pas affirmer que l'on paierait obligatoirement dans une seule vie des mauvaises actions mais qu'un jour ou l'autre, une vie ou l'autre, l'effet de boomerang frapperait avec une force égale.

 

Et sur la réincarnation et le Karma dans Jean :

 

« Jésus, en passant, vit un homme aveugle de naissance. Et ses disciples lui demandèrent :

- Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?

Jésus répondit :

- Ce n'est pas parce que lui ou ses parents ont péché qu'il en est ainsi, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. »

 

Aveugle de naissance. Comment un nouveau-né peut-il commettre un péché ? Il ne le peut absolument pas. Dieu est miséricordieux, il ne peut non plus affliger ce nouveau-né à cause des erreurs de ses parents. C'est donc qu'avant de naître il en avait commis, et ce, dans une autre vie; sinon comment aurait-il pu les perpétrer. C'est son âme qui en choisissant de s'incarner dans le corps d'un aveugle a voulu apprendre à progresser sur la voie de la patience et de la compréhension. En ce sens les œuvres de Dieu (la grandeur des actions de Dieu : la réincarnation) alors se manifestent vraiment en lui.

- Cela fait pas mal d’exemples. Il faut croire que les censeurs de l’époque n’ont pas fait correctement leur travail.

- Ils ont dû le faire, car l’essentiel a été enlevé. Peut-être n’ont-ils pas jugé ce qui restait intéressant ou susceptible de soulever des questions de la part de la masse des croyants. Pourtant, on voit bien que l’interprétation du texte canonique seul a permis l’explosion du monde chrétien en diverses branches : Protestants, Orthodoxes, Anglicans etc.

Il est très dommageable pour la chrétienté que les textes sacrés originaux aient été manipulés à des fins de politique religieuse ou de politique tout court. Je pense qu'il est déplorable que l'Eglise ne veuille pas revenir sur ses anciennes erreurs et ne restaure pas la Parole première dans toute sa pureté originelle. La Bible est si difficile à interpréter que beaucoup de personnes sont rebutées par son étude ou par les niaiseries que ses pasteurs ont pu, et peuvent encore, nous asséner. C'est une perte pour la religion que de vouloir maintenir des falsifications qui font fuir ceux qui abordent le sujet. La plupart des personnes qui sont non-croyantes mettent souvent en avant les invraisemblances contenues dans la Bible et c'est semble-t-il ce qui les fait s'en éloigner. Il n'y a que depuis peu que l'Eglise admet qu'il faut lire les textes en s'attachant surtout au symbolisme. Par contre, elle n'est pas encore revenue sur certains dogmes, auxquels elle s'accroche, établis par leurs anciens et qui n'ont de vraisemblance que parce qu'un concile antérieur ou un pape précédent, qui sont par principe infaillibles, les a édictés. Se souvient-on qu'il y a peu, l'Eglise soutenait que le monde, si on suivait la chronologie biblique, ne pouvait être guère plus vieux de 5000 ans. Les hiérarchies chrétiennes d'Orient et d'Occident devraient relire l'Evangile de saint Luc où Jésus déclare :

 

« Malheur à vous, docteurs de la loi ! parce qu’ayant pris la clé de la science, vous n'êtes point entrés vous-mêmes, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés. »

 

La loi désignant, ici, la loi Hébraïque, c’est-à-dire la religion et la science, la connaissance. Autrement dit : le savoir dont vous vous êtes emparés, vous ne voulez pas vous en servir et ceux qui cherchent vous les empêchez d’y accéder.

 

Il y a plusieurs autres exemples de la réincarnation dans la Bible que j’ai relevés, et tu peux en trouver d’autres. Il est aussi assez difficile de pouvoir les analyser tant il est vrai que tous ces écrits ont été atténués ou tronqués pour ne pas faire référence à la réincarnation.

 

Au cimetière du Père Lachaise à Paris, sur la tombe d’Allan Kardec, qui fut le père du spiritisme, il y a gravé cette phrase magnifique : Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la loi. Je dirai que, pour le croyant, la loi de la réincarnation est une loi plus juste. En effet, si l’on s’en tient au dogme chrétien il est nécessaire de vivre une vie de Saint pour pouvoir accéder au Paradis. Et l’on n'a pas droit à l’erreur puisque l’on a qu’une seule vie pour se réaliser. Mais qui peut dire que toute sa vie a été exemplaire ? Tout compte fait, il y aura très très peu d’élus dans ce paradis. Le principe de la réincarnation, au contraire, a une dimension plus humaine. Dieu connaît la lente évolution de l’Homme depuis ses débuts aussi bien dans ses idées que dans ses comportements. Il n’est que de regarder l’histoire connue pour s’en convaincre. Dieu sait que ce n’est pas en une seule vie que l’on peut accéder à l’état de grâce. Il nous laisse donc le temps, vies après vies, de nous parfaire. Autrement dit, avec la loi de la réincarnation l’Homme se trouve dans l’état d’un écolier qui, classes après classes, existences après existences, va apprendre et développer son intelligence divine. Certains trouvent que cette évolution est lente. Mais n’oublions pas, comme je te l’ai déjà dit, que sur l ‘échelle du temps, depuis que le monde existe, au moins cinq milliards d’années, l’homme vient tout juste d’y apparaître.

 Tu vois, par ces quelques extraits bibliques, que ce qui nous apparaît aujourd’hui comme un fait difficilement acceptable ne l’était pas pour les premiers chrétiens mais était bien réel et bien intégré dans leurs enseignements. Comme il y a eu un silence total de près de 1500 ans, juste après les Conciles d’Ephèse, de Nicée et de Constantinople, il est pour nous difficile d’admettre la réincarnation puisqu’elle apparaît comme un fait nouveau et un peu trop « oriental ». Le problème en aurait été tout autre si ces enseignements étaient encore dispensés par l’Eglise comme ils auraient dû l’être. Cela nous semblerait aujourd’hui tout naturel.

J’ajouterai une chose. La Tradition asiatique dit que l’homme peut se réincarner en animal ou en végétal car la nature dans son ensemble est le champ d’expérience de l’âme, c’est ce que l’on nomme la métempsycose. Au contraire, la Tradition occidentale prétend que l’homme est l’aboutissement de la création de Dieu, son point parfait, et que l’âme suit une évolution qui aboutit à son incarnation dans l’homme. Ce sont là, deux concepts différents qui cependant ne sont pas aussi opposés qu’il semble au premier abord car, en définitive, c’est l’expérience de l’âme dans tous les stades de la matière et la mémoire qu’elle en aura qui compte. Le reste n’est qu’intuition humaine.

Autre chose. Si je t’ai expliqué la réincarnation par l’étude de la Bible, d’autres voies peuvent être évoquées : médiumnique, scientifique, logique, historique. Mais c’est là un chapitre si important et si long à évoquer qu’il nous faudrait plusieurs jours d’entretiens pour en voir toutes les facettes. Sortir de la boue de l’ignorance une vérité première n’est pas si facile. Cette recherche tu peux la continuer seul, les documents existants sont nombreux, il suffit de les étudier.

- Le concept de la réincarnation est beau, c’est vrai. Mais je trouve cela un peu injuste. Je ne me sens pas responsable de la perversion de l’âme dans la matière. Si elle a fait des erreurs il y a très longtemps, je ne vois pas pourquoi j’en subirais les conséquences. Mon corps m’appartient, alors pourquoi souffrirais-je le karma négatif de mon âme.

- C’est là un point difficile à comprendre pour les hommes : la justice divine. Ils ne peuvent que comparer avec la justice des hommes et c’est là leur erreur. De plus, ce terme est très ancien et devrait s’employer, de nos jours, sous une autre forme, avec d’autres mots. Lorsque l’on parle « justice », on voit un tribunal, un juge sévère et une sentence souvent sans appel.

Cependant, qu’est-ce qui est juste ou pas du point de vue humain ? Aujourd’hui tu peux en parler, mais demain la justice n’aura-t-elle pas changé, de nouvelles lois ne viendront-elles pas modifier d’anciennes règles ? Dans le Coran ou dans la Bible, mais tu peux trouver cela aussi dans d’anciennes lois, il est juste, bon et recommandé de ne pas maltraiter ses esclaves. N’aurait-il pas été beaucoup plus juste de commander que ces esclaves soient libres ? Autres temps, autres mœurs. Je t’ai déjà fait mention de la lenteur de l’évolution de l’Homme et des lents changements de ses idées. Donc, tenter de concevoir la justice divine, et ce, comment elle s’applique à l’âme et à l’homme, nécessite une longue étude. Pour le moment, comprends le mécanisme du karma et de la réincarnation sans tenter d’en trouver le sens profond. Je t’assure que plus tard tu en entreverras le pourquoi.

- Mais enfin, il existe bien une justice humaine que je pourrais qualifier d’universelle et qui se retrouve à toutes les époques. Par exemple, si une nation est attaquée injustement par un autre pays, elle est en droit de se défendre et de contre-attaquer, ou si une personne tue une autre personne la justice humaine est en devoir de sanctionner ce crime. Tu ne peux pas me dire qu’il n’existe pas des règles intemporelles.

- Si. Car tu raisonnes encore là en prenant une échelle de temps qui t’est propre. Je ne porterai aucune remarque ni aucun jugement, néanmoins, sais-tu que de grands penseurs prônent l’élimination des frontières et des nations en faveur d’un gouvernement mondial ce qui, pensent-ils, supprimerait les guerres et les discordes.

- Oui, je connais ces théories. Je les trouve, pour ma part, un peu utopistes.

- Mais qui te dit que demain elles ne seront pas réalité. Ne vois-tu pas dans l’histoire des nations certaines qui auraient trouvé impensable le fonctionnement de leur société sans le système de l'esclavage ou d’autres, impensable de ne pas guerroyer pour agrandir leur territoire ou d’autres asservir et ruiner les nations voisines pour leur bien-être propre. Si tu penses que l’abolition des frontières est une utopie, tu es prêt à ce que nos descendants nous jugent durement pour toutes les misères que nous avons infligées par les guerres aux autres peuples comme nous jugeons sévèrement nos ancêtres par rapport à l’esclavage. Et qui pouvait dire, après l’échec de la Société des Nations d’avant guerre que l’ONU aurait l’importance qu’elle a dans la régulation des conflits. Certes, je te l’accorde, tout est loin d’être parfait, mais c’est un début. Cet organisme a tout juste un peu plus de cinquante ans. N’est-on pas en droit d’espérer qu’il endigue le flot continu des centaines de millions de morts occasionnés par la folie des hommes depuis qu’il sait fabriquer et tenir une hache. Comment peut-on exiger de la jeune ONU qu’elle régule sans faille et immédiatement des événements négatifs dont les racines sont dans l’homme depuis des temps immémoriaux. Replace toujours les événements non pas à l’échelle de ta vie mais à l’échelle de l’Humanité avec ses dizaines de milliers d’années d’existence.

Pour ce qui est d’un assassinat tu ne peux nier que le châtiment infligé à l’agresseur a considérablement changé. Il n’y a pas si longtemps de cela, on l’aurait tout d’abord torturé puis certainement fait griller vif ou écartelé. Par la suite, on s’est attaché à lui procurer une mort moins ignoble et plus rapide : pendaison, guillotine. Maintenant on cherche à lui donner une mort « plus propre » : chambre à gaz, injection. Toutefois, tu as remarqué que nombre de pays ont supprimé la peine de mort parce qu’ils ont su substituer le dicton « œil pour œil » à « tu ne tueras point ». Tu vois donc l’évolution de la justice humaine. Pour ce qui est de la justice divine, se pourrait-il que la personne qui a été tuée, peut-être dans des circonstances dramatiques, ait eu un karma négatif à effacer, n’avait-elle pas, dans une autre vie fait périr. Et cette nation attaquée n’a-t-elle pas, par le passé, fait subir son joug à un autre peuple. Parce qu’il est des karmas individuels comme il existe des karmas collectifs de groupes ou de peuples. Regarde de près les événements contemporains et tu y trouveras ce dont je viens de parler.

- Moi j’appellerais ça plutôt de l’histoire.

- Oui, pour celui qui n’a pas intégré la relation action-réaction, karma-réincarnation. Car l’étudiant de la spiritualité comprend beaucoup mieux le destin des nations, des peuples et des personnes. Pour en revenir à ta relation corps-âme, prenons l’exemple de la partie du corps qui est l’une des plus expressives dans l’action : les mains. Une main peut être douce, caressante, taper du poing sur la table, elle peut cajoler ou frapper, faire naître une mélodie sur les touches d’un piano. Mais cette partie de ton corps n’est rien sans le cerveau qui la commande. Or, quoi de plus impalpable qu’une colère, une peur, une joie, un amour maternel, une inspiration. Et bien, le cerveau c’est l’âme et ton corps c’est la main. Ils sont indissociables l’un de l’autre. La main voudrait certainement rester tranquille et ne rien avoir à faire, mais le cerveau en décide autrement et toute ta personnalité corporelle et spirituelle est satisfaite qu’il en soit ainsi car sinon cela voudrait dire que tu serais paralysé. Le cerveau ordonne à la main ; et si elle se brûle par imprudence ou négligence, celui-ci retiendra l’expérience et ne la renouvellera pas. Repense à ce que je t’ai déjà dit au sujet de l’éternité de l’âme et de l’éphémère de ton corps. Tu dois être la main qui se plie à la volonté de la pensée, tu dois être le corps par qui l’expérience de l’âme se forge.

- Mais je peux faire abstraction de mon âme sans me soucier de ce qui lui arrivera et vivre corporellement la vie qui me plaît sans me préoccuper des préceptes qui sont bons pour elle…

- Dans ce cas tu n’auras pas compris la relation âme, corps, Dieu. L’image « Dieu le Père » est vraie. Tu peux couper les ponts avec ton père charnel, c’est humainement parlant de l’égoïsme. Si tu le fais avec ton âme, c’est spirituellement de l’égoïsme. Emprunter la voie de l’égoïsme c’est se faire du mal aussi bien au niveau spirituel que dans notre vie quotidienne. Car l’égoïste recherche sans cesse plus d’avantages personnels, souffre de voir lui échapper, endure de devoir partager et jalouse ceux qui ont plus ; puisque ce sentiment est lié à l’envie, la jalousie et la méchanceté. Si tu ne fais pas attention à ton âme, tu auras, en retour de bâton, l’effet karmique dans ta vie présente, pas obligatoirement dans ta vie future.

En riant, je dis à Romi :

- Bon alors, je me tiens à carreau !

- Je sais que tu ne penses pas faire abstraction de ton âme, alors, pourquoi m'as-tu posé cette question ?

- Pour voir ce qui arriverait si je me laissais aller.

- Mais tu peux te laisser aller de temps en temps, nous ne sommes pas des Saints, tu n’es qu’un homme. Bien sûr, il ne s’agit pas de déraper totalement. Si cela te concerne seul, tu as les outils maintenant pour comprendre et agir sur toi-même. Si c’est envers une tierce personne que tu t’es mal comporté, soit par négligence, manque de temps ou d’attention, essaye de réparer et surtout ouvre-toi à elle et excuse-toi. Dans tous les cas, cherche une réparation ou une compensation. Faute avouée est à moitié pardonnée, sauf pour ceux pour qui le pardon n’existe pas parce qu’il diminuerait leur critique et le pouvoir qu’ils en ont de l’exercer. Dans la vie, on fait des actes que l'on regrette par la suite et ces regrets restent avec nous et dans notre esprit pour toute la vie. Ils resurgissent de temps en temps et se rappellent à notre souvenir en nous laissant un goût amer. Autant ne pas commettre d'actes que nous pourrions regretter.

Le mysticisme te montre la voie du bien envers toi et autrui, certainement plus que tout autre enseignement, à cause de sa profondeur. Si tu ne peux en appliquer tous les principes, au moins les connais-tu, et la sincérité du vrai chercheur fera que tu essaieras de les mettre en pratique par tous les moyens ; entre le chemin du négatif, du neutre, du positif, tu auras tôt fait de choisir.

- J’aurai beaucoup de chance si j’arrive à discerner les chemins à prendre.

- Non, il faut de l’étude et de la persévérance. Remarque que la chance peut t’aider car n'est-elle pas finalement un karma positif ?

- Comment cela ?

- Oui, la malchance n’est qu’une série d’expériences qui se représentent dans la vie d’une personne, parce qu’elle les a mal réalisées dans une existence antérieure ou dans la présente. La chance, c’est la cerise sur le gâteau, une vie sans épreuves, tout qui tombe du ciel souvent parce que les expériences d’une vie passée se sont bien déroulées. Tu pourras constater que certaines personnes ont plus de chance que d’autres, tout semble leur être dû. Par contre, vois ceux qui subissent leur lot presque quotidien de douleurs. Je me souviens de quelqu’un ayant affronté toutes les épreuves possibles de la vie et à qui aucun accident n’avait été épargné. Pas un os de son corps qui n’avait été brisé une fois. De son malheur, il en avait tiré un livre tout à fait étonnant. Si tu veux rester rationnel, tu ne peux que constater que ce genre de personne ou l’opposé, sont en dehors de toute statistique ; la loi mathématique de probabilité ne peut s’appliquer. La seule explication, c’est celle du Karma qui, là encore, joue son rôle initiatique, d’examinateur des leçons apprises pour pouvoir accéder aux classes supérieures.

De même, observe bien le fil de ta vie avec le recul que tu peux en avoir. Constate comme les choses se sont mises en place. A partir d’une ou des lignes de conduite que tu t'étais fixées, constate tous les événements qui ont contrarié ou amélioré tes projets. Tu t'aperçois que des circonstances heureuses ou malheureuses sont venues marquer le cours de ton existence et t'ont amené à modifier tes objectifs ou ta pensée. Des rencontres importantes ou passées et perdues de vue, resurgissant pour mieux se réaliser, se concrétiser, des événements que l'on juge inutiles ou peu importants et qui prennent plus de consistance par la suite pour devenir essentiels, des malheurs qui t'ont marqué, cependant nécessaires pour ta réalisation ou des contrariétés, tout ceci n'était que le changement nécessaire à un mieux. Ce n'est pas le hasard, la chose non prévue, le manque de chance ou la chance qui sont intervenus, c'est l'effet karmique qui a pris tous ses effets.

 

 

Spiritualité.

- Pour en revenir à la philosophie et la comparaison avec la spiritualité, cette dernière n’est-elle pas une forme de philosophie ?

- Oui, on peut dire que c’en est une forme mais qui n’exclut pas l’existence de Dieu, ce que font nombre de philosophies notamment modernes. La spiritualité apporte des réponses aux questions que se pose l’homme sur la vie, la mort, l’amour, le bien, le mal, le bonheur et la souffrance. Elle va plus loin que les philosophies qui ne sont que l’expression d’un homme à une époque donnée. La spiritualité est, au contraire, une œuvre collégiale d’une continuité dans un temps non mesurable car elle commence avec l’éveil de la conscience des premiers hommes, elle grandit avec lui à travers les âges, et continue à croître de nos jours, tel un arbre aux multiples branches, grâce à l’apport des sages du passé, qui en est le tronc et les racines, des religions, des penseurs, des philosophes et de la science. Toute nouvelle pousse qui fait grandir la connaissance des hommes, sa sagesse et lui fait comprendre l’interdépendance avec l’essence même de la nature et des autres hommes, fait avancer la spiritualité qui, tu le comprends maintenant, n’est pas statique. En ce sens, l’image qu’a le grand public du chercheur mystique plongé dans de vieux grimoires est complètement désuète. Si l’étude de la Tradition et des Maîtres du passé est légitime, on peut aussi découvrir Dieu sous un microscope électronique.

- Je comprends ces choses là. Le plus dur pour moi, c’est de les admettre car j’ai suivi un cursus scientifique et tu sais bien que mon premier métier était totalement technique. J’ai donc une partie de moi qui fuit, ce qu’elle entend être de l’irrationnel, et depuis nos premiers entretiens, il y a de cela plusieurs mois, c’est une lutte journalière pour que cette moitié se laisse aller à une ouverture.

- Continue donc de lutter. C’est déjà un grand pas que de comprendre que l’éducation reçue n’est que la fondation de ce que l’on doit édifier par soi-même. Ce ne doit pas être une barrière. Les fondations d’un édifice ne se voient pas une fois l’ouvrage achevé. Ce qui se voit c’est l’architecture finale, celle qui est hors de terre. Et ça, c’est toi qui la construis et la modèles. Il est dommage que la plupart des personnes ne reprennent, en somme, que les fondations et ajoutent briques après briques des murs en tout point semblables à ce qui est leur base. L’éducation n’est qu’un tremplin pour se lancer dans la vie qui ne doit pas être la reproduction intégrale des modèles parentaux. L’Homme libre doit s’en affranchir et construire le reste avec son intelligence et sa compréhension, il ne doit pas se laisser mener par ce qu’il a appris au début de son existence car, tu le constates, l’éducation n’est pas souvent adaptée à l’individu et c’est dans un moule que l’on essaye de le faire entrer alors que ses formes ne s’y prêtent pas. Et quand bien même cela serait, il faut, de toute façon, se libérer de ce que nous avons ingurgité dans notre prime jeunesse alors que nous n’avions pas notre total libre arbitre.

Je me rappelais alors d’amis éduqués soit dans une certaine forme de croyance, soit dans un esprit scientifique et qui n’avaient pas eu le courage, ou tout simplement l’idée, de voir ce que d’autres matières, d’autres études personnelles auraient pu leur apporter.

 

 

Conduite mystique.

Communication

- Il est vrai que les mots sont trompeurs. Cela me rappelle mes cours de philosophie lorsque notre professeur nous enseignait que la communication entre les êtres était impossible car chacun comprend avec son entendement et sa culture.

- En partie vrai, mais pas totalement. Car où en serions-nous si depuis le début personne ne se comprenait. Cependant, on peut constater qu’avec les moyens de communication énormes en notre possession, nous avons toujours du mal à pouvoir exprimer le fond de notre pensée, ou encore, à le faire reconnaître aux autres. Et bien, ce n’est pas en multipliant ces moyens que nous y arriverons forcément. En ce domaine, c’est la qualité qu’il faut privilégier, pas la quantité. En fait, ce qui manque le plus à l’homme moderne, c’est de la spiritualité, celle qui fait que, considérant l’autre comme notre semblable, notre frère, nous ayons une oreille plus attentive, une grande compréhension et une absence de jugement. Et surtout, de pouvoir l’écouter en un face-à-face, et non pas au travers d’un écran d’ordinateur. On ne pourra jamais saisir l’être en son entier et répondre à ses attentes si nous ne recevons pas les ondes positives ou négatives qui émanent de lui. Pour moi, les moyens de dialogues électroniques aseptisent complètement une discussion, la faussent totalement. C’est d’ailleurs si vrai que les participants à des forums d’entretiens ont pratiquement tous un pseudonyme, jamais leur nom réel. Il y a quelques années, j’avais un ami, farouchement opposé à la modernité, qui m’avait asséné : « Minitel et Internet, sont le préservatif du dialogue. » Je n’irai pas jusque là, car on ne peut nier les bienfaits de la rapidité de l’information qui nous fait découvrir un peu mieux les besoins, les modes de vie, les cultures ou les souffrances des peuples les plus éloignés de nous.

Mais la faillite des grandes religions, la perte de spiritualité et l’individualisme grandissant font que beaucoup de sectes reprennent à leur compte ce besoin vital de communication en écoutant le candidat-client comme il lui semble ne jamais avoir été écouté et compris auparavant. En lui donnant les moyens de surmonter ses angoisses et libérer ses besoins d’expressions, ces sectes assujettissent l’adepte à un cercle à l’intérieur duquel il pensera avoir trouvé le seul endroit au monde où il sera le mieux compris.

 

 

Alimentation.

- A ce sujet, la nourriture n’est pas une si petite matière que tu le dis. On oublie un peu trop souvent que se nourrir n’est pas uniquement rassasier sa fringale ou satisfaire ses sens mais aussi nourrir son corps et nous maintenir en vie. De plus, chaque cellule sera imprégnée de la nourriture que l’on aura consommée. L’agression constante de celles-ci, par l’absorption de mauvais aliments, entraînera leur révolte et des maladies graves à plus ou moins long terme. Il faut donc veiller avec le plus grand soin à ce que nous prenons, ce qui ne sera pas toujours facile, car les aliments sains sont de plus en plus difficiles à trouver sur le marché. Pour un mystique, la qualité de l’alimentation est essentielle pour la pratique de sa recherche. Il ne s’agit pas d’ascèse ni d’interdits alimentaires, il s’agit de bon sens et de la loi du juste milieu. Il est difficile de méditer ou prier après un bon repas bien arrosé, ça coule sous le sens. Lorsque j’étais en poste aux Etats-Unis, et que je faisais mes courses dans les supermarchés, en passant dans le rayon des fruits et légumes ça ne sentait rien, mais rien. Bien sûr, tout était impeccablement présenté et on aurait dit que chaque article avait été astiqué tant il brillait. C’est ce qu’on appelle là-bas, de beaux légumes. Lorsque je rentrais à Toulouse en vacances, j’allais me promener au marché en plein air du boulevard de Strasbourg uniquement pour le plaisir du nez. Et bien là, je retrouvais l’odeur un peu fade de la pomme de terre, le vrai parfum du fenouil, l’arôme subtil des champignons. Et pourtant, chaque étal était offert au vent et il ne pouvait y avoir concentration de senteurs.

 

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- Pour en revenir à l’alimentation, faut-il être végétarien pour mieux vivre le mysticisme ?

- Il faut être ce qui est bon pour notre corps. Un homme adulte, en principe, sait ce qui lui fait du mal ou qu’il ne supporte pas, le reste est affaire de bon sens. Il vaut mieux prendre une cigarette ou un cigare après un bon repas que de manger de faux bœufs ou de vraies vaches qui sont devenues folles d’être transformées d’herbivores en carnivores et qui, depuis longtemps, n’ont plus vu de pâturages et passer de trains puisqu’elles sont enfermées dans des ensembles industriels, prisonnières de box afin qu’elles ne puissent bouger pour ne pas dépenser trop de calories et ainsi grossir plus vite.

Mais revenons à nos moutons, qui soit dit en passant, dans un passé pas si lointain, étaient broyés, pour les plus malades, dans des « farines » que l’on donnait à manger à nos pauvres bovidés. Il n’est pas nécessaire d’être végétarien mais il est important de bien choisir notre alimentation. Car ce que nous absorbons va faire partie intégrante de nous, de chacune de nos fibres, de chacune de nos cellules. Manger, ce n’est pas seulement satisfaire un besoin naturel et on ne doit pas considérer le système digestif comme uniquement une bouche, un estomac et un intestin. Tout ce que nous prenons va servir à la régénération, la vitalité et le fonctionnement du corps. A partir du moment où les produits sont mauvais, on ne peut s’attendre qu’à un dysfonctionnement de celui-ci. Une étude très récente de l’Organisme Mondial de la santé a établi que le nombre de cancers dans le monde allait doubler d’ici 2030. Il est un lien, pour moi évident, entre ce que nous mangeons et les maladies. Le stress de l’animal, les produits chimiques des légumes, nous les mangeons aussi et ils vont s’imprimer dans nos cellules afin de les perturber au mieux.

La large information d’aujourd’hui nous permet d’être sans trop de peine des consommateurs avertis, encore faut-il avoir envie d’écouter. On doit donc éviter d’acheter des aliments dopés aux engrais d’une chimie dont le grand public ne se rend même pas compte de la complexité et élevés à la va-vite sur des terres de plus en plus mortes que l’on doit revitaliser à grands coups de produits qui sont appelés encore chimiques parce que l’on n’ose pas trouver un autre mot. En fait, il faut bien comprendre que les producteurs ne fabriquent que des éléments que le public achètera, sinon, ils ne les produiraient pas. C’est donc au consommateur d’imposer ses choix. La génétique est peut-être la panacée universelle, pour ma part, j’en doute. Arranger les éléments entre eux est une chose, les manipuler, pour des besoins artificiels de productivité et de rentabilité, en est une autre. Je ne crois pas que l’homme ait besoin de se sentir l’égal de Dieu par les manipulations de la matière vivante afin de servir ce qu’il croit être son bonheur.

Maintenant, je t’ai parlé de l’alimentation il y a également d’autres éléments négatifs qui peuvent détériorer notre santé comme l’air que nous respirons mais aussi les agressions visuelles répétées qui s’ajoutent au stress de nos vies modernes.

 

 

(L')Amour.

- Je lis souvent que pour atteindre un niveau de conscience élevé, c’est-à-dire, une certaine forme de sagesse, il fallait adopter une attitude physique chaste et se débarrasser de toutes formes de pensées impures. Qu’en penses-tu ?

Romi éclata de rire et lança :

 - Que si tout le monde, un jour, atteint la sagesse, il n’y aura plus personne pour engendrer. Non, écoute ! Tu ne vas pas me resservir le vieux modèle de la soi-disant attitude chaste et pure pour atteindre le nirvana ! Je te ferai remarquer, entre parenthèses, que nombre de religions et de philosophies orientales disent le contraire. Je ne dis pas qu’elles ont entièrement raison, parce que là aussi il y a des excès, mais l’association de tout le corps, de l’esprit et de l’âme dans la recherche de Dieu, n’exclut aucune fonction corporelle.

- Allons bon !

- Exactement. Réfléchis-y. Pour ce qui est de l’amour sensuel, puisqu’il s’agit de ça, c’est normal qu’après 2000 ans de civilisation judéo-chrétienne et de bourrage de crâne, on puisse encore croire que la sexualité c’est sale. Même de grands courants mystiques occidentaux, détachés des religions et de leurs dogmes, ont cette attitude. Ou alors ils n’évoquent absolument pas cet aspect humain dans leurs enseignements : le silence total. Des sectes s’en sont bien rendu compte et, pour combler ce vide et drainer des adhérents, ont associé la sexualité à la spiritualité dans une dérive totale. Toutefois, il faut bien constater que ces mouvements s’apparentent plus aux clubs échangistes qu’à des organisations à la recherche de Dieu.

 Maintenant, il y a eu de grands psychiatres qui ont étudié en profondeur l’esprit humain et nous ont fait comprendre que la sexualité est partie intégrante de nos attitudes, de nos désirs, de nos joies, de notre comportement social ; enfin, tout ce qui fait un Homme. Ils ont, par leur travail, levé les tabous et démontré l’importance de la fonction sexuelle au niveau psychologique. Remarque que ces concepts ont mis du temps à atteindre la compréhension des personnes tant les barrières religieuses sont encore fortes. Cependant, je n’adhère pas entièrement à cette vision un peu mécanique de l’esprit qui exclut, une fois de plus, Dieu. En outre, un malaise subsiste car, dans nos sociétés occidentales, les gens se débattent encore entre les dogmes des Eglises tendant à rendre le sexe impur et la psychanalyse qui prône la joie du sexe retrouvé. J’ouvre une parenthèse pour te faire remarquer que les courants de pensées modernes, de la psychanalyse, de la philosophie ou de la science, déçus des religions, tentent par tous les moyens de chasser Dieu par la grande porte. Mais au bout de toutes leurs explications, ils s’aperçoivent que de grands pans d’interrogations demeurent et que leur explication mécanique des choses ne peut résoudre. Alors là, Dieu, revient par la petite porte.

Mais reprenons les choses à leur début et mettons les points sur les « i ». Dieu, dans sa création matérielle de l’Homme, n’a pas pu se tromper en faisant un être imparfait à cause des attributs sexuels de celui-ci. Ils ont donc leur fonction, comme tout autre organe. Ils ne sont pas « à part », détachés du corps, des accessoires de celui-ci. Cette fonction est, d’ailleurs, précisée dans la Bible : « Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. » Pour ce faire, il faut accouplement, sans cela : pas d’enfants. Pour qu’il y ait des enfants, il faut éjaculation de la part de l’homme. Celle-ci est provoquée par le plaisir qu’il a d’être avec sa partenaire. Maintenant, qui pourra m’expliquer par quelle opération il pourrait en être autrement, pour nous pauvres mortels, si ce n’est avec quelques manipulations en laboratoire. Le désir précède le plaisir, il se prépare avec des gestes et des paroles, c’est un échange amoureux. Ce processus est, pourrait-on aussi dire, clinique. Ces étapes, ainsi que le stimulus sexuel, sont, d’un bout à l’autre, naturelles. Elles font partie de ce qui nous est donné pour la beauté de la vie : sentir une rose, contempler un coucher de soleil, se promener dans la forêt ou voir naître son premier enfant. Ceux qui voudraient faire croire que de se fustiger, de se contraindre, de rester chaste ou de ne pas éprouver de plaisir conduit l’âme à s’élever plus vite jusqu’à Dieu, n’ont pas compris que Dieu ne veut pas que l’homme méprise le corps qu’il lui a donné comme temple de l’âme. Mépriser une fonction de son corps, c’est mépriser une partie de l’œuvre de Dieu.

En outre, il y a, lors de l’union entre deux personnes qui s’aiment, une communication corporelle et spirituelle difficilement réalisable autrement. A ce moment là, la dualité Adam et Eve redevient l’Un qu’ils étaient tout au début, l’être androgyne, l’être parfait. De même, les échanges d’énergies qui passent entre les deux partenaires sont rarement atteints dans d’autres circonstances. Encore faut-il qu’il y ait amour pour que cette union puisse s’accomplir dans toute sa plénitude. Sans amour, il n’y a qu’accouplement.

Le célibat, la chasteté n'ont pas de raison d'être dans le cas de l'évolution de l'âme. Car notre devoir est de procréer pour l'incarnation des âmes, pour l'expérience de celles-ci et des corps dans la matière, pour l'évolution des deux sexes.

En ce sens, l'imitation du Christ, c'est-à-dire le célibat, n'est pas souhaitable. Peut-être un prêtre le peut-il, il n'y a pas interdiction. Cependant, le Christ étant, par essence, au-dessus du commun des mortels, notre condition actuelle, à ce stade atteint par l’humanité, ne nous permet pas de nous en approcher. Il ne faut pas sauter les étapes mais faire en sorte que tout notre être dans son entier évolue vers cette perfection. Ce n’est pas en imitant un de ses aspects que notre âme avancera vraiment.

 Aussi, un être, pour une évolution normale, doit pouvoir opérer dans le cadre naturel que Dieu lui a donné, entouré par l’amour de ses parents. Cependant, si ceux-ci ont trop d'enfants et n'ont pas les moyens de subvenir à son développement intellectuel et physique, l'âme et le corps ne pourront généralement pas s’accomplir.

- De grands mystiques ne sont-ils pas nés dans une famille nombreuse ?

- Bien sûr que si. J’ai dit : généralement. Pourquoi veux-tu toujours chercher l’exemple particulier, il y en aura dans tous les cas. Je parle là d’une majorité.

 

 

Avortement.

- Donc,  notre premier devoir est de donner un maximum de chances à l'évolution, les souffrances à venir arriveront bien assez tôt. C’est pour cette raison que la régulation des naissances est à pratiquer lorsque les circonstances l’exigent ; cela n’est seulement valable qu’à titre individuel.

- Mais alors, tu es aussi pour l’avortement ?

- Je suis contre la légifération des corps. La première responsabilité des dirigeants d’un peuple, c’est de lui donner l’éducation, la connaissance afin qu’il puisse juger par lui-même et non pas le contraindre, tel un petit enfant, par des lois qui viennent lui taper le bout des doigts. Faire arriver à maturité une nation est le principal devoir de ses dirigeants.

Connaître les conséquences d’un avortement, en prendre la décision, en aménager les circonstances ne peut s’envisager qu’à titre individuel : celui de la femme et non pas le fait des lois, qui ne sont votées d’ailleurs que par des hommes. Cela me rappelle, lorsque j’étais en poste aux Etats-Unis, une émission de télévision dans laquelle j’avais vu l’interview d’un vice-président par une petite fille de 14 ans. Celle-ci lui posait la question de savoir si, dans le cas d’un viol par son père et se trouvant enceinte, elle devrait garder l’enfant. Cet homme politique l’avait regardée bien droit dans les yeux et lui avait répondu « Oui ». Entre cet exemple et celui de la pauvre fille qui ira d’avortements en avortements par manque de connaissance ou à cause de principes machistes, il y a la liberté du corps et de la conscience de chaque individu. Encore faut-il que les personnes soient informées et capables de prendre des décisions en toute connaissance de cause.

- Mais ça, c’est un peu ton opinion que tu me donnes. Au point de vue mystique qu’en est-il ?

- Toute forme de vie est sacrée. Un fœtus n’est pas un calcul rénal ou l’appendice, on ne peut l’extraire de la même façon. Il est un germe de vie en devenir, le futur temple d’une âme. Les moyens contraceptifs, s’ils sont nécessaires, doivent éviter à tout prix l’extrémité de l’avortement.

- Mais si cela se trouve ?

- Alors la décision doit être individuelle ; après une longue réflexion, en ayant toujours pour objectif le maintien de la vie et la recherche du bien. L’opinion d’une tierce personne n’aura, à ce moment là, aucune valeur, même celle du père. C’est un acte complètement individuel. Tout dépend des circonstances personnelles. Il est une chose aussi : toujours voir sur le temps, jamais dans la peur, le dégoût ou l’angoisse du moment présent. Car qui peut dire qu’une naissance qui ferait la honte momentanée d’une famille ne sera pas la joie des grands-parents qui n’auront par la suite que ce petit-enfant en descendance ?

Mais, la difficulté d‘une prise de décision peut se trouver accentuée par la jeunesse et l’inexpérience de la femme qui, en règle générale, ne se rend pas tout à fait compte de ce que représente la vie dans son essence, n’en ayant, la plupart du temps, qu’une vue intellectuelle. Car, celui ou celle qui n’a jamais vu arriver la vie sur la terre, assisté à un accouchement, ou donné un dernier baiser à un mort, parent ou ami, ne peut ressentir véritablement le réel sens de la vie, sa quintessence et la place qu’il ou elle occupe sur terre. C’est pour cette raison qu’il vaut mieux, si cela est possible, toujours choisir la préservation de la vie.

 

 

La Nature.

- La nature n’est pas hostile envers l’homme. Elle « est » tout simplement. Seule la terre a le pouvoir de révolte et elle ne se prive pas de nous le rappeler depuis plusieurs années. Lorsque nous aurons vraiment compris que faire du mal à la terre c’est faire mal à l’humanité, lorsque les hommes, dans leur ensemble, auront compris les liens indissolubles qui les unissent à elle, lorsqu’ils auront compris que notre dernière demeure c’est elle qui nous l’offrira, alors un grand pas pour le genre humain aura été accompli. Les Anciens avaient bien compris son importance et l’avaient personnalisée en lui attribuant le nom de « notre mère Gaïa ».

 

 

(La) prière.

- Es-tu déjà rentré dans une mosquée pour prier ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Euh, bien que nous croyions au même Dieu, que ce soit les musulmans ou les juifs, la forme de vénération des musulmans ne m’attire pas. Si je dois te répondre plus complètement, et je sens bien que tu le veux, disons qu’en fait, je ne la connais pas très bien et que leur liturgie m’est étrangère.

- Et bien, la prochaine fois que tu en auras l’occasion, rentre dans une mosquée si cela t’est permis, déchausse-toi, non pas comme pourraient le faire de simples visiteurs en un geste folklorique, mais fais-le avec vénération, en un geste d’humilité. Lave-toi les mains, rince-toi la bouche en signe de purification et entre comme tu le ferais dans un endroit qui pour toi est sacré. Prends un tapis à prière et tourne-toi vers l’est, exactement comme le faisaient les Egyptiens d’il y a 4000 ans ou comme le font les chrétiens vers l’autel qui est toujours orienté vers l’est. Essaye de reproduire les gestes rituels pour les avoir déjà vus dans des documentaires ou ailleurs. Mets les mains sur la poitrine, élève-les à hauteur de ton visage, les paumes tournées vers toi et prie. Prie, pour attirer la miséricorde de Dieu sur toi, pour qu’il te rende meilleur et plus humble. Mets-toi à genoux, pose-toi sur tes talons, et reste un petit moment dans cette position la tête à demi-baissée puis, toujours à genoux, allonge tes bras par terre et pose le front sur le sol en signe d’humilité. Relève-toi et continue de prier un moment. Avec cette expérience et ce que tu en ressentiras, tu verras que la façon de prier des musulmans est tout aussi valable que celle des chrétiens.

Et si tu réfléchis plus avant, tu trouveras que la façon de prier n’est pas importante, tu peux l’accomplir aussi dans la position du lotus. Ce qui importe, c’est de calmer les agitations de son corps et de son esprit, faire taire son ego et adopter une attitude physique et mentale d’humilité pour entrer en communication avec le divin.

- Mais pourquoi me cites-tu l’adoration vers l’est de trois religions différentes ?

- C’est pour t’en montrer le caractère symbolique. Les symboles sont universels et si pour les Egyptiens l’Est représente la vie, le lever du soleil, pour les Musulmans, la Mecque et pour les Chrétiens, Jérusalem, tous trois obéissent à des forces symboliques qui dépassent les différences. En cela, et d’autres exemples que tu peux trouver, il n’y a pas des religions mais une religion universelle qui se pratique différemment.

 

 

(Le) suicide.

Romi resta un moment sans rien dire, me laissant méditer sur la folie des hommes. Cela me faisait penser aux prisonniers qui se suicident dans leurs cellules de peur de ne pas pouvoir résister à la torture. Les exemples des résistants pendant la deuxième guerre mondiale étaient nombreux. Plus largement, je pensais aux personnes qui se suicident, ne pouvant supporter un chagrin, une honte, une douleur physique. Je m’en ouvrais à Romi, bien que m’attendant à sa réponse ; peut-être pas à sa conclusion :

- Il ne faut rien abréger de ce que Dieu nous a donné, les épreuves ou les joies de la vie sont aussi utiles pour le corps et l'esprit que l'âme. Il est donc contraire à toute religion, croyance ou tradition que de vouloir abréger ses jours pour accéder à un paradis immédiat. Mais personne ne peut se mettre à la place de celui qui souffre, qui est mentalement ou physiquement isolé, torturé, et on ne peut le blâmer s’il supprime sa vie. Ne pas jeter la première pierre, ne pas juger, car combien de personnes se suicident tous les jours un petit peu par le tabac, l’alcool, la drogue ?

 

 

Amour. 

- « Aimez-vous les uns les autres. »

- Oui, cependant, tu ne peux pas me demander d’aimer tout le monde, tu ne peux pas demander à une mère d’aimer le violeur de son enfant. Si c’est une grande âme elle pourra, à la rigueur, ne pas le juger, ne pas le condamner, mais elle ne pourra pas l’aimer.

- C’est bien ce que je veux dire. Le tortionnaire ou la mère ne peuvent pas encore appliquer le message christique. L’un, parce qu’il le bafoue complètement et l’autre parce qu’elle ne peut en saisir toute la grandeur. Nous sommes encore loin d’une évolution parfaite, toutefois, nos actions et nos pensées doivent y tendre.

- Donc, pour notre époque, ne pourrait-on pas employer le mot « respect » à la place « d’aimer ». « Respectez-vous les uns les autres » ?

- Pour moi, dans le mot « respect » il y a la pose d’une démarcation d’avec l’autre, une barrière. Dans le mot « respect », il y a « accepter l’autre », ne pas le juger. C’est une attitude à notre portée, c’est aussi en même temps se fixer une limite. Vouloir poser la barre à un niveau accessible est, certes humain, mais ne permet pas à l’homme de vraiment évoluer, de chercher à redoubler d’effort pour atteindre un but. Prends l’exemple de l’histoire, c’est lorsque le but était élevé que l’homme a réalisé de grandes choses, spirituelles ou matérielles. Ce n’est pas lorsque la barre était à sa portée qu’il s‘est dépassé et a permis que d’autres hommes suivent le chemin qui était ouvert. Vois les milliers d’années qu’il lui a fallu pour réaliser son vieux rêve de voler comme un oiseau. Regarde le nombre d’expériences infructueuses qu’il a subies avant de le réaliser. Et, à chaque fois, il y a mis tout son génie, tous ses moyens, toute sa foi pour y arriver. S’il s’était fixé des petites étapes, si le but n’avait pas été aussi haut, c’est le cas de le dire, il n’aurait jamais pensé qu’un jour il se serait lancé dans les airs. A petit objectif, petite réussite. Bien sûr, toi et moi ne sommes pas des hommes hors du commun prétendant réaliser de grandes choses. Il suffit de savoir qu’un but élevé est à atteindre et essayer d’y participer, à notre niveau, avec nos moyens. La réussite d’un autre rejaillira sur nous qui aurons tenté d’y apporter une pierre. C’est en cela que le chemin aura été ouvert.

Le message christique n’est pas fait pour une mode ou un temps, il est pour tous les présents et le devenir de l’homme. Il est le guide que nous devons tenter de suivre et aux générations futures d’atteindre. Peu importe si nous n’y aboutissons pas dans notre vie, nous le donnons en exemple et en héritage à ceux qui viennent après nous. L’évolution de l’humanité, ce n’est pas notre seule évolution mais celle des générations à venir.

- Le mot Amour ne risque-t-il pas d’être galvaudé si je l’emploie pour tout le monde ou à tout bout de champ, ne risque-t-il pas de se vider de son sens ?

 - Pour ma part, je considère que l’Amour a tant d’aspects que j’ai décidé d’en explorer toutes les possibilités ; en ce sens, je ne veux pas être un myope de l’Amour et ne voir que celui qui m’est très proche. Les formes qu’il peut prendre, la façon de le donner et de le recevoir sont autant de multiples facettes que je veux toutes expérimenter.

 Regarder en arrière et comprendre les exemples du passé nous aide pour le chemin à venir. Dans l’évolution humaine, la conception de l’amour pour les autres s’est élargie. Il a plusieurs formes, différentes, mais toutes issues d’une unique racine première. L’amour de la mère pour son enfant, du mari pour son épouse, des amis entre eux correspond à la conception d’un cercle qu’il est nécessaire d’agrandir et qui s’agrandit avec le temps. Même en politique on commence à utiliser une de ses apparences. Prends l’exemple de ce qui s’est passé après la première guerre mondiale. Les alliés ont fait passer l’Allemagne sous les fourches Caudines, ils ont asséché ses richesses, pillé ses réserves et humilié tout un peuple. C’était oublier que l’on ne construit jamais rien avec de la haine sinon des châteaux de sable très vite balayés par le vent. Le résultat on le connaît puisque ce sont deux partis extrêmes qui ont cristallisé les espérances allemandes et que le plus fort, le plus violent a fini par triompher, rassemblant les sentiments de revanche et de dignité à retrouver ; ce qui a donné la deuxième guerre mondiale. Forts de ces expériences, ce n’est pas un nouvel écrasement total que les alliés ont pratiqué en 1945 mais une aide efficace, humaine et financière pour la recherche démocratique et la reconstruction de l’Allemagne. Bien sûr, on pourra toujours arguer des intérêts économiques, des alliances contre le bloc de l’Est de l’époque, de calculs stratégiques. Il n’empêche. Compare les deux différents traitements de l’Allemagne de 1918 et 1945. Il n’est pas dit que, dans ces arrangements politiques, la pensée d’amour envers les autres n’ait pas effleuré les dirigeants alliés. Quelle que soit la forme qu’elle ait prise, elle s’est de toute façon manifestée et c’est en cela que je dis qu’il faut agrandir le cercle de notre conception du mot Amour. L’exemple politique des responsables de l’époque n’a pas été immédiatement compris par les peuples. Mais les idées ont fait leur chemin et la voie ouverte par en haut a permis une entente inespérée quelques décennies après la fin des hostilités ; le rapprochement franco-allemand dans les années 60 en est un exemple. Regarde maintenant ce qui a été érigé avec de la rancune en ex-Allemagne de l’est avant la chute du mur de Berlin, et tu comprendras ce que je te disais il y a un instant : on ne construit jamais rien de durable avec de la haine.

Le mot Amour ne peut être banalisé parce qu’il est l’expression des plus hautes aspirations et pensées de l’homme et de la recherche du bonheur. Il n’y a que ceux qui n’acceptent pas ce sentiment des autres qui le dénigreront ; pas celui qui tente de l’exprimer. Peu importe leur regard, l’indifférence ne manifeste rien et n’apporte rien à personne, l’Amour, si.

- Pour ma part, je me sens très petit face à ces grandes idées. Ce n’est pas sûr que je puisse appliquer ces grands principes. Je suis d’ailleurs certain que pour d’autres ce ne sont que des mots, un rêve utopique qui ne se réalisera jamais.

- Daniel, l’espérance est le pain de l’humanité dont tu fais partie. Ne laisse personne te dire que tu n’arriveras jamais à réaliser ce en quoi tu crois et ne pense pas que la vie t’épargnera les expériences qui te permettront de t’accomplir. Ceux qui disent que les grandes idées ne sont que des mots, se placent eux-mêmes d’office en dehors de l’évolution humaine et n’ont pas compris le mode pensée-verbe-action-réaction qui est le moteur de notre vie. N’écoute pas les négationnistes, les aquoibonistes, comme le chantait Serge Gainsbourg, ceux qui disent tout le temps « à quoi bon, à quoi bon », ils ne se rendent pas compte de la merveille de l’Homme et de notre univers et donc de Dieu. Ils ne vivent que dans un monde étriqué qui ne va pas plus loin que ce que leurs yeux leur permettent de voir. Comprendre l’Homme, son besoin et son don d’amour, c’est comprendre Dieu.

Si le Christ a pu dire :

« Eh bien ! Moi je vous le dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs »

« Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? »

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent »

et que l’on ne puisse en mesurer toute la portée, ni complètement l’appliquer, laisserons-nous les méchants, pour reprendre l’expression biblique, nous empêcher d’essayer d’y parvenir ?

- En effet, constatais-je, deux mille ans après on n'arrive même pas au commencement de la moitié du quart de cette loi d’Amour. Peut-être nous faudra-t-il deux mille ans de plus pour le restant. Si on nous en laisse le temps.

- Tu ne crois pas si bien dire. Le temps, on nous le laisserait bien, mais c’est nous qui le raccourcissons. Déjà Chateaubriand disait : « Les forêts précèdent l’homme, les déserts le suivent. » A la vitesse où l’on va dans la destruction de la terre, uniquement si on prend en compte ces cinquante dernières années, il ne nous faudra pas longtemps avant que nous n’assistions à la fin de l’humanité.

- Dis, tu n’exagères pas un petit peu !

- Moi, je trouve que cinquante ans de destruction, d’assèchement de nos ressources naturelles, de pollution intensive, de déforestation par rapport à ce qu’a pu faire l’homme depuis des centaines de milliers d’années, c’est un record. Encore une fois ce sont ceux qui ne voient qu’au travers du filtre de leur vie consciente, c’est-à-dire à peine quarante années de vie d’adulte pour un homme d’âge mur, qui nient le fait que nous nous détruisons. Ils n’ont aucune vue d’ensemble de la longue histoire intime de la terre et de l’humain. Ils ne savent pas regarder en arrière, croyant que, ce faisant, ils se priveraient de regarder de l’avant, ne sachant pas que le besoin effréné de modernité et de confort égoïste les mènent à leur perte. Il faut, je te l’ai dit, toujours pratiquer le jeu de la double confrontation des raisonnements intimes, les pour et les contre, afin de pouvoir espérer arriver à se forger une opinion valable.

Ceux qui nient les cris d’alarmes poussés par ceux qui ont pris conscience du danger, nient leur droit au bonheur. Plusieurs conférences internationales, auxquelles participent les chefs d’état des pays du monde entier, c’est dire leur importance, sont bien là pour prouver que le danger est réel. Cependant, il semble que les puissances financières soient encore plus fortes que le pouvoir politique. L’Homme a son intelligence aveuglée par le besoin de profit, il occulte complètement son instinct qui lui dit que la Terre est en train de devenir une poubelle. Je crois qu’une race animale qui aurait connaissance du dixième de l’information que nous possédons sur les périls écologiques vers lesquels nous courrons se serait déjà éloignée de tout danger. L’Homme, quant à lui, semble avoir sa conscience anesthésiée ou, peut-être, veut-il, ayant exercé son libre arbitre, ne plus revenir à des voies de sagesse et continuer sur le chemin de l’aveuglement.

La terre est vivante et la Tradition enseigne qu’elle a aussi une âme. Elle vit et son cœur sont les mers et les océans, ses fleuves sont les veines qui la parcourent, qui font circuler ses énergies. La terre se nourrit des pluies et des plantes, elle a aussi deux pôles comme les êtres humains, elle est née et elle mourra. Mais doit-on hâter sa perte, doit-on la dessécher. Que pourrons-nous attendre d’elle si nous la traitons comme une prostituée ? Ce qui se trouve sur notre planète ne nous appartient pas, nous ne sommes que locataires. Ce dont nous pouvons disposer ne l’est qu’à titre de prêt, le temps d’une vie de femme ou d’homme. Il est de notre devoir de transmettre notre patrimoine intact à celles ou ceux qui nous succéderont.

- Hé bien Romi, c’est la première fois que je te vois pessimiste !

- Pessimiste, non. Je crois trop en ce qu’il y a de meilleur en l’homme. Je pense plutôt que nous sommes dans une passe critique et que tout doit être tenté pour que nous nous en sortions sans trop de dégâts. La science est en grande partie responsable de cet état de fait, elle a voulu jouer à l’apprenti sorcier. Tu te souviens de Rabelais à nos cours de français « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Tous ceux qui ont fait quelques études se souviennent de cette pensée, même les scientifiques l’ont commentée. Il faut croire qu’elle ne les a pas beaucoup marqués alors que ce devrait être la première phrase d’un serment, s’il existait, que les scientifiques affirmeraient à leur début de carrière, comme les jeunes médecins le font lorsqu’ils prêtent le serment d’Hippocrate.

- Tout ceci nous éloigne de Dieu.

- Pas tellement. Car détruire complètement une espèce animale ou végétale c’est détruire une partie de l’œuvre de Dieu.

 

 

Interdits. 

- Pour en revenir à l’Ancien Testament, si je saisis bien, la conception-compréhension de Dieu vaut mieux que les applications au pied de la lettre qui y sont décrites, surtout en ce qui concerne la vie de tous les jours.

- Bien sûr. Il faut en retenir surtout le côté symbolique. Car je te vois mal affranchir tes esclaves, donner tes bœufs ou laver les pieds de tes hôtes. Par contre, il faut être bon avec plus faible que soi, donner ce qui nous est superflu et respecter son prochain. L’image passe, l’intention et l’action demeurent.

- Et qu’en est-il des interdits de nourriture chez les catholiques, les musulmans ou les juifs ?

- Tu me parles là de religions. Celui qui en suit les préceptes obéit à des dogmes, il ne peut y déroger, il ne les discute pas. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit dans l’erreur. Il a choisi une voie. Toi, tu as choisi la voie du mysticisme. Un mystique prendra connaissance des textes sacrés de ces religions que tu me citais, les étudieras, autant que faire se peut, et, par plusieurs autres voies comme : la réflexion, la méditation, le jeûne, l’étude de la Tradition, l’écoute de sa petite voix intérieure, ce que peut supporter son corps et ce qui lui fait mal, prendra une décision en conséquence puis étudiera les résultats de l’expérience qu’il aura vécue et modifiera alors son action.

- Quel boulot ! Je ne pensais pas que pour un si petit sujet un mystique devait autant travailler !

- Peut-être, mais il n’y a pas d’interdit, il y a adaptation personnelle de l’individu.

- Donc on peut faire ce que l’on veut !

- Ne me réponds pas des inepties. Si tu es sincère avec toi-même et que tu appliques ce que je viens de te dire, tu auras très peu de chance de te tromper dans ce qui est bien pour toi.

 

 

La Bible.

Ancien Testament. 

La façon dont Romi me décrivait Dieu et tout ce qui en découlait, satisfaisait plus ma compréhension d’adulte que les belles images de mon livre de catéchisme. Je redécouvrais quelque chose qui, au fond de moi, n’avait jamais dû me quitter, mais que l’esprit rationaliste qui emplissait mon éducation m’avait fait enfouir et oublier avec les ans. Je comprenais que les jolis symboles que j’avais rejetés à l’âge adulte, les trouvant irréalistes, n’étaient en fait que des images destinées à mon entendement d’enfant. De même, je réalisais que la Bible avait été écrite dans ce sens là afin que le berger de Palestine d’il y a deux mille ans puisse interpréter des concepts qu’il n’aurait jamais perçus autrement. Je saisissais enfin que si on disait de l’univers, de la terre et de l’Homme qu’ils avaient été créés en sept jours, c’était pour mieux accéder au discernement de tous. Car expliquer au bédouin de la tribu de Moïse la théorie du Big Bang aurait été une chose dépassant son entendement. Romi déplorait le rejet de la religion par les adultes à cause de la non-compréhension de ces symboles mais surtout de la falsification de l’interprétation de ces symboles par l’Eglise.

 

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- Non, en fait, et c’est une question sur laquelle je reviendrai, il faut lire la bible comme un livre écrit pour la compréhension de personnes qui ont vécu il y a entre deux et trois mille ans. Tu comprendras aisément que la connaissance qu’ils avaient de leur environnement, de la vie, de l’univers, n’était pas celle que le simple passant d’une grande ville détient de nos jours. Celui-ci, ramené en ces temps, passerait pour le plus grand génie de la terre ou pour un sorcier. La Bible n’est que la suite de récits symboliques comportant des images accessibles à tous. Or, derrière ces symboles se cache la vérité. Si les hommes d’autrefois n’avaient pas la faculté intellectuelle de discerner toute cette vérité, l’homme d’aujourd’hui en est capable. Par analogie, la procréation expliquée à un petit enfant à l’aide des fleurs et des abeilles, fait bien rire un adulte qui en connaît beaucoup plus long, mais l’image reste vraie. Et bien, le petit enfant c’est l’homme d’il y a trois mille ans et l’adulte c’est l’homme moderne.

Il y a, au contraire, des vérités qui ont été ignorées. Si tu lis Esaïe, 40 et quelque chose, je ne me souviens pas exactement du numéro du verset, il est dit, en parlant de Dieu :

« C’est Lui qui est assis au-dessus du cercle de la terre. »

Donc, la Bible admet la rotondité de la terre huit siècles avant Jésus Christ. On peut s’interroger pourquoi l’Eglise en a nié le principe pendant plus de dix-sept siècles.

C’est pour cela que la Bible peut être considérée comme un livre écrit pour tous les temps, car elle contient presque toutes les vérités.

 

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- Toujours dans la Bible, Adam et Eve, symboliquement, découvrent leur nudité, c’est-à-dire prennent conscience de leur être corporel. C’est le péché originel. Et là, je souligne bien ce fait car il a fait couler beaucoup d’encre et influencé notre mode de pensée et notre mode de vie pendant des millénaires. Il n’y a pas péché originel à cause de la nudité mais par la prise de conscience du corps, de la matière. Il n’y a pas péché originel dans la différence de leur nature et de leurs attributs sexuels mais dans le libre arbitre qu’ils ont exercé de l’expérience de la matière, de la volonté du détachement de Dieu. L’amour humain, qu’ils vont éprouver après leur fuite du paradis, l’attirance des corps, qui sont en fait complémentaires, ne viennent qu’après. Il n’y a donc pas de honte et de faute première à aimer au sens spirituel, charnel ou sensuel. Les organes sexuels donnés par Dieu ont leurs fonctions créées par Lui. Ceux qui trouvent que c’est « sale » ou « honteux » n’ont qu’à aller se plaindre au fabriquant. Il faut savoir aussi, que la notion de « péché originel » et un dogme introduit par l‘Eglise plusieurs centaines d’années après la mort du Christ.

Contrairement à ce qui est affirmé, Dieu ne chasse pas cette âme devenue humaine. Dieu est amour infini, il ne peut renier ce qu’il a créé, et il continue à nous aimer. C’est par sa seule décision que l’âme s’exclue. Nous avons donc en héritage le libre arbitre. Il y a d’ailleurs une différence notable entre la Bible et le Coran. Ce dernier dit que Adam descend sur terre « pour y manifester la gloire de Dieu », il n’en est pas chassé. L’Homme étant devenu le véhicule de l’âme il a, dans sa connaissance du bien et du mal, sa propre décision pour l’un ou pour l’autre. Donc, toutes les errances de l’homme sur cette terre ne viennent pas de Dieu mais de la volonté humaine d’appliquer le bon ou le mauvais. Les guerres, les crimes ne sont provoqués que par l’homme, jamais par Dieu. Je dirai aussi que faire la guerre en son Nom est une abomination et la négation même du Divin. Si donc Dieu n’intervient pas dans la folie des hommes, c’est à cause du choix initial de l’âme. C’est à elle de retrouver le chemin qui va vers Lui. Il n’est cependant pas indifférent à la misère humaine et aide, plus souvent qu’on ne le croit, à empêcher l’homme de se détruire davantage.

 

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- Toute la Bible n’est que symbole, c’est ce que ne comprennent pas les fondamentalistes qui prennent l’Ecriture au pied de la lettre. Voyons, par exemple, la création de l’homme et de la femme. Au début, seul l’homme existe. Il a été conçu à partir de la matière, avec de la terre ; c’est déjà un premier symbole. Il ne peut se prévaloir d’être au-dessus de celle-ci, dont il est sorti mais, au contraire, devra en ressentir toute la beauté et toute la complexité. Ceci explique l’étroite relation qui existe entre ces deux essences et le besoin, sinon l’obligation, que l’homme a de se rapprocher et de respecter la nature. En ce sens, ce ne sont pas deux entités séparées mais sœurs. Pour éveiller l’homme, Dieu lui insuffle l’inspir de vie. Si pour tous ce symbole n’est pas probant, pour un mystique il est la compréhension de ce qui est essentiel à la vie. La respiration est non seulement nécessaire elle est aussi primordiale à notre dynamisme spirituel car c’est par le souffle que passent l’activité de ses fonctions et la circulation des énergies. Ensuite, Dieu tire du corps de l’homme une partie de sa chair pour en concevoir la femme. Autre symbole qui explique qu’à partir de l’unité divine, Dieu sépare toutes choses pour en établir des polarités indépendantes et cependant complémentaires. Toute la création de l’univers est inscrite dans cette relation. Dieu, Un, crée la séparation. Lui seul sera unique, le reste sera multiple. L’Adam androgyne, féminin et masculin à la fois, est divisé en deux entités distinctes mais complémentaires dont chacune d’elles a une des polarités de l’autre. Si Dieu tire la femme de la côte de l’homme c’est que celui-ci possède l’élément féminin en lui. De même, la femme possède une partie de l’élément masculin puisqu’elle en est issue. Par ce symbole, que nous pouvons appliquer à tout ce qui est physique ou spirituel, la Bible nous fait comprendre qu’il n’y a rien de vraiment noir ou de vraiment blanc mais que chaque élément possède une partie de l’autre. Remarque qu’il a fallu la psychanalyse moderne pour que cette notion plusieurs fois millénaire entre réellement dans la pleine compréhension du public. Les analyses des comportements de l’homme et de la femme ont révélé cette double ambiguïté masculine-féminine.

De plus, dans la nature, il n'y a pas égalité, il y a hiérarchie et complément. En conséquence, la femme ne pourra jamais être l’égale de l'homme ou l'homme l’égal de la femme car ils sont les compléments de chacun d’eux. Si socialement on doit travailler à l’égalité des sexes pour leurs droits et leurs devoirs, dans le plan divin la femme et l’homme n’étaient qu’un au début, séparés par la suite et redeviendront un à la fin, comme ce qui a été séparé à la naissance du monde. L’attirance de deux personnes que l’on dit faussement de sexe opposé, n’est que le souvenir premier qui force les individus à se rejoindre pour reformer l’union parfaite primordiale.

- Avec toi, Romi, j’ai l’impression de redécouvrir la Bible.

- Et bien, tant mieux, car il y a beaucoup de choses qu’une relecture peut nous apprendre. Car, en fait, la Bible ne cherche pas à nous faire comprendre « comment » mais « pourquoi ».

- Il y a un mot cependant qui me gêne, c’est « hiérarchie », l’Homme est-il supérieur à ce qui l’entoure ?

- Non pour ce qui est du plan divin. Une fourmi n’est pas supérieure ou inférieure à la planète Jupiter. Tout ce qui émane de Dieu est Dieu. Je comprends que ce mot te gêne car il a pris, depuis le XXe siècle, une connotation presque péjorative, un air de soumission. Toutefois, les mots et leur sens varient suivant les idées du moment et tu dois t’attacher à en garder la signification première, lorsque tu parles de mysticisme, et ne pas te laisser influencer par la mode changeante. Il est dans l’air du temps de dire que l’Homme n’est pas supérieur ou inférieur à tel ou tel règne : végétal, animal ou minéral. C’est en partie faux car tout ce qui est sur terre est soumis à l’Homme ; je reprends la Genèse :

« (Que l’Homme) domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. »

Ce qui entoure l’Homme participe à son évolution car il est l’aboutissement du plan divin, non pas en tant que perfection, mais en tant que réalisateur et continuateur de ce plan. Une partie de ses outils est son environnement et il peut en disposer pour sa propre évolution.

Cependant, le plus grand danger pour l’Homme, c’est son orgueil. Et de croire qu’il a la mainmise sur son milieu, de pouvoir en user et en abuser, est la plus grande erreur qu’il puisse commettre. Pervertir les terres qui l’alimentent, saccager les forêts qui lui donnent l’air, souiller les mers et dévaster sa faune, et là, ce n’est plus un partenariat à une évolution, c’est de l’assujettissement total. Cependant, il n’en reste pas moins que dans la nature il y a hiérarchie. A l’Homme de gérer avec sagesse ce que Dieu a mis à sa disposition. S’il ne le fait pas, à plus ou moins longue échéance, il aura une grève sur les bras, la grève de la terre qui, maltraitée, ne lui donnera plus que de mauvais produits. Il y a un très vieux proverbe mystique qui résume bien cela :

« Rien n’est séparé, tout est lié. »

 

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- J’ai lu, il n’y a pas longtemps, dans une revue scientifique, une étude sur l’homme et ses croyances à travers les âges. La conclusion en était que, de tout temps, il s’est inventé un ou des dieux lorsqu’il ne pouvait pas expliquer son environnement. Il était dit, dans cet article, que cela aurait commencé par les tentatives d’explication du feu, de l’orage et du tonnerre. Et aussi que, plus l’homme évoluait et découvrait les secrets de la nature et plus les Dieux qu’il se fabriquait devenaient sophistiqués et leur compréhension était toujours d’un degré d’avance supérieur à la nôtre. Autrement dit, plus l’homme devenait intelligent et plus l’appréhension de Dieu devenait compliquée. Mais en fait, concluait l’auteur, ce n’était simplement que parce que l’homme ne pouvait pas laisser de vide dans sa compréhension de l’univers et que ce qu’il ne pouvait pas comprendre, il l’attribuait à un Dieu dont l’explication devenait aussi difficile que ses non-réponses face à son environnement.

- Cette étude devait être intéressante du point de vue sociologique mais, pour ma part, elle est incomplète car elle ne rend pas bien compte de la dimension spirituelle de l’homme.

D’après ce que l’on connaît des débuts de l’humanité, avec l’archéologie, puis plus près de nous par les écrits de l’antiquité, l’homme a eu de tout temps un égal comportement face à l’existence qu’il a vécue en une nature double : matérielle et spirituelle. On ne peut nier ce fait, il suffit de reprendre l’Histoire. Entre l’homme des cavernes et l’astronaute voguant dans l’espace, la grande différence, c’est la connaissance plus profonde de son univers. Il en est de même pour la spiritualité, l’homme a appris à mieux connaître Dieu. A une certaine époque on aurait pu dire qu’il était impensable que le fer puisse flotter sur l’eau ou que le plus lourd que l’air puisse voler tel un oiseau. Mais seuls ceux qui n’ont pas cru dans les possibilités de l’homme et de son génie lui ont dénigré le droit d’évoluer. D’autres ont fait pareillement avec son développement spirituel. Ils ont voulu faire croire que la science et le matérialisme combleraient, petit à petit, le vide de la non-connaissance et arriveraient à répondre à tout. Or, c’est à mon tour de me poser la question suivante : comment se fait-il qu’aujourd’hui, alors que l’homme n’est jamais allé aussi loin dans l’entendement de son environnement et que la science est arrivée, semble-t-il, à presque tout expliquer, qu’il continue à se poser plus que jamais et d’une façon aiguë, le problème de l’existence de Dieu ? Comment après avoir fait sauter les verrous du secret de la génétique, de l’atome et de l’univers, il cherche toujours le sens de Dieu ? Et bien, ce n’est que parce que l’homme est définitivement matériel et spirituel et que les questions de plus en plus complexes qu’il se pose sur la matière ne sont que corollaires aux questions qu’il se pose sur Dieu. Nier l’intelligence des questions matérielles et spirituelles à quelque époque que ce soit c’est nier l’existence, l’intelligence et le devenir de l’homme.

Dans nos sociétés modernes, alors que nous maîtrisons pratiquement toute la matière, et bien que nous ayons rejeté les religions officielles, l’homme est toujours à la recherche de Dieu. Cette question qui perdure à travers l’histoire et de nos jours en prouve bien le réel fondement sinon il y a longtemps que l’homme en aurait abandonné l’idée. Il n’est que de voir à travers les âges l’intelligence de l’homme et les questions qu’il se pose et tente de résoudre pour dire que l’interrogation de la réalité divine ne peut être une question farfelue, elle n’aurait pas de place dans la grandeur de la quête humaine du plus profond des âges jusqu’à nos jours.

 

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- Tu m’as dit que la Bible n’est que symbole pour la compréhension de tous. Qu’en est-il d’Adam et Eve, n’y avait-il vraiment que deux personnes au commencement ?

- Je crois déjà avoir répondu partiellement à ta question. Je rajouterai que les Kabbalistes font une différence entre l’Adam primordial, émanation pure de Dieu qu’ils nomment Adam Kadmon et l’Adam humain prisonnier de la matière et sujet à la mort. Et bien, à cause de ta mémoire défaillante, et comme gage, c’est à mon tour de te poser des questions.

Dans la Genèse, il y a plusieurs phrases énigmatiques que je vais te citer en y apportant une remarque. Tu devras y réfléchir et trouver une réponse à chaque question. Je passerai sous silence le fait que l’on puisse se demander où Caïn et Seth, enfants d’Adam et Eve, trouvent épouse. Dans une réponse précédente tu as une partie de la solution. C’est plutôt la citation suivante que je vais donner à ta réflexion.

 « Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité. » Remarques : Les fils de Dieu (Dieu avait-il des fils, d’où viennent-ils ?) ont aimé les humaines qui en ont enfanté des géants, héros de l’antiquité (des géants ? Et de quelle antiquité ?).

J’étais légèrement interloqué. Je ne me souvenais pas de ce passage ou que l’on m’en ait parlé pendant mes cours de catéchisme.

- C’est un véritable film de Conan le Barbare, lui dis-je.

- Presque. Mais il faudra que cette question reste dans ta mémoire afin que de temps en temps tu te la reposes. Chaque fois que tu auras un début de réponse, tu auras fait un pas de plus sur le chemin de la connaissance.

- Je ne suis par sûr d’y arriver tellement cela me paraît fantasmagorique.

- Ne doute pas. Ne doute jamais. Ce n’est pas parce que tu ne trouves pas de réponse à certaines questions qu’il faut déclarer là matière à interrogation comme n’existant pas ou non fondée. Il faut étudier et de tes études jaillira la lumière. Tu comprends bien que les grandes découvertes de l’homme l’ont été parce que certains n’ont pas douté d’une réalité qui semblait à première vue improbable.

- Oui, mais entre voir des microbes sous un microscope et cette légende de Conan le Barbare il y a un monde.

- Non, car c’est le même monde de l’interrogation humaine sur son histoire et sur son futur. C’est la même quête de vérité.

 

 

Jésus (sa nature).

Pour bien comprendre l’Ancien Testament, à étudier aux travers des yeux de la compréhension plutôt que de la foi aveugle, il fallait, non seulement posséder une bonne érudition théologique, mais en plus, une connaissance géographique des principaux lieux, de la politique, des coutumes et des religions des époques ; ce que j’étais bien loin de détenir. Le Nouveau Testament me semblait plus à ma portée, historiquement plus proche de moi et son propos plus « moderne ».

- J’aimerais que tu m’entretiennes des Evangiles. Et d’abord pourrais-tu me dire qui est Jésus : un homme ou le fils de Dieu ?

- Je vois que tu attaques très fort ! Au fait, quel est le plus important, la personne ou le message qu’elle a laissé ?

- A mon avis, s’il est le fils de Dieu, son message n’en a que plus de valeur.

- Erreur d’appréciation. Relis les Evangiles et tu verras que le message christique dépasse celui qui l’a prononcé. Jésus n’est plus du monde terrestre, cependant, ses paroles continuent à inspirer des millions de personnes.

- C’est vrai, mais tu n’as pas répondu à ma question. Est-il humain ou Dieu ?

- Ni l’un ni l’autre. Sa nature est triple. Il est Esprit Saint lorsqu’il reçoit le baptême de Jean, humain lorsque avec colère il chasse les marchands du Temple, et Dieu lorsqu’il est le Christ rédempteur ressuscité. Il est un Tout inscrit symboliquement dans un triangle tel que la représente ainsi la sainte Trinité du Père, du Fils, du Saint Esprit.

- Je me croirais revenu à mes leçons de catéchisme, lui dis-je avec un sourire.

- Tes leçons de catéchisme t’ont appris la valeur symbolique des choses sacrées. Et si je reprends la terminologie chrétienne c’est parce qu’elle t’est familière et ainsi dans notre discussion nous ne serons pas trop gênés par le sens des mots. Il est toujours difficile d’exprimer une idée, qui dans l’esprit est lumineuse, par des phrases dont les mots peuvent être mal interprétés par l’autre.

Maintenant, pour que tu comprennes bien sa nature il faut étudier sa vie au travers des textes canoniques mais aussi avec la connaissance Traditionnelle et d’autres textes non canoniques. L’entreprise n’est pas des plus simples car il y a eu, au cours des âges, des autodafés sur bon nombre d’écrits. Avant de parler de sa vie, il faut savoir ce qu'il en est des textes sacrés et notamment ceux attribués aux quatre évangélistes.

Tu ne sais peut-être pas que les écrits de ceux-ci ne furent officialisés par l’église catholique qu’entre le IVe et le Ve siècle et qu’avant cette période d’autres évangiles étaient lus et étudiés par les chrétiens. On peut citer notamment les Evangiles selon les Hébreux, ceux des Egyptiens, le Protoévangélique de Jacques, l’Evangile de Pierre et plus récemment celui de Thomas sur lequel nous reviendrons. Ces textes sont dits Evangiles apocryphes qui en grec veut dire « tenu secret ». La majorité des paroles du Christ non canoniques, c’est-à-dire non conformes à l’idéologie catholique, furent transcrites par les gnostiques dans les deux siècles qui suivirent la mort de Jésus. Les gnostiques, en grec, ceux qui connaissent, avaient pour principe que l’explication des choses, en matière de religion, était plus importante que la foi aveugle. C’est l’attitude d’un vrai mystique, mais je t’ai déjà entretenu de ce sujet.

Il est assez difficile de s’y retrouver dans les divers évangiles qui ont été écrits 70 voire 150 ans après la mort du Christ. Le christianisme s’étant répandu dans tout le bassin méditerranéen, chacun, suivant le pays où il prêchait, accommoda plus ou moins les paroles sacrées à la compréhension de ceux qu’ils tentaient d’évangéliser. De même, les coutumes locales étant très fortes à cette époque là, chaque région put avoir ainsi des Ecrits adaptés. C’est pour cette raison que l’Eglise, une fois devenue forte, dut choisir parmi tous les textes, qu’elle laissait coexister, et déclarer officiels ceux dits des quatre évangélistes et rejeter tous les autres. Cependant, il faut bien comprendre qu’aucun des évangiles canon n’a été écrit durant la vie de Jésus ni celle des apôtres mais par leurs disciples et bien souvent par les disciples des disciples. En outre, il est un fait connu que les évangiles officiels furent adaptés pour les besoins politiques de l’époque et que des paroles du Christ furent déformées ou carrément supprimées. Il est connu aussi que les copies des copies manuscrites, jusqu’à l’invention de l’imprimerie, et les diverses positions changeantes de l’Eglise, ne font que jeter un regard de suspicion sur les textes qui nous sont présentés aujourd’hui.

- Peux-tu me donner un exemple significatif de ces manipulations.

- Bien sûr. Prenons l’exemple de Ponce Pilate. On nous le montre comme un personnage faible, indécis, se laissant manœuvrer par le Sanhédrin, l’autorité religieuse, pour l’obliger à condamner Jésus. L’ayant interrogé, il ne trouve rien de répréhensible contre lui. Il faudra une deuxième présentation pour que Pilate, s’en lavant les mains, au propre comme au figuré, leur livre Jésus et les autorise à le crucifier. Il est bien évident, et l’histoire le prouve, que Pilate a gouverné d’une main de fer cette région qui est la seule, à l’époque, à résister à l’envahisseur romain. Il ne doit pas, en toute logique, laisser passer l’occasion de manifester sa puissance et sa justice expéditive et implacable. D’autant que la région qu’il gouverne est troublée par les Zélotes, patriotes qui font le coup de main contre les troupes d’occupation et dont la rumeur dit que Jésus aurait des sympathies envers leur mouvement quand il n’est pas accusé d’en faire partie lui-même. En effet, il a à sa suite un disciple du nom de Simon le Zélote. Il est donc impossible que Pilate relâche quelqu’un qui est accusé, par ceux-là même qui sont liés servilement au pouvoir d’occupation, de se présenter comme roi des juifs. D’autant que, déjà, l’idée de supprimer le roi fantoche Hérode le Tétrarque commence à germer dans l’esprit des envahisseurs. Il sera d’ailleurs le dernier roi, les romains conservant par la suite complètement le pouvoir. Mais pourquoi donc avoir diminué le rôle négatif de Ponce Pilate ? Et bien, comme les Evangiles vont se répandre dans le monde méditerranéen qui est aussi sous domination, il ne faut pas que ces écrits puissent prêter le flanc à la critique de la part des romains. Essaye de t’imaginer premier chrétien de l’époque, au coin d’une rue de Rome en train de prêcher la parole du Christ. D’ailleurs au début du christianisme, les romains croient que ceux-ci ne sont qu’une secte juive de plus, une branche légèrement divergente et de ce fait les laissent en paix. Il faut donc que le rôle du gouverneur romain, qui a condamné Jésus, soit minimisé, qu’il semble ne pas porter la responsabilité de la condamnation.

- En effet, j’avais toujours trouvé étrange l’attitude de Ponce Pilate dans le procès. Maintenant je comprends mieux ce qui a pu se passer. En fait, ce qui ressort des Evangiles, c’est que se sont les religieux du Temple qui portent la responsabilité de la condamnation de Jésus.

- Exact mon cher Daniel. Tu vois donc le tour de passe-passe et les contorsions que l’on a fait subir aux textes premiers pour ne pas froisser les autorités romaines mais aussi accabler l’autorité religieuse juive qui n’a pas su reconnaître le Messie en Jésus. Par cet épisode, les chrétiens se démarquent idéologiquement de la religion juive.

 Je te livre un autre exemple. Lors de la condamnation de Jésus, Pilate, qui ne trouve, soi-disant, rien à reprocher à Jésus, propose, en vertu d’une coutume, de libérer un prisonnier.

« Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus qu’on appelle Christ ? »

Là on est en pleine fantasmagorie. D’abord parce qu’historiquement cette coutume n’existe pas. Ensuite, et d’après ce que l’on sait, Barabbas est présenté comme étant certainement un Zélote, c’est-à-dire un résistant, emprisonné pour meurtre lors d’une sédition contre Rome. Comment peut-on penser un seul instant que Pilate va relâcher quelqu’un qui défie à ce point son autorité ? Mais il y a mieux. Le nom complet de Barabbas est : Jésus Barabbas. Nom qui n’a pas été repris complètement dans les traductions du IVe siècle parce que les traducteurs ont perdu le sens symbolique de ce nom et que, pensaient-ils, il ne fallait pas que l’on puisse faire l’amalgame entre Jésus fils de Dieu et Jésus criminel. Cependant, il faut savoir que Barabbas est le nom grec traduit, avec un « s », du nom Hébreu Bar Abba qui veut dire « le fils du Père ».

- Waouh ! Je commence à entrevoir le symbole !

- En effet. Barabbas n’a jamais existé, par contre Jésus le Fils du Père, oui. Ce n’est autre que la deuxième personnalité symbolique de Jésus aux yeux des prêtres : le révolté, le séditieux, celui qui vient bousculer l’ordre établi. C’est donc bien un triple choix symbolique qui est présenté au Sanhédrin : laisser condamner Jésus en tant que révolutionnaire, en tant que prophète, ou le faire libérer. Ils choisissent la condamnation du prophète, beaucoup plus dangereux, parce qu’il est contre eux, leur prérogative et, à ce qu’ils croient, contre la Loi de Moïse. Les Romains peuvent se charger du révolté, eux se chargent du prophète. Ce choix condamne encore plus les prêtres car ils n’ont pas su reconnaître, une fois de plus, le Messie. C’est le message du procès et ce qu’en ont voulu montrer les rédacteurs pour bien manifester ce qui va au fil des ans se confirmer : la chrétienté n’est pas une secte juive de plus qui, dès le début, a d’ailleurs été rejetée par le clergé en place, elle est une religion à part entière.

- Mais dis-moi, il y en a beaucoup d’exemples comme ceux là ?

- Beaucoup. On peut dire qu’il faut lire la Bible entre les lignes. Néanmoins, c’est un exercice dont la raison et le cœur sortent vainqueurs. Le danger de tels égarements à vouloir trop torturer les textes a été bien compris par un autre prophète : Mahomet. Il est dit, en effet, que les paroles du Coran sont l’exacte retranscription de ce que l’ange Gabriel lui communiquait. Du temps du Prophète ces paroles ont d’abord été récitées par cœur puis ont été rassemblées et écrites. De plus, la langue arabe parlée à cette époque, dite aujourd’hui arabe classique, n’a pour ainsi dire pas changé depuis 1200 ans. Il est donc impossible qu’il y ait eu faute de traduction ou d’interprétation. C’est un peu comme si, de nos jours, on étudiait le nouveau testament en araméen ; en tout cas le message initial n’aurait pas été déformé.

Allez, je te donne un dernier exemple. Celui-ci se rapporte à une traduction erronée. Tu sais que le Christ parle souvent par paraboles pour accéder à la compréhension de tous. En voici une que tu connais certainement.

« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »

Si tu lis les autres paraboles du Christ, tu pourras constater que les analogies employées sont toutes dans la proportion du raisonnable. Par contre là, on ne peut que s’étonner de la comparaison. Il est effectivement complètement impossible à un chameau de passer par le trou d’une aiguille. La comparaison est déraisonnable, surdimensionnée. En fait, le mot chameau en araméen veut aussi dire corde. Or, lorsque l’on s’adresse à un peuple qui vit en grande partie de la pêche, quoi de plus naturel que de lui dire qu’il n’est pas aisé de passer une corde plutôt qu’un fil dans le chas d’une aiguille servant à réparer les filets de pêche. Tu vois donc la difficulté qu’ont eue les traducteurs pour se resituer dans l’époque, avec les coutumes, la façon de vivre et le vocabulaire de cette période et à retranscrire les textes en latin puis en français. Et tu vois donc la difficulté que nous avons de les comprendre.

Un autre fait a depuis longtemps attiré mon attention et que chacun peut vérifier. Si l’on prend les évangiles, écrits seulement par quatre témoins de la vie de Jésus, mais là aussi je me plais à penser qu’ils furent plus nombreux et qu’ils écrivirent aussi, que l’on élimine les doublons, c’est-à-dire les paroles semblables retranscrites différemment dans chacun des quatre évangiles, nommés les synoptiques, que reste-t-il du discours de Jésus. Rien ou pas grand chose pour quelqu’un qui aurait passé trois ans de sa vie à prêcher inlassablement dans différentes régions et en diverses circonstances. Comment peut-on croire un seul instant qu’il reste si peu de choses, si peu d’écrits, d’un enseignement qui a bouleversé le monde.

 

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- Sais-tu, Daniel, ce qui s’est passé entre la naissance et l’âge adulte de Jésus ?

- Pas grand chose, si ce n’est à l’adolescence, lorsque ses parents le retrouvent discutant de religion avec les docteurs de la Loi.

- En effet. Marie et Joseph se trouvant à Jérusalem pour y célébrer la Pâque juive, perdent leur enfant, alors âgé de douze ans, dans la foule et le retrouvent dans le temple où tous ceux qui l’entendaient étaient frappés par son intelligence et par ses réponses. C’est la seule scène officielle connue de sa vie avant qu’il n’exerce son ministère. Ne trouves-tu pas étrange que nous connaissions si peu de celui qui est, pour ses disciples, le fils de Dieu ? N’auraient-ils pas dû au contraire rapporter plus de son existence ? Alors, soit cette période n’offre aucun intérêt, ce qui me semble pour le moins étonnant, soit au contraire il est des passages de sa vie qui pourraient contredire le reste de celle-ci ou tout au moins de ce que nous en disent les écrits officiels. Si l’on considère la dualité Dieu-Homme de Jésus, il n’est pas logique qu’il attende l’âge de trente ans pour commencer à prêcher. Il devrait, normalement, détenir la « science infuse » dès son plus jeune âge et déjà tout connaître de ce qu’il exprimera durant son enseignement, il devrait posséder très tôt les pouvoirs qui lui permettront d’accomplir des miracles. Trente ans, ce n’est plus très jeune à cette époque. S’il était complètement investi des pouvoirs de Dieu, il pouvait commencer son ministère beaucoup plus tôt.

- Qu’en est-il alors ?

- Et bien, la réponse n’est pas aisée parce qu’il ne nous reste que très peu de choses pour pouvoir prouver ce que l’on peut en avancer. Là encore tu peux faire appel aux écrits non canoniques et à la Tradition pour pouvoir te forger une opinion si ce n’est une conviction car il n’est pas essentiel de prouver quoi que ce soit. Tu peux lire les Evangiles apocryphes et notamment le Protévangile de Jacques mais aussi faire appel à la Tradition. Que nous dit celle-ci ? Que Joseph et Marie étaient tous deux Esséniens, branche du judaïsme, plutôt considérée comme une fraternité, qui prônait la non-violence, pratiquait la guérison et annonçait la venue d’un Messie. Et on le sait aujourd’hui de façon historique, Jésus était Essénien lui aussi. On peut penser logiquement qu’il a été élevé dans ces préceptes. Mais les Esséniens savaient que Jésus était voué à de plus hautes destinés. Il eut, de ce fait, plusieurs maîtres et pas seulement ses parents, qui lui apprirent quel devait être son chemin. Sur ce chemin, il passa des initiations qui le firent progresser dans la voie de la compréhension des choses.

- Des initiations ? Comme dans les sociétés secrètes ? J’ai du mal à y croire.

- N’oublie pas une chose, Daniel, les Esséniens étaient tolérés dans le judaïsme, pas admis. Leurs enseignements ne devaient pas être divulgués au grand jour. Les hautes études des lois naturelles et des lois divines, qui somme toute sont les mêmes, se faisaient dans ce que l’on nommait, des Ecoles de Mystères et tu peux te figurer l’initiation comme étant le diplôme à l’instar de nos grandes Ecoles modernes. Et qu’est-ce qu’une initiation sinon une sorte d’examen de passage d’un degré de connaissance vers un autre plus haut, la concrétisation de l’enseignement étudié jusqu’alors et l’approche de celui qui reste à apprendre ou encore la révélation d’un état dans lequel on se trouve ou encore une épreuve. Ote-toi de l’esprit toute idée de magie, ce n’est qu’un passage symbolique obligé sur le chemin de l’étude. Lorsqu’il se retire dans le désert pour y jeûner quarante jours et qu’il est tenté par le Diable à plusieurs reprises, n’est-ce pas une initiation ? Or Jésus passera plusieurs initiations et pas seulement dans son pays de naissance mais dans divers autres pays où il va étudier. Il les éprouvera dans divers endroits sacrés. Au mont Carmel en Palestine où il fera la plus grande partie de ses études et va y acquérir les bases de son savoir, ainsi que dans des pays du bassin méditerranéen comme la Grèce ou encore en Orient. Mais la plus importante de ses initiations, il l’a effectuée dans le plus grand temple du monde que l’on peut encore visiter et qui se situe au Moyen-Orient.

 

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 - Admettons la jeunesse de Jésus comme tu me l’as décrite. Mais cela ne lui enlève-t-il rien d’être considéré comme un simple étudiant, un peu comme moi ?

- Ca ne lui retire ni ne lui rajoute rien. Pour ceux qui croient que Jésus est le fils de Dieu, ils comprennent aussi qu’il est homme, que l’esprit de Dieu s’est matérialisé. Comme il est bien homme, il doit expérimenter comme tous les autres humains l’apprentissage de la matière. Il évolue en fonction des possibilités de son corps, tout au moins au début de sa vie. Ainsi il ne fait pas de doute que c’est sa mère qui lui a tenu la cuillère et lui a appris à manger et à marcher. Même fils de Dieu, il est mesuré. Ainsi on peut dire qu’au début de son étude il est limité par la taille de son cerveau d’enfant. Nous ne sommes pas dans le cadre d’un scénario hollywoodien où tout est permis. Jésus va évoluer avec les contraintes physiques de son corps. Plus tard, à l’âge adulte, lorsqu’il sera en pleine possession de tous ses moyens, il pourra surpasser les autres hommes dans l’action psychique car il sera un Maître dans l’utilisation des capacités mentales. Mais il restera de corps un homme jusqu'à sa mort. Il n’est que de voir sa peine lorsqu’il doit porter sa croix et sa souffrance lorsqu’il est crucifié. Donc, pour un croyant en Jésus fils de Dieu, il ne peut y avoir négation de l’évolution de ses capacités physiques et intellectuelles et donc de son apprentissage qui durera jusqu'à l’âge de trente ans.

Pour ceux qui pensent, et ils sont nombreux, que Jésus était le fils de Dieu, comme le sont d’ailleurs tous les Hommes, mais qu’il fut avant tout un homme et un Maître, le plus grand jusqu’alors et investi d’une mission divine qu’aucun n’a eue avant lui, une étude longue pour arriver à maîtriser toutes les lois de la nature ne semble pas impossible au regard de la complexité du sujet. Là aussi, ça ne lui retire rien de sa grandeur.

L’Eglise explique que c’est au moment de son baptême par Jean-Baptiste que l’Esprit Saint vient sur lui, qu’avec cela il est investi du pouvoir Divin et peut donc commencer à prêcher. Ce symbole vient renforcer la mission divine du Christ mais aurait tout aussi bien pu intervenir à l’âge de vingt ans. Pour reprendre la phraséologie chrétienne, je considère qu’il est habité de l’Esprit Saint depuis sa naissance, si ce n’est avant, et que ce « miracle » tombe à pic pour faire passer Jean-Baptiste comme un disciple du Christ alors que l’on sait historiquement qu’il y a eu rivalité entre les partisans du Christ et ceux de Jean-Baptiste. Là encore, les écrits ont certainement été manipulés pour raison de « politique religieuse ».

- Pour ma part, je ne comprends toujours pas si Jésus est un simple mortel ou Dieu fait homme.

- C’est que tu dois méditer sur ce sujet. Ce que je pense ou ce que je crois n’est pas « parole d’évangile ». Tu dois apprendre et comprendre par toi-même. Je soumets des éléments nécessaires à ta méditation. Dans le cas de la divinité ou de la non-divinité du Christ, je t’indique les informations qui permettront de te forger une opinion. Car le concept de Jésus-Dieu est tellement fort dans nos esprits d’aujourd’hui qu’il est difficile de le voir autrement. Comme je te l’ai déjà dit, il faut toujours examiner une situation, une idée, un fait sous un autre angle pour en voir toutes les facettes. Si l’on considère les évangiles, il est des phrases qui mettent en doute Jésus-Dieu. Par exemple : Matthieu déclare, en parlant de la fin du monde :

« Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »

Pourquoi le Fils-Jésus ne connaîtrait-il pas cette heure ? Des choses lui sont-elles cachées ? Il est donc une entité à part de Dieu. S’il était Dieu lui-même il devrait tout savoir de ses propres intentions. Aussi, Jésus déclare être « l’envoyé » de Dieu. Dans ce cas non plus, il ne peut être Dieu s’il n’est que son envoyé. En resituant le titre « Fils de Dieu » dans son contexte biblique, celui de l’époque, on comprend alors que ce terme signifie que la personne a des liens spéciaux avec son créateur, des liens que d’autres hommes ne peuvent avoir. Dans un autre sens, nous sommes tous les fils de Dieu mais nous n’avons pas les pouvoirs qui ont été donnés à Jésus pour manifester le divin sur la terre. Somme toute, Jésus est le héraut, le messager de Dieu.

Il est aussi intéressant de s’attarder sur le titre qui est donné à Jésus dans les évangiles : « Le Fils de l’Homme », en hébreu ben adam. Adam, symboliquement le premier homme créé par Dieu, fut celui qui eut des rapports privilégiés avec Lui puisque au plus près de la divinité dans son jardin d’Eden. C’est donc pour rappeler cette filiation divine que le titre « Fils de l’Homme » est attribué à Jésus.

- Donc, Jésus n’est qu’un simple mortel.

- Pas du tout. Ne tire pas de conclusions hâtives et repense à ce que je t’ai dit et notamment à ce que tu qualifiais de cours de catéchisme tout à l’heure.

 

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- Pour en revenir à la vie du Christ, je voudrais que tu m’éclaires sur certains aspects qui me semblent un peu obscurs. D’abord une phrase que je ne comprends pas, bien que j’en aie entendu toutes sortes d’explications. Lors du dernier repas du Christ, lorsqu’il partage le pain et dit :

« Prenez, mangez, ceci est mon corps. »

puis, versant une coupe de vin, dit :

« Buvez en tous ; car ceci est mon sang. »

Enfant, j’ai toujours été impressionné, lors de la messe, lorsque l’on me disait que le prêtre avait le pouvoir de changer le vin de messe en sang du Christ. J’étais un peu dégoûté, que ce curé, que je trouvais par ailleurs très gentil, puisse être amené à boire du sang.

- Toujours pareil. C’est que l’on ne t’avait pas enseigné, corollairement, le sens des symboles et c’est ce qui a fait se détourner nombre de gens de la religion : l’incompréhension des sens symboliques, la prise au pied de la lettre des textes et des rites.

Sache, tout d’abord, que certains historiens chrétiens doutent de l’existence de cet épisode de la vie du Christ. Mais ça, c’est une autre histoire. Qu’importe, d’ailleurs, car le symbole exprimé est très fort.

Essaye de remettre le cadre et les personnages en place. Imagine ce qu’est ce dernier repas. Jésus sait qu’il va mourir et que c’est la dernière fois qu’il partage un moment de bonheur avec ses disciples. Un moment de bonheur mais aussi de paix, car il ne dénoncera pas aux autres disciples la trahison de Judas qu’il connaît par avance. En cela la Cène est l’exemple d’un instant émouvant de l’amour que l’on doit porter à ceux qui nous sont chers mais aussi à tous les autres, même à nos ennemis.

A cette époque, essentiellement agricole, le pain et le vin ne sont-ils pas les symboles du travail des Hommes ? De leur travail ainsi que de leur souffrance dans l’accomplissement de leur tâche ? Mais aussi de la vie que représente ces deux éléments ?

Jésus, fils de Dieu, est aussi maître de la matière. La matière c’est aussi Dieu où dans chaque atome est inscrit la puissance de Dieu. Dans chaque particule du pain et du vin il y a l’amour de Dieu et la régénération du corps par les éléments nutritifs qu’ils apportent. Manger ou boire est essentiel à la vie et donc à la manifestation de Dieu.

Ce sont ces trois symboles que représente la Cène : un instant d’amour et de partage, une évocation de la vie des hommes et des lois cosmiques. C’est par ces gestes que le prêtre, lorsqu’il partage l’hostie et boit le vin, nous fait souvenir du dernier repas du Christ et du symbolisme qui s’y rattache.

Il y a, bien sûr, l’annonce de sa mort par la trahison de Judas. Mais, pour moi, ce n’est qu’un avertissement de ce qui va arriver, il n’y a rien d’obscur dans sa déclaration qui cependant annonce un changement dans le cours de son ministère : la fin de celui-ci est toute proche, sa mort imminente et ce dernier repas devra être évoqué comme l’un des moments le plus important de sa vie.

« Faites cela en mémoire de moi. »

 

 

Marie (virginité de).

- En parlant de sexualité, on peut dire que dans le Nouveau Testament, le passage concernant la Vierge Marie a fait couler beaucoup d’encre notamment sur l’Immaculée Conception, c’est-à-dire la conception sans l’intervention de Joseph.

- Et bien, c’est parce que les personnes ont ramené cette histoire au niveau de leur ceinture, ils n’ont pas cherché plus loin.

- Tu y vas un peu fort !

- Pour moi, la puissance de Dieu étant sans limites, je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette affaire. Lorsque tu es le créateur de l’Univers et tout ce qu’il contient, ce n’est que broutille la façon dont Marie conçoit Jésus. Si après la deuxième guerre mondiale on t’avait dit, par avance, les « miracles » de la génétique actuelle en matière de reproduction humaine ou de clonage, tu n’en aurais pas cru un traître mot. De toute façon ce n’est pas tant cela qui est sujet de discorde entre les chrétiens mais le fait que Marie est présentée par les catholiques exempte du péché originel, qu’elle est trop glorifiée et montrée comme coopérant à la Rédemption ; c’est là, la véritable polémique entre les théologiens. Mais ça, c’est une affaire de dogme.

- Justement. Comment expliquer l’importance de Marie chez les Chrétiens ?

- Parce qu’elle remplace la déesse mère de toutes les autres religions païennes, c’est un point important de l’Histoire. Toujours avec ce besoin de s’adapter aux croyances existantes afin de mieux les remplacer, la première Eglise va glorifier le rôle de Marie car la plupart des religions, petites ou grandes, du bassin méditerranéen de l’époque ont une vierge qui enfantera un être divin ou une femme mère de tous les Hommes. Marie va aussi prendre de l’importance dans la religion chrétienne parce qu’elle est la deuxième personne en sainteté après le Christ et a un rôle d’intercession entre Lui et les Hommes. Le culte marial s’est développé très tôt chez les premiers croyants, bien souvent au corps défendant de l’Eglise. Il prit ensuite une telle ampleur que celle-ci a dû rattraper ce mouvement et le maîtriser dans des proportions acceptables.

 

 

Noël. 

- Le mot Noël vient de la liturgie latine par laquelle on célèbre la naissance du Sauveur : Nativita. L'expression « Joyeux Noël » nous vient du Moyen Age mais a malheureusement aujourd'hui tendance à se remplacer par un plat et incolore « Bonne Fête ».

Il est un fait indéniable que Jésus a bien existé, souvent désigné sous le nom de Ichthus, mot grec qui signifie poisson, symbole des premiers chrétiens et ère astrologique de la naissance du Christ. Toutefois, son vrai nom est Ieschuah mot hébreu signifiant « Iahvé sauve », Dieu sauve. Bien que seulement quatre textes romains mentionnent son existence, les historiens sont d'accord pour accepter sa réalité. Il y a bien sûr les textes sacrés, et pas seulement chrétiens, qui le mentionnent et d'autres qui seraient plutôt antagonistes, comme le Talmud et le Coran, qui y font référence. S'il a bien vécu il y a 2000 ans, les actions qu'on lui prête sont, après vingt siècles, toujours sujets à discussions, et souvent passionnées. Il est même des chrétiens pour douter de certains événements de sa vie et notamment des datations. Il en est ainsi de sa naissance fixée traditionnellement au 25 décembre.

Il faut savoir que ce jour n'a été fixé définitivement que 400 ans après sa mort par le Concile d'Ephèse à partir des travaux de Clément d'Alexandrie, apologiste du IIIe siècle. De même qu'ont été officialisés, à cette date, les événements majeurs de son histoire et arrêtés les dogmes de l'église catholique ainsi que définitivement choisis les textes sacrés et écartés ceux dont la provenance était douteuse ou surtout ne correspondaient pas avec les vues de la hiérarchie chrétienne de l'époque. C’est ce dont je t’ai parlé précédemment.

Les récentes études historiques, archéologiques et linguistiques mettent en lumière certains faits. Ainsi Marie et Joseph ne vivaient pas à Nazareth, village qui à l'époque n'existait pas et qui ne date que du deuxième ou début du troisième siècle de notre ère. Le nom accolé souvent à Jésus, le Nazaréen, était en fait un mot qui, chez les juifs, désignait celui qui professait une foi différente de la leur ; il est un terme péjoratif.

Traditionnellement, on situe la naissance de nombreux Dieux de l’antiquité aux alentours du 25 décembre comme Dyonisos, Horus, Adonis, tous nés entre le 21 et le 28 décembre, période correspondant au solstice d'hiver. Ainsi, en faisant naître Jésus à cette époque, l'église le déifiait et remplaçait les anciens cultes par le nouveau. Ce n'est d'ailleurs pas la seule fête chrétienne qui a été adaptée pour supplanter les croyances traditionnelles. A en croire certains textes apocryphes, le mois d'avril serait celui où il aurait vu le jour, dans le signe du Bélier. En effet, dans l'évangile selon saint Luc, les bergers, qui rendent hommage au nouveau-né, couchent dans les champs parmi leurs troupeaux au moment de la naissance de Jésus. En Palestine, les bergers sont dans les champs de mars à novembre. Ce ne peut donc être en hiver que les bergers se trouvaient dans les pâturages.

Tout aussi symbolique est l'heure de minuit, que l'on dit être traditionnellement celle de la naissance du Christ, mais qui, en fait, souligne l'arrivée d'un jour nouveau, d’une renaissance. Pour ce qui est de placer l’an I de la naissance de Jésus les Evangiles nous disent qu’il est né « sous les temps d’Hérode roi de Judée ». Or, celui-ci est mort en réalité en l'an 4 avant notre ère. Cette anomalie est due à une erreur de calcul du moine arménien Denys le Petit qui, au Ve siècle, est chargé de la chronologie du calendrier chrétien en s’appuyant sur celui des romains. Pour respecter les dates, on devrait donc rajouter 4 ans à notre calendrier actuel.

- Et l’étoile du berger ? Légende ou réalité ?

- Pour cela, il est intéressant de se reporter à plusieurs études qui ont été réalisées prouvant que cette apparition n'est pas un fait imaginaire mais qu'elle s'est bien déroulée telle que décrite. Cependant, les auteurs ne s'accordent pas sur la nature même de l'événement. Certains disent que ce fut la naissance d'une étoile ou la conjonction de deux planètes, les transformant en une seule planète plus brillante, ou encore le passage d'une comète. Les anciens textes sacrés signalent aussi le passage d'une comète lors de la naissance de Krishna, Bouddha et Confucius. Cette hypothèse reste tout à fait plausible puisque l'on ne connaît pas encore tous les cycles des comètes qui traversent notre ciel. A cet égard la comète Hale-Bopp n'était pas connue des astronomes avant son observation en 1997 puisque son cycle calculé est de 2400 ans. J'ouvre ici une parenthèse pour dire que ce cycle n'est qu'approximatif puisque, dans sa course, elle peut être ralentie par l'attraction d'une ou plusieurs autres planètes. Ce qui m'amène à considérer que les Traditions Mystiques fixent les cycles de l'humanité à 2160 ans. Ainsi dans la Bible lorsque l'on parle d'un « temps », et le terme revient très souvent, sa signification se rapporte à ce nombre d'années. Or le passage d'une comète dans le ciel représente dans le mysticisme, le changement, le renouvellement. De plus, si l'on se réfère à l'astrologie, nous serions en train de passer de l'ère des Poissons à l'ère du Verseau ce qui m'amène à penser que nous sommes dans une période de transformation annoncée de l'histoire de l'humanité. Il n'est du reste qu'à regarder autour de soi pour s'en convaincre.

- Et pour ce qui est des Rois Mages. Ont-ils vraiment existé ?

- Bien sûr, et tu peux en entrevoir leur caractère sacré d’après le chiffre trois. Ne perdons pas de vue le sens du mot « mage » dans la langue ancienne. En effet, il veut dire « magicien », non pas dans le sens d'illusionniste, mais homme des Sciences cachées, Sages, Mathématiciens, Astrologues et surtout capables de transmettre certains pouvoirs. Il est intéressant de rapprocher l'histoire sacrée des contes et légendes comme celui de la Belle au Bois Dormant. Si tu te souviens bien, Daniel, c'est en effet trois fées qui viennent se pencher sur le berceau de la petite princesse pour lui offrir trois dons.

On peut voir que ce ne sont pas des rois, au sens de prince, car ils voyagent sans escorte ni suite, et la façon dont ils sont reçus par Hérode ne témoigne pas de leur rang Ce n'est d'ailleurs qu'au IXe siècle que les Mages deviennent des rois. Par contre, ce sont trois personnages essentiels qui, plus que les cadeaux symboliques, l'or, l'encens et la myrrhe qu'ils apportent, vont témoigner de l'importance de cette naissance. Ces Rois Mages sont dits venir d'Orient, ce que soulignent les évangiles apocryphes en les faisant arriver de Perse qui, à l'époque, représentait le pays de toutes les magies.

Ils sont les prêtres d'une religion née sept siècles avant notre ère révélée par Zoroastre et consignée dans l'Avesta qui annonce, entre autres, la venue d'un Sauveur par l'apparition d'une étoile. Celui-ci doit naître de la semence de Zoroastre, déposée dans un lac et destinée à féconder une vierge qui viendra s'y baigner. On peut se demander si l'épisode évangélique des Rois Mages, seulement mentionné par saint Matthieu, ne fut pas écrit pour christianiser les croyances persanes mais aussi s'il n'y a pas une part de vérité dans le texte de l'Avesta. Si l'on en croit saint Jérôme, ils vinrent à dos de dromadaire. Ils sont vêtus de violet pour Gaspard, de jaune pour Balthazar et Melchior, quant à lui, a un costume bariolé. La myrrhe, qui sert à la sépulture, est destinée à l'homme, l'or au roi et l'encens à Dieu. Ils représentent les trois âges de la vie : Melchior est un vieillard portant barbe et cheveux blancs, Balthazar un homme mur et Gaspard un jeune homme.

Encore plus légendaire est leur tombeau qui se trouve actuellement dans la cathédrale gothique de Cologne. C’est sainte Hélène de Constantinople qui au IIIe siècle découvre leurs corps intacts dans des cercueils réunis par un cercle doré. Les dépouilles sont rassemblées et transportées à Milan au Ve siècle puis transférées à Cologne au XIIe siècle.

- Et qu’en est-il de la crèche. Cela s'est-il passé comme nous l’avons appris dans notre enfance ?

- Oui et non, comme toutes les belles histoires. La tradition nous renvoie l'image d’une étable. En réalité, la véritable étable de Bethléem était une grotte où Jésus une fois né fut frotté de sel puis langé et couché dans une mangeoire. L'âne et le bœuf font traditionnellement partie de la crèche de Noël, bien qu'ils ne soient pas mentionnés par les Evangiles. La popularité de ces deux animaux est peut-être due à saint François d'Assise qui aimait toutes les créatures de Dieu et célébra, aux environs de Greccio, la messe de Noël en 1223 dans une grotte, près d'une mangeoire, avec un âne et un bœuf bien vivants.

Tu vois bien, Daniel, la complexité du récit de la nativité, fait d'un mélange de réalités historiques, de traditions populaires, de légendes et de transformations. Il n’en reste pas moins que pour 1 milliard et demi de chrétiens de par le monde, cette fête est l'une des plus importantes. En outre, c'est le symbole magnifique et éternel du message d'amour et de paix qu'est venu apporter à toute l'humanité, il y a 2000 ans, un homme ou le fils de Dieu, suivant les croyances. Et s'il n'y avait qu'une seule parole que je devrais retenir de son enseignement ce serait :

Aimez-vous les uns les autres.

- Elle est bien belle l’histoire de la nativité. Je dirais mieux, maintenant que je connais tout ce qu’il y a autour, et que tu viens de me raconter, elle me semble plus belle encore, plus sacrée.

- Peut-être, mais il vaut mieux laisser la vérité intacte car le temps viendra la conforter et sa beauté n’en sera que plus naturelle. Il vaut mieux ne pas maquiller la vérité, ainsi, on ne pourra l’attaquer que sur son être et non sur son apparence. Souvent des événements ont été, par le passé, enlevés ou tronqués ou transformés. Dans l’esprit des adaptateurs c’était pour rendre plus crédibles ou plus beaux les textes présentés. Ceux qui les ont manipulés ne l’ont fait que dans un but d’intérêt immédiat et n’ont pas pensé à l’humanité future et l’ouverture de conscience qu’elle allait acquérir.

 

 

(Le) Paradis. 

- Quant au Paradis, que certains situent dans le ciel, d’autres en Mésopotamie et d’autres en Atlantide, il n’est que l’image perdue du moment où nous ne faisions qu’Un avec Dieu. C’est la nostalgie de cette période que les rédacteurs de la Bible ont voulu exprimer. C’est la complète alliance avec notre créateur que nous regrettons comme certains peuvent l’éprouver lorsqu’ils font une régression hypnotique et se souviennent de leur vie dans le ventre de leur mère ; l’union parfaite avec notre créatrice. La perte de ce Paradis, c’est la naissance à la vie, le commencement de l’apprentissage de la matière.

Le Purgatoire n’est qu’une invention tardive de l’Eglise faisant, dans une certaine mesure, écho au mysticisme qui, avant elle, a parlé de l’élévation de l’âme après la mort physique vers une sphère, pour ne pas dire un endroit, où celle-ci revoit sa vie, le mal qu’elle a commis, le bien qu’elle a répandu, et va en tirer la leçon de son existence.

Comprends bien que je ne dis pas que le diable, le Paradis, le Purgatoire n’existent pas, non, ils sont des concepts réels mais leur manifestation ne nous est donnée qu’au travers de symboles accessibles à tous.

 

 

Satan, l'enfer, le purgatoire. 

- Satan n’existe pas, il n’y a pas de paradis, pas de purgatoire, tout au moins dans le sens où la majorité l’entend.

- Pourtant, si je reprends les témoignages à travers l’histoire religieuse, j’aurais tendance à croire le contraire.

- Satan n’est qu’un symbole, comme tant d’autres dans la Bible. C’est l’homme lui-même qui génère les œuvres qui lui sont attribuées. C’est le symbole des plus mauvaises tendances de notre esprit, du combat entre le bien et le mal que nous avons au plus profond de nous. Cette bataille peut prendre une forme ou produire une image qui va s’imposer à notre conscience objective, ce pourra être aussi une manifestation physique parce que la pensée volontaire est créatrice. En fait, le règne du diable c’est le règne de nos mauvais penchants, ce qu’il y a de plus horrible en nous. Le diable est le révélateur de notre côté obscur. Il met en exergue ce qui a de négatif en l’Homme pour qu’il se confronte au bien naturel qui est en lui. Cette dualité et cette bataille éclaireront le pourquoi de notre raison d’être sur terre. D’ailleurs, le prince des ténèbres n'est-il pas Lucifer dont le nom veut dire « Porteur de Lumière » ? L’Homme une fois compris cela aura répondu à sa question « Qui sommes-nous ? ». Il ne lui restera plus alors qu’à saisir pleinement la connaissance de Dieu et ainsi trouvera la réponse à ses deux autres questions « D’où venons-nous ? », « Où allons-nous ? ». Il aura donc ainsi fait le chemin inverse avant que l’âme ne s’incorpore dans la matière : du matériel vers le spirituel.

L’homme est capable de splendeurs mais aussi de bassesses. Lorsque Jésus est tenté par le diable lors de son jeûne dans le désert, c’est son côté humain qui s’exprime, ce sont les tentations de tout un chacun qui s’imposent à son esprit. C’est parce qu’après ce jeûne il doit devenir un autre, acquérir une nouvelle dimension, que sa condition humaine se manifeste si violemment. Par cette initiation, il sublime ce qui pourrait encore rester en lui de trop individuel ; parce que n’oublie pas, Daniel, que si c’est le fils de Dieu, il n’en a pas moins l’enveloppe corporelle. C’est son ego qui se défend d’être privé de tout ce qui pouvait le rassasier, les nourritures terrestres, la fortune, la gloire. Quant à l’enfer, ce n’est tout simplement que la terre et les autres lorsque notre comportement ou nos pensées négatives nous en font mésestimer le bien.

En outre, comment peut-on imaginer que Dieu qui n’est qu’Amour, et d’un amour envers les hommes que nous ne pouvons concevoir, puisse, dans sa création parfaite, vouloir le diable, négation de l’amour. Peut-on penser qu’il aurait créé une entité imparfaite. Nous n’avons pas besoin de Satan pour nous faire du mal ou faire du mal aux autres, il y a notre libre arbitre et la mauvaise utilisation que nous en faisons qui se suffit à lui-même. En fait, la seule véritable création de l'Homme, c'est le mal. C'est dans cette dualité qu'il doit exercer son libre arbitre. Mais le symbolisme de nos pensées ou de nos actions n’en est que plus fort lorsqu’on peut le matérialiser sous une forme, il s’impose mieux à nous. C’est cette matérialisation qui nous fait croire en un Satan pourvu d’un corps, presque à l’image de l’Homme, ne pouvant devenir esprit et essayant par tous les moyens d’empêcher celui-ci de s’élever. Cependant, tu pourras constater que certains dictateurs ont fait plus, à ma connaissance, que Satan lui-même ; et pourtant ils n’avaient ni pieds fourchus ni cornes.

 

 

Symbolisme de la Bible.

- Prenons par exemple le tout début avec la création du monde. Il nous est possible aujourd’hui de vérifier scientifiquement certaines des affirmations du texte. Je vais te le rappeler pour mémoire.

 Romi alla vers son bureau et revint avec sa Bible, vieux livre que je connaissais bien car il y faisait souvent référence et dont les pages étaient presque toutes annotées de ses réflexions. Il l’ouvrit tout au début.

- Suivant les traductions, le texte peut être légèrement différent mais l’idée essentielle est analogue. Je cite :

Et Romi me lut le très beau chapitre de la Genèse si long et si court en même temps.

- Maintenant revenons sur les détails de cette création en faisant abstraction du symbolisme des sept jours que je t’ai déjà expliqué. N’oublie pas que ce texte est très ancien et que les connaissances scientifiques de l’époque n’étaient pas celles d’aujourd’hui.

 

« Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. »

Là nous savons, et ce depuis très peu de temps, qu’au tout début il n’y avait pas de lumière. La masse que constituait notre univers n’en contenait pas. Il fallut attendre qu’elle ne soit plus absorbée par les particules environnantes et qu’elle se sépare de la matière pour se mettre à « vivre ».

 

« Ce fut le premier jour. »

On sait, depuis le début du siècle, que le temps est inséparable de l’espace. Or, au commencement, tout étant lié et « condensé », ces deux éléments n’existent pas. L’univers et son espace sont enfermés dans l’œuf originel. Ce n’est qu’après la naissance du monde et la mise en place des éléments matériels qu’ils verront le jour, existeront. Ce sera le commencement du temps.

 

« Qu’il y ait une étendue entre les eaux. »

Dieu sépare les nuages et les océans et « que le sec paraisse », c’est-à-dire la terre. Tout le monde s’accorde à dire que la terre fut recouverte originellement par l’eau. Je te l’ai dit, même les Egyptiens d’il y a 4000 ans savaient que la terre était recouverte d’eau et que le commencement de la vie est apparu avec elle. Enfin, Dieu crée les animaux avant l’homme, ce que nous savons être vrai.

 

On peut aussi reprendre l’Evangile de saint Jean qui rappelle sous une autre forme la naissance de l’univers.

« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. »

On est à peu près sûr, aujourd’hui, que l’univers était condensé en une boule d’énergie qui a « explosé », d’où le fameux terme Big Bang, pour ensuite progresser en une extension, comme celle d’une explosion ordinaire, et créer nos galaxies. Or, cette explosion première a libéré une énergie vibratoire et qu’est-ce que la parole sinon une fréquence, une vibration. Certaines traductions de la Genèse remplacent le mot « Parole » par le terme « Verbe » pour en souligner l’action. C’est donc par cette image que la Bible nous fait comprendre que Dieu a insufflé une énergie vibratoire à la matière pour l’amener à la vie. Pythagore parle de la musique des astres. C’est tout à fait vrai en ce sens où toutes les étoiles émettent une fréquence que nous pouvons aujourd’hui analyser.

Tu vois donc que l’image biblique de la création du monde correspond pour une bonne part à ce que l’on connaît aujourd’hui de la création réelle de l’univers. Et là se pose un problème. Comment les rédacteurs de la Bible, il y a des milliers d’années, ont-ils pu savoir que l’univers a été créé tel que décrit, correspondant en cela avec nos plus récentes découvertes ? Ils auraient pu tout aussi bien prendre un autre modèle. Par exemple que l’univers, étant une correspondance de Dieu, a toujours existé, qu’il n’y a pas eu création mais qu’il est aussi éternel que Lui et qu’il ne mourra jamais. Tu pourras me dire alors : « simple coïncidence ». Admettons, bien que, pour ma part, je ne crois pas aux coïncidences, surtout lorsqu’elles sont à répétition.

De mémoire, je peux te citer aussi un verset du Coran qui montre bien le processus chronologique de la création du monde :

« N’ont-ils pas vu que les cieux et la terre étaient soudés, que nous les avons séparés, et que de l’eau nous avons fait provenir toute chose vivante. »

- Ça c’est pour le commencement du monde, et pour ce qui est de la fin comment cela va-t-il se passer ?

- Daniel, tu voudrais savoir ce qui va se passer à la fin alors que tu commences à peine à comprendre ce qui s’est passé au début !

- Oui, mais c’est toi qui me pousses à te poser des questions.

- Comment ça ?

- Chaque réponse que tu me donnes fait naître en moi d’autres interrogations, une envie d’en savoir plus.

- Bon, évidemment. Mais pour ce qui devrait se passer à la fin je voudrais d’abord te parler de la fin des Temps qui n’est pas la fin du monde.

La fin des Temps correspond à la fin des temps adamiques, celui de la genèse de l’homme. Après avoir expérimenté, commis des erreurs, fait des merveilles, perpétré des horreurs, cherché sa voie, l’homme trouvera et atteindra ce que l’on appelle l’Age d’Or. Il vivra enfin heureux sur la terre.

Pour ce qui est de la fin du monde, c’est une réponse facile et difficile que je vais te donner. Facile car elle obéit à une logique Divine qui nous est perceptible. Perceptible seulement car aucun humain n’est capable de cerner tout à fait le dessein de Dieu. Difficile car pour la comprendre pleinement il te faudra plus de connaissance que tu n’en as aujourd’hui pour en saisir complètement l’essence. Je te fais donc un résumé succinct qui t’en donnera un aperçu.

Toute la matière, et je parle aussi de l’homme, obéit à des cycles dans un temps universel qui est celui du commencement jusqu’à la fin des Temps. Le Grand cycle, c’est le Grand cercle, symbole de Dieu et du temps universel, qui fait que nous reviendrons au point d’où nous sommes partis après en avoir parcouru la circonférence.

Le but, pour l’Homme, c’est d’expérimenter la matière et permettre à l’âme universelle, composée de toutes les âmes, de réintégrer Dieu d’où elle est sortie et ainsi abandonner la matière dont elle était prisonnière, ce, à la fin de son cycle d’apprentissage.

Toute la matière dans l’univers a une nature double ou triple. Le dessein de Dieu s’exprime uniquement par la dualité ou la trinité. L’Homme Fils de Dieu en est l’exemple. Son but, c’est de retourner dans le sein de Dieu et de redevenir Un, comme son créateur. La matière, notre univers dans lequel nous évoluons, finira son expansion première et se contractera sur elle-même pour retourner à l’œuf original dans un condensé où ni le temps ni l’espace n’existeront, tout comme au commencement. Aussi bien Dieu a séparé toute chose au début de sa création (le ciel et la terre, la terre et les eaux, les ténèbres et la lumière), autant tout se rassemblera à nouveau en Un. Ce jour là, l’humanité ne le verra pas car elle aura déjà rejoint le Un. L’univers a commencé sans les hommes, il finira sans eux ; et lorsque la terre disparaîtra, elle n’aura été qu’un songe parmi les milliards de soleils.

Maintenant, il faut dire que cette représentation n’est pas en accord avec la théorie cosmologique qui dit qu’à la fin de l’expansion de l’univers il n’y aura pas assez d’énergie pour qu’il «  s’écroule » sur lui-même. Mais ça, c’est une affaire de théorie qui sera peut-être balayée par une autre.

Un Evangile, attribué à Marie-Madeleine, découvert en 1945 en Haute-Egypte, nous donne quelques paroles du Christ inconnues jusqu’alors. Elles sont intéressantes pour ce que nous venons d’évoquer et extraordinaires car elles font appel à des concepts qu’une poignée seulement d’hommes sur la terre pouvaient comprendre à cette époque. Lorsqu’on lui pose la question :

« Qu'est-ce que la matière ? Durera-t-elle toujours ? »

Le Christ répond :

«  Tout ce qui est né, tout ce qui est créé, tous les éléments de la nature sont imbriqués et unis entre eux. Tout ce qui est composé sera décomposé ; tout reviendra à ses racines ; la matière retournera aux origines de la matière. »

 

 

Les religions.

Diversité.

- Je me suis lancé dans la lecture de la Bible, comme tu me l’avais conseillé. Mais je voulais te demander, pourquoi la Bible ? Pourquoi pas le Coran ? Y a-t-il une échelle de valeur dans les textes sacrés ?

- Bien sûr que non, me répondit Romi, je t’ai demandé de lire ce texte sacré parce que tu vis dans un environnement chrétien. Si nous étions natifs d’un pays arabe, je t’aurais demandé de lire le Coran. Car on ne peut nier que l’environnement culturel influe grandement sur l’individu dans la prise de conscience de certains concepts, de certaines idées. Tu es baigné depuis ton enfance dans cet environnement. Tu as étudié à l’école, bien que laïque, tous les événements religieux qui ont marqué l’histoire occidentale : la persécution des premiers chrétiens, les guerres de religion, l’omniprésence de l’Eglise dans les affaires des Etats etc. Par ailleurs, je me souviens des cours de catéchisme auxquels nous assistions tous deux, donc je sais que tu seras beaucoup plus réceptif à la compréhension du Divin par l’intermédiaire de la chrétienté que par l’étude des textes consacrés au Taoïsme. Tu connais l’importance que j’attache aux mots et aux noms et le souci que j’ai d’en connaître le sens par l’étude de leur racine. Et bien, je t’avouerai que le sacré oriental me déroute, ne me parle pas. Le nom des dieux, les mots désignant la spiritualité n’évoquent rien pour moi. Je n’arrive pas à retrouver une racine, un attachement à quoi que ce soit à notre langue. Bien sûr, il est quelques mots qui sont passés dans le langage ésotérique occidental comme archives Akashiques, chakras, mais cela s’est fait il y a si longtemps que ceux-ci me parlent. En fait, ils sont passés dans l’inconscient collectif. Essaye donc de traduire que tu t’en vas samedi et dimanche en promenade loin de chez toi pour te distraire autrement que « je pars en week-end ».

 

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- Je t’ai déjà dit que l’imagerie biblique nous semble naïve pour nous, hommes modernes, mais qu’elle cachait des vérités premières. Il n’y a d’ailleurs pas que la Bible, tu peux en trouver dans le Coran ou dans d’autres textes sacrés. Bien avant les chrétiens et les musulmans, les Egyptiens ont cru à l'âme éternelle, au jugement dernier et à la résurrection des morts. A première vue, ces rites nous semblent étranges, aussi étranges que les rites musulmans ou bouddhistes pour un chrétien. Mais ces mystères dissimulent des réalités profondes égarées par le temps. Bien des gestes perdent alors de leur signification si on ne les pratique pas et les symboles de leur expression si on ne les regarde plus.

Ainsi, chez les Egyptiens, pratiquement toutes les murailles entourant les temples, et ici je pense à Karnac, avaient leur sommet construit de telle façon que cela figurait une ondulation régulière avec ses crêtes et ses creux et non pas pourvu de créneaux ou fait de manière rectiligne. En fait, il s’agissait de représenter l’océan primordial, celui qui recouvrait la terre entièrement et d’où la vie, on s’accorde à le dire aujourd’hui, est apparue véritablement. Tu comprends bien qu’aucun Egyptien n’était là, au commencement du monde, pour affirmer, avec les connaissances scientifiques de l’époque, que ce concept était réel. Mais voilà, ils savaient. Et c’est ce savoir, qui vient du fond des âges et dont un jour tu comprendras la transmission, qui se retrouve dans la Bible.

 

 

Origine. 

- Pour revenir à notre conversation d’hier et en conclusion de l'origine des religions, on dit souvent que l'homme les a inventées par peur de la mort et dans l'espérance en une vie dans l'au-delà.

- Il n'a pas inventé, il a eu l'intuition de la réalité de Dieu.

On peut établir un parallèle entre la connaissance par l'être humain de son environnement au début de l'humanité, notre savoir sur ce qui est de l’univers actuel et la compréhension de Dieu par les premiers hommes avec ce que nous en avons aujourd'hui.

Si dans les premiers temps l'homme ne peut pas mesurer plus loin que ses yeux le lui permettent, aujourd'hui, nous sommes capables de porter nos regards vers le fond de notre univers, à plusieurs années lumières, et remonter dans le temps pour admirer la naissance de notre monde quelques secondes après l'explosion de l’œuf primordial.

Parallèlement, l'homme du commencement ne voit Dieu que dans la foudre, l'arbre centenaire ou l'animal sacré qu'il chasse et pourtant vénère car porteur de vie pour lui et sa famille. Il considère que tout ce qui est à sang chaud ou à sang froid disparaît et ne renaît pas, au contraire de la nature qu'il constate se régénérer à chaque saison. Aujourd'hui, il a une vue plus vaste du plan divin et comprend que la matière est Une et que rien ne meurt mais tout se transforme. Il en établit alors que la mort n'est pas une finalité mais une continuation sous un autre état vers un renouveau.

J'ouvre une parenthèse pour te faire remarquer que le totémisme des premiers hommes n'est pas fondamentalement faux puisqu'en toute chose, l'éclair, l'arbre, l'animal sacré, Dieu est présent, il est le créateur, le souffle de vie.

Dans ce parallèle que je viens de faire, on peut établir que l'intelligence de l'être humain, les réponses que, de tout temps, il a essayé d'apporter à ses interrogations, l'ont fait évoluer dans la compréhension des choses. Son champ de vision s'est élargi à tous les niveaux matériel et spirituel. On ne peut donc réduire la conceptualisation primordiale de Dieu à la cause d'une peur ancestrale qui se serait perpétuée à travers les âges et à laquelle l'intelligence humaine n'aurait trouvé qu'une seule réponse. C'est en contradiction avec l'histoire de la pensée humaine en terme d'évolution, de changement, de mutation. Soit dit en passant, je connais de très jeunes croyants, et l'on sait très bien que la jeunesse n'a aucune peur de la mort ; leur foi n'est nullement guidée par cette angoisse.

 

 

Proverbes.

    Les petites phrases de Romi.

De mon cahier d’écolier où j’ai écrit, pendant plusieurs mois, presque toutes les conversations que j’ai eues avec Romi, j’en ai isolé les phrases qui, à elles seules, exprimaient les idées qu’il voulait me transmettre. Il n’est pas sûr que toutes soient de lui car il ne me citait pour ainsi dire jamais ses sources. Lorsqu’elles m’étaient connues, j’en mentionnais l’auteur, mais la plupart du temps, je n’en savais pas la provenance. Il avait le don des raccourcis pour, en quelques mots, dire le fond d’une vérité. C’est pourquoi, à la place de proverbes, dictons, maximes ou citations, je préfère dire « les petites phrases de Romi » sur lesquelles j’ai souvent médité.

 

- Le hasard est la nécessité des choses du destin et de la réincarnation.

- Il faut œuvrer pour ceux qui viennent après car que serions-nous si nos aïeux n’avaient pas pensé le faire ?

- Je ne suis qu’un éternel étudiant des choses du mystère qui, sans doute, le resteront à jamais.

- La récompense n’est pas tant de trouver mais de chercher et d’apprendre.

- La preuve que Dieu existe, c’est que l’on n’a pas pu démontrer qu’il n’existait pas.

- Si les hommes sont si mauvais avec le secours de la religion, que seraient-ils sans elle ? (Benjamin Franklin)

- Les méchants ne se créent que des soucis qui les rongent et sont à la recherche d’un bonheur qu’ils n’atteindront jamais.

- Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis. (Saint-Exupéry)

- Enlève l’égoïsme à un homme et tu en fais un saint.

- L’« image de Dieu », c’est l’univers qu’Il a créé.

- Heureusement que Dieu nous a donné cet oubli du futur qui nous garde de penser à notre inexorable sort qu’est la mort. Mais il est bon de faire, de temps en temps, un effort de mémoire. 

- Je ne veux pas être un myope de l’Amour et ne voir que celui qui m’est très proche.

- Aimez-vous les uns les autres. (Jésus Christ)

- On ne construit jamais rien de durable avec de la haine, sinon des châteaux de sable très vite balayés par le vent.

- L’espérance est le pain de l’humanité.

- Que pourrons-nous attendre de la Terre si nous la traitons comme une prostituée ?

- Ce qui se trouve sur notre planète ne nous appartient pas, nous ne sommes que locataires.

- Les forêts précèdent l’homme, les déserts le suivent. (Chateaubriand)

- Rien n’est séparé, tout est lié.

- Détruire complètement une espèce animale ou végétale c’est détruire une partie de l’œuvre de Dieu.

- La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Et tous les hommes espèrent en un âge d'or qui ne viendra jamais tant il est vrai que chaque jour apporte de nouveaux problèmes sans que pour autant ceux de la veille aient été résolus.

- Fais un travail que tu aimes et tu ne travailleras jamais plus de ta vie.

- Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (Rabelais)

- L’éducation est une découverte progressive de notre ignorance. (Will Durant)

- On ne peut demander d’un homme à genoux qui confesse ses fautes plus que le pardon que l’on pourra lui accorder.

- Personne en s’inquiétant ne peut rajouter une heure à sa vie.

- La Bible est un livre d’images que les cathédrales ont fixées dans la pierre.

- Il n’y a pas de méchant, il y a ceux qui ne savent pas.

- Le temps est l’image mobile de l’éternité immobile. (Platon)

- Essayer, toujours essayer, toujours apporter sa pierre pour construire.

- Fais pour tes enfants ce que tes parents n’ont pas pu faire pour toi et pour les autres ce que tu aurais aimé qu’ils te fassent.

- Il n’y a pas de sciences exactes, il n’y a qu’une connaissance en devenir.

- Les astres inclinent mais ne déterminent pas. (saint Thomas d’Aquin) 

- Tout est écrit mais les mots peuvent être corrigés.

- Il faut être le gardien de son frère. 

- Qui s’instruit sans agir laboure sans semer. (Proverbe arabe)

- Mais qui peut dire que si l’on n’avait pas prié cela ne se serait pas passé différemment ; il faut laisser le doute au bien.

- Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise est pour ainsi dire mort, ses yeux sont éteints. (Einstein)

- L’homme qui pense comme son temps, disparaît avec lui. (Michelet)

- Donne le bien ou le mal et tu recevras en retour la mesure de ce que tu as donné.

- Apprendre et comprendre n’est qu’un moyen d’ouvrir son cœur. La seule intelligence c’est celle du cœur.

- Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome. (Einstein)

- L’anagramme de Marie n’est-il pas Aimer ?

- Celui qui a la bouche pleine ne peut pas comprendre le désarroi humain.

- Franchir le pas d’un abri hivernal où l’on sert de la soupe chaude est aussi difficile à un démuni qu’à un nanti pour y venir la servir.

- La crise de ce siècle ce n’est pas le crash de la bourse : c’est le manque d’Amour.

- Le savoir que transmet le philosophe ou le mystique appartient à celui qui le reçoit, il n’est plus à l’auteur.

- Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux. (Thalès)

- L’intuition c’est notre âme nous murmurant le futur à l’oreille.

- Lorsque l’élève est prêt, le Maître apparaît.

- Tout ce qui est en bas est comme tout ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose. (Hermès Trismégiste)

- Dieu ne connaît pas l’Homme, Il est l’Homme.

- Ceux qui crient ou qui rient lorsqu’ils disent ne pas croire, c’est qu’en partie ils ont peur d’y croire sentant confusément que de le faire cela déstabiliserait ce qu’ils ont construit comme étant leur Moi et l’image qu’ils donnent aux autres.

- La recherche du bien c’est la recherche difficile du Graal à notre portée.

- Si tu veux être heureux, ne possède rien. (Bouddha)

- Un ventre repu peut-il penser aux autres ?

- A-t-on besoin de tout ce que nous possédons ? Ta collection de tableaux asséchera-t-elle les larmes des enfants de la guerre ?

- Dans les guerres il n’y a pas de vainqueurs ou de vaincus, ils y a des êtres qui souffrent.

- Le cri d’un enfant qu’on assassine monte si haut que les hommes ne l’entendent pas.

- Il n’est nul besoin de croire en Dieu pour que Dieu existe.

- Le matin en te levant dis-toi : aujourd’hui, que vais-je bien pouvoir donner ?

- La vraie valeur d'un homme se détermine d'abord en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du Moi. (Einstein)

- L’Amour ça ne se mesure pas. Il n’y a pas de concours, pas de gagnant : que des participants.

- La vie de l’homme est finalement très simple, il lui suffit de choisir entre le bien et le mal.

- Un athée ne peut être géomètre. (Descartes)

- Dieu, toujours, fait de la géométrie. (Platon)

- Aimer, aimer, aimer.

- Tu aurais pu ou tu pourras être celui à qui tu fais l’aumône.

- Nous sommes tous de la poussière d’étoiles et des enfants de l’Univers.

- Il faut voir les choses avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. (Saint-Exupéry)

- Qui peut dire que ton bel esprit et ta superbe intelligence ne se résumeront pas à quelques malheureuses connexions neurotiques dans tes vieux jours.

- Les pensées sont les briques de la construction du devenir de l’Homme.

- Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la loi. (Allan Kardec)

- La réincarnation c’est le redoublement du mauvais élève.

- Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène. (Louis Pasteur)

- La nature n’est pas sauvage ou hostile, elle est.

- Une prière c’est une chanson du cœur qui s’élève vers Dieu.

- Ce qui compte, c’est que chaque action individuelle amène sa goutte d’eau ou son seau pour former une rivière, puis un fleuve de gestes positifs qui rempliront son lit asséché par l’égoïsme et le mépris.

- Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. (Einstein)

- Il n’y a pas un atome qui n’ait l’âge de l’univers qui est le tien.

- Il n’y a rien de plus ou de moins dans la matière créée, celle de l’origine, pas un ajout, pas une perte, seulement un agencement de celle-ci.

- Toutes les choses se tiennent. La Terre n’appartient pas à l’homme : c’est l’homme qui appartient à la Terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie ; il n’en est qu’un fil et tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même. (Chef indien Seattle - 1885)

- Donnez, donnez même si vous ne le pouvez pas.

- Il ne faut pas donner aux pauvres si l’on ne peut prêter aux riches.

- La Femme n’est pas la moitié de l’Homme mais celui-ci est le complément de la Femme, il n’y a qu’Un séparé momentanément.

- La terreur de l’amour entre un homme et une femme, c’est la perte de la possession de l’autre.

- La femme est l’avenir de l’homme. (Louis Aragon)

- Il est aussi difficile à un mystique de parler de Dieu qu’à une pierre du chemin où elle se trouve.

- N’attendez pas le Jugement dernier, il a lieu tous les jours. (A. Camus)

- Ce n’est pas vrai que le temps referme les blessures. Il reste toujours un goût de quelque chose de non accompli. C’est avec cette souffrance que l’Homme doit vivre.

- O. Grand Esprit, aide-moi à ne jamais juger un autre avant d’avoir chaussé ses mocassins pendant au moins trois lunes. (Sagesse indienne)

- Les choses que l’on espère nous les font aimer davantage.

- Nous ne nous occupons plus de la nature mais la nature continue à s'occuper de nous.

- Il faut laisser le temps au bien.

- Il n'est pas nécessaire de repousser la supposition de l’existence de Dieu mais il est beaucoup plus logique de la garder comme une éventualité.

- Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres. (Lao Tse)

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